Il y a neuf ans, Elon Musk présentait le Tesla Roadster de deuxième génération comme une révolution automobile : 0-100 km/h en moins de deux secondes, plus de 1 000 km d’autonomie, et un mystérieux SpaceX Package. Depuis, des milliers de réservistes attendent, acompte versé, tandis que l’événement de présentation vient d’être reporté pour la septième fois. Cette annonce du 29 septembre illustre le fossé grandissant entre les promesses du constructeur californien et la réalité vécue par ses clients les plus fidèles.
2017-2026 : la saga du Roadster qui ne vient pas
Novembre 2017 : la promesse d’une révolution automobile
Le 19 novembre 2017, après la présentation du Tesla Semi, Elon Musk dévoile un prototype de Roadster aux performances exceptionnelles, annonçant une vitesse maximale de plus de 400 km/h et une autonomie de 1 000 kilomètres. En juin 2018, le SpaceX Package, comprenant une dizaine de réacteurs à gaz froid, est révélé, promettant des accélérations fulgurantes et même de courts vols. Cette technologie devait révolutionner les supercars électriques.
2020 : la première date de livraison (jamais tenue)
Initialement prévue pour 2020, la commercialisation du Roadster est annoncée avec un tarif de base de 200 000 dollars, nécessitant des acomptes substantiels : 43 000 euros en France et 50 000 dollars aux États-Unis. Convaincus par Elon Musk, des centaines de clients versent ces sommes. Pourtant, 2020 passe sans livraison et le Roadster disparaît du configurateur en ligne fin 2021, suscitant les premières interrogations sur la viabilité du projet.
Sept reports en neuf ans : le calendrier de la déception
Entre 2017 et 2026, les reports s’accumulent. Le septième, annoncé le 29 septembre, reporte l’événement du 1er octobre à Waco (Texas) au 15 octobre, invoquant des conditions météorologiques extrêmes. Automobile Propre explique que la démonstration nécessite un espace extérieur dégagé en raison des niveaux sonores très élevés générés par les propulseurs SpaceX, limitant les options du constructeur.
Les réservistes face au doute : 43 000 euros bloqués, aucune garantie
Qui a réservé et pourquoi ? L’attente des early adopters
Les premiers réservistes du Roadster, passionnés de technologie, ont versé de grosses sommes pour figurer parmi les premiers propriétaires. En France, cela implique 4 000 euros par carte bancaire, puis 39 000 euros par virement. Aux États-Unis, l’acompte atteint 50 000 dollars. Ces montants représentent plusieurs centaines de millions de dollars pour Tesla, sans intérêt pour les clients ni calendrier de livraison confirmé.
Acomptes non remboursés : le pari risqué de la confiance
Neuf ans après le versement des premiers acomptes, aucune voiture n’a été livrée. Les réservistes se trouvent dans une situation délicate : leur argent est immobilisé chez Tesla, sans garantie de livraison ni de remboursement facilité. Certains témoignages sur les forums spécialisés parlent de frustration face au silence du constructeur sur les spécifications finales et le prix définitif. D’autres constructeurs, comme Volkswagen, innovent pour fidéliser leur clientèle, tandis que Tesla accumule les retards.
Le 15 octobre : ultime démonstration ou huitième report ?
Conditions météorologiques : excuse légitime ou nouveau délai ?
Tesla justifie le report par des prévisions météorologiques inquiétantes. Dans son message officiel sur X, le constructeur précise : « Nous suivons de près la météo avec des météorologues locaux, mais compte tenu des conditions extrêmes prévues et parce que cet événement ne peut se tenir qu’en extérieur, nous avons pris la difficile décision de le reporter. » L’intelligence artificielle Grok, développée par xAI (autre entreprise d’Elon Musk), ajoute que l’événement propose une démonstration unique du Roadster équipé de propulseurs à gaz froid SpaceX pour des accélérations extrêmes et un possible court survol. Ces contraintes rendent impossible une présentation en intérieur. Reste à savoir si le 15 octobre offrira des conditions plus favorables, ou si un huitième report est à venir.
2027-2028 : un calendrier réaliste ou une nouvelle promesse ?
En novembre 2025, Elon Musk évoquait une production envisagée pour 2027 ou 2028, un délai de sept à dix ans après la présentation du prototype, loin des promesses initiales de 2020. BFM Auto note que les restrictions de vol de la FAA (Federal Aviation Administration) sur les zones de Waco et McGregor jusqu’au 2 octobre suggèrent que Tesla prépare des essais impliquant les propulseurs. Un indice encourageant, mais qui ne garantit pas une commercialisation rapide. Les automobilistes attendent désormais des preuves concrètes plutôt que de nouvelles annonces.
Impact sur la crédibilité de Tesla auprès des automobilistes
Au-delà du cas spécifique du Roadster, ces reports répétés soulèvent des questions sur la gestion des promesses chez Tesla. Le constructeur a bâti sa réputation sur l’innovation et la rupture technologique, mais l’accumulation des retards érode la confiance. Les 43 000 euros bloqués par les réservistes français représentent un pari sur la parole d’Elon Musk, pari qui devient de plus en plus risqué au fil des années. Dans un contexte où les constructeurs traditionnels accélèrent leur transition électrique, Tesla ne peut plus se permettre de décevoir ses clients les plus fidèles. Le 15 octobre 2026 sera un test crucial : soit la démonstration du SpaceX Package convainc et relance l’enthousiasme, soit elle marque le début d’une désaffection durable. Pour les automobilistes qui ont cru en la vision de Tesla dès 2017, l’attente devient lourde.

