En 2026, le secteur automobile connaît un bouleversement majeur. Les ventes de voitures thermiques en France s’effondrent de 35,8% sur les huit premiers mois, provoquant une redistribution des forces entre constructeurs. Tandis que des marques historiques comme Alfa Romeo voient leurs ventes chuter de 23,9%, les géants chinois comme BYD enregistrent une croissance de 163%. C’est l’heure du bilan pour les gagnants et les perdants.
La débâcle thermique en chiffres : moins 35,8% en France, moins 18,6% en Europe
Selon les données publiées le 24 septembre 2026 par l’ACEA (Association des constructeurs européens), les ventes de voitures thermiques chutent drastiquement en France. Avec une baisse de 35,8%, la France enregistre le recul le plus prononcé d’Europe. Les voitures thermiques ne représentent plus que 21,7% du marché français, contre 28% l’année précédente. Environ 1,6 million de véhicules essence ou diesel ont été vendus, marquant une forte diminution.
Au niveau européen, la diminution est de 18,6%, un rythme moins sévère qu’en France mais néanmoins important. Les véhicules électrifiés (électriques et hybrides) dominent désormais avec 68% des ventes totales en Union européenne. Paradoxalement, le marché automobile français progresse de 3% grâce à l’essor des ventes de véhicules électriques, qui augmentent de 74,2%, tandis que le marché européen croît de 5,3%, atteignant 7,5 millions d’immatriculations.
Les perdants : constructeurs européens en difficulté
Plusieurs marques européennes et internationales subissent les effets de cette transition. Alfa Romeo est la plus touchée avec une baisse de 23,9% de ses ventes. La marque italienne, axée sur les motorisations sportives thermiques, peine à s’adapter à l’électrique. Ford, avec une diminution de 17,7%, souffre d’une gamme électrique encore limitée en Europe. Hyundai, précurseur de l’hybride, voit ses parts de marché chuter de 12,7% face à l’agressivité des concurrents chinois.
Dacia, la marque à bas coûts de Renault, enregistre un recul de 9,8%. Historiquement positionnée sur des véhicules thermiques abordables, elle souffre du passage à l’électrique, où ses modèles sont encore peu nombreux et plus chers. L’augmentation des primes d’assurance pour les véhicules électriques complique aussi la situation pour les acheteurs à budget limité.
Les leaders européens face à la mutation : Volkswagen, Stellantis, Renault
Volkswagen maintient sa position de leader européen avec 25,9% de part de marché, suivi par Stellantis (15,9%) et Renault Group (10,4%). Cependant, Volkswagen reste vulnérable : sa gamme thermique historique s’essouffle, et sa transition vers l’électrique peine à compenser les pertes. Le groupe doit intensifier ses investissements dans les batteries et les plateformes électriques pour rester dominant.
Stellantis, avec ses nombreuses marques, doit relever le défi d’électrifier 14 marques aux positionnements divers. Renault Group mise sur l’électrique accessible, mais subit la concurrence des marques chinoises sur ce segment. Les deux groupes doivent réorienter leurs usines et chaînes d’approvisionnement rapidement.
Les gagnants disruptifs : l’irruption des constructeurs chinois
Les constructeurs chinois enregistrent des progressions impressionnantes. Leapmotor bondit de 426,8%, Chery de 251% et BYD de 163%. Ces chiffres témoignent d’une offensive commerciale agressive. BYD, deuxième constructeur mondial de véhicules électriques, envahit le marché européen avec des modèles compétitifs. Chery et Leapmotor, moins connus, misent sur des prix agressifs et une montée en gamme rapide.
La stratégie des marques chinoises repose sur trois axes : un positionnement 100% électrique ou hybride rechargeable, des prix inférieurs de 20 à 30% grâce à une intégration verticale, et une capacité d’innovation rapide. Le chinois Geely annonce pouvoir recharger une batterie en 4 minutes, redéfinissant les standards du secteur.
Enjeu existentiel : les constructeurs thermiques peuvent-ils survivre ?
L’effondrement des voitures thermiques impose une reconversion industrielle majeure. Les usines spécialisées dans les moteurs thermiques doivent se tourner vers la production de composants électriques. Les travailleurs de la mécanique thermique nécessitent une requalification massive. Certains bassins d’emploi risquent des restructurations.
Les investissements nécessaires pour électrifier une gamme complète sont considérables, allant de 50 à 100 milliards d’euros. Cela pourrait entraîner des fusions entre acteurs européens, comme Renault-Nissan-Mitsubishi ou Stellantis-PSA-FCA, et la disparition de certaines marques historiques. Les équipementiers thermiques doivent aussi pivoter ou risquent de disparaître, redéfinissant ainsi la carte automobile européenne d’ici 2030.