Les grands opérateurs français de transport pourraient subir un nouveau tour de vis fiscal en 2027. L’exécutif envisage d’alourdir fortement la taxe appliquée aux autoroutes et à plusieurs plateformes aéroportuaires. Le rendement attendu pourrait dépasser un milliard d’euros par an. Les investisseurs ont rapidement réagi, faisant reculer Vinci, Eiffage et Groupe ADP.
Les marchés s’inquiètent d’une nouvelle ponction sur les concessions
L’annonce a immédiatement pesé sur les valeurs les plus exposées aux infrastructures de transport. Les actions Vinci, Eiffage et Groupe ADP ont reculé après la révélation des pistes fiscales étudiées dans le cadre du budget 2027. Les investisseurs redoutent une dégradation des résultats des activités de concessions, historiquement appréciées pour leur visibilité financière et leur capacité à générer d’importants flux de trésorerie. Eiffage apparaît particulièrement sensible à ce dossier en raison du poids d’APRR dans ses comptes. Vinci est également directement concerné à travers ses activités autoroutières. ADP, de son côté, pourrait voir sa facture fiscale progresser sur les activités aéroportuaires entrant dans le champ du dispositif.
Le projet concerne la taxe sur l’exploitation des infrastructures de transport de longue distance, la TEITLD. Créée en 2024, celle-ci vise essentiellement les grands exploitants disposant de revenus élevés et d’une rentabilité importante. Pour entrer dans son champ d’application, les infrastructures concernées doivent notamment générer plus de 120 millions d’euros de revenus par an. Leur rentabilité moyenne doit également dépasser 10% sur une période de sept exercices. Dans les faits, les principaux concessionnaires d’autoroutes ainsi que plusieurs grands aéroports français sont les premiers concernés. Cette architecture avait déjà été étudiée dans les travaux parlementaires accompagnant la création de la taxe, qui prévoyaient que les sociétés autoroutières assureraient l’essentiel de son rendement.
La charge n’est pas marginale pour les groupes concernés. Eiffage a déjà supporté plus de 120 millions d’euros au titre de cette fiscalité, principalement via ses concessions autoroutières. Vinci affiche un ordre de grandeur comparable sur certaines périodes comptables. Groupe ADP a également enregistré une contribution importante liée à cette taxe. Une hausse sensible du taux aurait donc des effets directs sur leurs résultats futurs. Certains analystes estiment que l’impact pourrait atteindre plusieurs points de bénéfice par action, avec un effet potentiellement plus marqué pour Eiffage compte tenu de l’importance de son activité autoroutière.
Cette perspective explique la réaction immédiate des marchés. Les concessions d’autoroutes sont souvent considérées comme des actifs relativement prévisibles. Le trafic, les péages et les contrats de long terme offrent une bonne visibilité aux investisseurs. Une augmentation de la fiscalité remet partiellement en cause cet équilibre. Même lorsque l’activité opérationnelle reste dynamique, une nouvelle taxe peut absorber une partie de la hausse des recettes. Les marchés cherchent donc à évaluer la part de ce prélèvement qui pourrait être supportée directement par les entreprises et celle qui pourrait éventuellement être compensée par d’autres mécanismes.
Le gouvernement veut faire des autoroutes une nouvelle source de financement
L’enjeu budgétaire est considérable. Le gouvernement envisage de porter le taux de la TEITLD de 4,6% à 12,2%. Une telle évolution reviendrait à presque tripler le taux appliqué dans certaines situations. L’objectif serait de dégager environ 800 millions d’euros de recettes supplémentaires. Le rendement global du dispositif pourrait alors atteindre près de 1,4 milliard d’euros par an, contre environ 600 millions d’euros attendus avec la fiscalité actuelle. La première année d’application avait déjà généré près de 550 millions d’euros, un montant proche des estimations avancées lors de la mise en place du dispositif.
La logique défendue par l’État consiste à mobiliser davantage les entreprises tirant des revenus importants de l’exploitation des grandes infrastructures. Les recettes doivent contribuer au financement des réseaux de transport français. Une partie doit notamment bénéficier à l’Agence de financement des infrastructures de transport de France. À terme, ces ressources sont destinées à financer la rénovation des réseaux, l’entretien des équipements et les investissements nécessaires à leur modernisation. Les besoins sont importants, qu’il s’agisse du réseau ferroviaire, des infrastructures routières ou de l’adaptation des transports aux contraintes climatiques.
Les autoroutes occupent une place centrale dans cette stratégie. Leurs concessionnaires disposent d’activités particulièrement rentables et de revenus récurrents. Depuis plusieurs années, leur niveau de rentabilité fait régulièrement l’objet de débats politiques et parlementaires. Le renforcement de la TEITLD s’inscrit dans cette volonté de faire contribuer davantage les exploitants bénéficiant de contrats de très longue durée. Les aéroports ne sont toutefois pas épargnés. Plusieurs grandes plateformes régionales et parisiennes entrent également dans le périmètre du dispositif lorsque les critères de revenus et de rentabilité sont remplis.
La question de la répercussion de cette fiscalité reste néanmoins centrale. Dans le secteur aérien, une partie des charges peut parfois être prise en compte dans la fixation des redevances payées par les compagnies aériennes, selon les règles applicables et les contrats en vigueur. La situation est également complexe pour les sociétés d’autoroutes, qui sont liées à l’État par des contrats de concession. Toute modification importante de leur environnement économique peut donner lieu à des discussions sur les mécanismes de compensation ou sur l’évolution future des péages.
Le contenu définitif de la réforme dépendra désormais du parcours du budget 2027. Le taux retenu, les modalités de calcul et l’éventuelle progressivité de la taxe pourront encore évoluer lors des débats parlementaires. Pour le gouvernement, la mesure constitue une source potentielle de recettes dans un contexte de forte pression sur les finances publiques. Pour les entreprises concernées, elle représente au contraire un risque supplémentaire sur leurs marges.
La chute de Vinci, Eiffage et ADP en Bourse illustre ainsi une inquiétude plus large. Derrière la seule question de la taxe sur les autoroutes, les marchés s’interrogent sur la stabilité du cadre fiscal applicable aux grandes infrastructures françaises. Ces actifs restent rentables et stratégiques, mais leur exposition aux décisions budgétaires devient un paramètre de plus en plus important dans leur valorisation.