Carburant : ce pays est le seul à maintenir des prix bas  » je fais mon plein ici pour 3 fois rien « 

Pendant que l’Europe puise dans ses réserves stratégiques et que les prix s’envolent partout, le Japon reste étrangement épargné, sans produire une seule goutte de pétrole. Comment font-ils vraiment ?

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Carburant : ce pays est le seul à maintenir des prix bas " je fais mon plein ici pour 3 fois rien "
Carburant : ce pays est le seul à maintenir des prix bas  » je fais mon plein ici pour 3 fois rien «  © L'Automobiliste

Le prix moyen du litre de sans-plomb au Japon est stabilisé autour de 1,08 euro, selon les informations des Échos. Un tarif qui fait de l’archipel l’un des pays du G7 où le carburant reste le moins cher, alors même qu’il ne produit pas une seule goutte de pétrole sur son sol.

Partout ailleurs, les prix à la pompe s’envolent. La guerre menée par les États-Unis au Moyen-Orient a fait exploser les cours du pétrole dans le monde entier, et chaque gouvernement cherche, à sa façon, à protéger le pouvoir d’achat de ses ménages. En Europe, la pression fiscale sur les carburants reste forte, ce qui rend la performance japonaise d’autant plus frappante.

Un fonds public alimenté au prix d’une dette record

Pour contenir l’inflation à la pompe, le gouvernement de Tokyo alimente régulièrement un fonds spécial de mitigation grâce à des rallonges budgétaires. Depuis le printemps, cette politique a déjà coûté plus de 1 070 milliards de yens, soit près de 6 milliards d’euros. La facture devrait approcher les 10 milliards d’euros d’ici la fin de l’année 2026.

Le Japon assume cette dépense malgré une dette publique qui dépasse 200 % de son produit intérieur brut. Une méthode que refusent les gouvernements européens, la France en tête : puiser dans un fonds public pour limiter la hausse des prix à la pompe plutôt que de moduler la fiscalité ou de cibler des aides.

Producteurs et importateurs rattrapés par la flambée

Les pays producteurs de pétrole, États-Unis, Canada, monarchies du Golfe, bénéficient en théorie d’un avantage grâce à leur matière première nationale : les prix à la pompe y oscillent entre 0,60 euro et 1,10 euro le litre d’essence. Mais cet avantage ne protège plus totalement.

Aux États-Unis, la politique de Donald Trump n’empêche pas les prix de grimper, avec un gazole qui frôle les 2 euros le litre et une essence de plus en plus chère.

L’Union européenne, elle, importe presque tout le pétrole qu’elle consomme et 85 % de son gaz naturel. Au total, les importations couvrent 57 % des besoins énergétiques du bloc, selon l’office statistique européen. Selon un rapport de l’Organisation de coopération et de développement économiques publié mercredi 23 septembre 2026, sept des dix pays ayant pris le plus de mesures pour limiter les dégâts liés à l’envolée des prix se trouvent dans l’Union européenne.

Les automobilistes du bloc dépensent chaque jour 203 millions d’euros supplémentaires rien que pour le diesel, selon l’ONG Transport & Environment. Un paradoxe que pointe Antony Froggatt, analyste chez cette organisation : « C’est une cruelle ironie : les États-Unis sont les moins vulnérables à une crise qu’ils ont eux-mêmes provoquée, tandis que l’économie européenne encaisse de nouveau le choc. », cite Euronews.

France, Allemagne, Espagne : des remises fiscales à la carte

Bruxelles a accordé aux États membres une marge de manœuvre temporaire pour verser des aides d’État aux ménages et aux secteurs gourmands en énergie : agriculture, transports, pêche. Les règles budgétaires européennes ont aussi été assouplies pour les investissements qui renforcent la sécurité énergétique du bloc.

Le gouvernement français a annoncé mardi 22 septembre 2026 un paquet de 450 millions d’euros. Les aides, modulées selon les revenus, sont étendues aux salariés parcourant plus de 30 kilomètres aller-retour pour se rendre au travail, ou plus de 8 000 kilomètres par an pour motifs professionnels : 5,5 millions de travailleurs deviennent ainsi éligibles à un versement de 100 euros jusqu’à la fin de l’année 2026. Des chèques énergie de 48 à 277 euros seront versés avec trois mois d’avance à 5,8 millions de foyers.

Outre-Rhin, une première baisse de taxes avait expiré fin juin 2026. Berlin a décidé, à la mi-septembre 2026, de la reconduire : les prix de l’essence et du diesel baisseront de 17 centimes par litre du 1er octobre à la fin de l’année 2026, pour un coût estimé à 2,5 milliards d’euros.

Le gouvernement allemand doit aussi discuter avec l’industrie pétrolière d’un plafonnement des prix d’ici au 1er janvier 2027, sur le modèle de la Belgique et du Luxembourg.

Madrid a prolongé sa remise de 5 centimes par litre sur l’essence et le diesel, dans le cadre d’un plan de 5 milliards d’euros lancé en mars 2026. Un mécanisme automatique porterait cette remise à 20 centimes si l’inflation annuelle des prix des carburants dépassait 15 %.

Washington envisage d’interdire ses exportations de diesel

En cherchant à se détourner de l’énergie russe, l’Union européenne s’est rapprochée des États-Unis. Ursula von der Leyen, présidente de la Commission européenne, a conclu en 2025 un accord avec Donald Trump prévoyant que l’UE achète, sur trois ans, pour 750 milliards de dollars d’énergie américaine.

La guerre en Iran a rendu cette dépendance à la fois plus vitale et plus délicate : l’Europe se tourne de plus en plus vers les États-Unis pour son diesel.

Or Donald Trump a affiché son soutien, entre le 22 et le 24 septembre 2026, à une interdiction des exportations américaines de diesel, pour faire baisser les prix intérieurs. De quoi inquiéter Bruxelles, qui devrait alors chercher d’autres fournisseurs. La Commission fait pression sur Washington pour que ce projet soit abandonné.

« Nous pensons que c’est une mauvaise idée. La coopération énergétique entre l’UE et les États-Unis est forte, stable et mutuellement bénéfique. Toute perturbation risquerait d’avoir des conséquences négatives pour les deux parties », a déclaré jeudi 24 septembre 2026 Olof Gill, porte-parole de la Commission européenne.

Dans son discours annuel sur l’état de l’Union, mi-septembre 2026, von der Leyen a reconnu que « les pressions liées à la hausse des prix de l’énergie et des coûts d’emprunt se font sentir pour les citoyens comme pour les entreprises ». Elle a chiffré à 260 milliards d’euros par an, d’ici 2040, l’économie que permettrait une électrification accrue sur la facture des importations d’énergies fossiles.

Emmanuel Macron a demandé à la Commission d’assouplir les règles européennes sur la qualité des carburants, pour encourager la production de diesel et de kérosène en Europe, et de relever de 7 % à 10 % la teneur maximale en biodiesel conventionnel dans le diesel standard.

Dans une lettre à l’exécutif européen citée par l’agence Associated Press, il a averti d’une forte hausse des prix du pétrole si le détroit d’Ormuz ne rouvrait pas au trafic des pétroliers.

Les pays de l’UE ont par ailleurs puisé dans leurs réserves stratégiques, dans le cadre d’un accord entre les 32 membres de l’Agence internationale de l’énergie, pour mettre sur le marché 400 millions de barils issus des stocks d’urgence.

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