Prix des carburants : l’Europe privilégie les aides, la France s’isole

La hausse des prix des carburants pousse plusieurs pays européens à renforcer leurs aides. En France, le gouvernement privilégie des mesures ciblées.

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La hausse des prix des carburants pousse plusieurs pays européens à renforcer leurs aides. En France, le gouvernement privilégie des mesures ciblées.
La hausse des prix des carburants pousse plusieurs pays européens à renforcer leurs aides. En France, le gouvernement privilégie des mesures ciblées. | L'Automobiliste

La remontée du pétrole replace les prix des carburants au centre des préoccupations économiques européennes. Plusieurs États réduisent les taxes ou renforcent leurs dispositifs de soutien. En France, où le diesel dépasse à nouveau largement les 2 euros le litre, l’exécutif cherche à protéger les ménages et les secteurs les plus exposés sans recréer un coûteux bouclier généralisé.

Des prix à la pompe qui relancent les aides en Europe

Le répit aura été de courte durée pour les automobilistes européens. À la mi-septembre, le Brent évolue toujours au-dessus de 100 dollars le baril. Le 18 septembre, il s’échangeait autour de 102,68 dollars après avoir pourtant reculé de 2% dans la séance. Les tensions au Moyen-Orient, les perturbations des infrastructures pétrolières et les difficultés du raffinage maintiennent une forte pression sur les produits pétroliers. Le diesel est particulièrement exposé, avec des conséquences qui dépassent largement le budget automobile des ménages. Transport routier, agriculture, logistique et industrie utilisent massivement ce carburant. Sa hausse se diffuse donc progressivement dans les coûts de production et les prix à la consommation.

Le bulletin pétrolier publié le 17 septembre par la Commission européenne confirme que les écarts de prix restent importants entre les États membres et que la question des carburants redevient un sujet économique majeur à l’échelle de l’Union. Cette situation rappelle surtout le coût considérable des précédentes réponses publiques. Dans une étude publiée le 5 juin 2026, Alice Moscovici et Phuc-Vinh Nguyen, de l’Institut Jacques Delors, estimaient qu’après cent jours de guerre en Iran, la facture énergétique supplémentaire supportée par l’Europe approchait 62 milliards d’euros. Sur ce montant, environ 46 milliards provenaient du renchérissement des importations d’énergies fossiles. Les États membres avaient parallèlement engagé près de 16 milliards d’euros dans plus de 210 mesures d’urgence réparties dans 23 pays.

La nouvelle poussée des carburants conduit désormais plusieurs capitales à rouvrir la boîte à outils fiscale. En Allemagne, l’essence E10 a atteint environ 2,30 euros le litre, un niveau record. La ministre de l’Économie Katherina Reiche a proposé de ramener temporairement la TVA sur les carburants de 19 % à 7 %, une mesure qui ferait baisser directement le prix payé à la pompe. Le gouvernement allemand étudie toutefois encore différentes solutions. L’Espagne a déjà adapté son dispositif. Depuis le 1er septembre, la réduction de fiscalité atteint 20 centimes par litre pour le diesel, contre 10 centimes auparavant. La remise sur l’essence est parallèlement passée à 5 centimes.

Cette différence s’explique notamment par l’envolée de 15,7% du prix du gazole observée en juillet. Le Royaume-Uni a lui aussi prolongé jusqu’à la fin de 2026 la réduction de 5 pence par litre de la taxe sur les carburants, alors que le dispositif devait initialement commencer à disparaître en septembre. En Grèce, le gouvernement prépare de son côté de nouvelles mesures énergétiques avant l’hiver et prévoit de maintenir les subventions concernant le diesel jusqu’en octobre. Les méthodes diffèrent donc, mais la tendance est commune : lorsque les carburants s’envolent, les gouvernements cherchent rapidement à amortir le choc.

En France, des aides ciblées face à une marge budgétaire étroite

La France n’échappe pas à la hausse. Selon le baromètre CarbuPrix, établi à partir des relevés officiels transmis par plusieurs milliers de stations-service françaises, le litre de gazole atteignait en moyenne 2,369 euros le 17 septembre. Le SP95-E10 se situait à 2,213 euros. Une semaine plus tôt, le diesel s’affichait encore à 2,295 euros et l’E10 à 2,169 euros. Face à cette progression rapide, Paris privilégie pour l’instant des dispositifs ciblés plutôt qu’une remise uniforme appliquée à tous les pleins. L’indemnité destinée aux travailleurs dits « grands rouleurs » atteint ainsi 100 euros.

Près de trois millions de travailleurs modestes utilisant leur véhicule personnel pour leur activité professionnelle peuvent potentiellement en bénéficier sous conditions. Le guichet de demande a été prolongé jusqu’au 30 septembre. Le gouvernement a également reconduit en septembre et octobre une aide de 15 centimes par litre destinée aux agriculteurs, pour un coût estimé à 55 millions d’euros par mois. Le 16 septembre, le gouvernement a en outre annoncé son intention de prolonger jusqu’à la fin de l’année plusieurs soutiens ciblant les activités particulièrement exposées aux prix élevés des carburants.

Cette stratégie traduit un arbitrage de plus en plus difficile. Une baisse généralisée des taxes sur les carburants peut produire rapidement un effet visible sur les prix, mais son coût budgétaire devient considérable lorsqu’elle concerne l’ensemble des automobilistes. Or les finances publiques françaises restent sous forte contrainte. Le gouvernement travaille actuellement sur un effort d’économies d’environ 54 milliards d’euros pour le budget 2027, tout en cherchant à contenir le déficit public. La remontée des dépenses liées à l’énergie réduit encore les marges disponibles. La question n’est donc plus seulement de savoir comment faire baisser temporairement le prix des carburants. Elle concerne également la dépendance structurelle de l’économie européenne au pétrole.

L’étude de l’Institut Jacques Delors souligne à ce titre que les premières réponses à la crise ont surtout financé des mesures d’urgence. Sur les quelque 16 milliards d’euros engagés après cent jours de conflit, environ 2 milliards seulement étaient consacrés à l’électrification et à des solutions susceptibles de réduire durablement la consommation d’énergies fossiles. La France tente désormais de combiner les deux approches. Elle maintient des aides pour les automobilistes et les professions les plus vulnérables tout en renforçant certains soutiens à l’achat de véhicules électriques, notamment pour les gros rouleurs. Tant que le pétrole restera au-dessus de 100 dollars et que le marché du diesel demeurera tendu, cet équilibre restera fragile. La hausse des carburants pourrait ainsi continuer à peser simultanément sur le pouvoir d’achat, l’inflation et les finances publiques européennes dans les prochains mois.

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