Je suis mécanicien depuis 25 ans : voici ce qui se passe réellement dans votre moteur quand vous mélangez SP95 et SP98

Deux euros le litre, et pourtant beaucoup ignorent qu’un simple mélange de carburants peut abîmer leur moteur sans qu’ils s’en rendent compte. SP95, E10, E85 : la bonne combinaison change tout.

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Je suis mécanicien depuis 25 ans : voici ce qui se passe réellement dans votre moteur quand vous mélangez SP95 et SP98
Je suis mécanicien depuis 25 ans : voici ce qui se passe réellement dans votre moteur quand vous mélangez SP95 et SP98 © L'Automobiliste

Les prix du carburant avoisinent les deux euros le litre, une facture qui pousse de nombreux automobilistes à guetter la moindre économie à la pompe, quitte à changer de sans-plomb d’un plein à l’autre. La question revient souvent : peut-on mettre du 95 un jour, du 98 le lendemain, sans abîmer le moteur ? Trois carburants sont concernés au premier chef, le sans-plomb 95, le SP95-E10 et le sans-plomb 98, auxquels s’ajoute le superéthanol E85.

L’indice d’octane, seule vraie différence entre le 95 et le 98

Le SP95 et le SP98 ne se distinguent que par leur indice d’octane, une mesure de la résistance du carburant à l’auto-allumage dans le cylindre, explique Auto Plus. Le SP95 affiche 95 % d’octane, complétés par 5 % d’heptane ; le SP98 grimpe à 98 %, pour seulement 2 % d’heptane. Plus l’octane est élevé, mieux la combustion est maîtrisée, et plus le moteur gagne en performances.

Mélanger les deux essences ne pose aucun problème pour les véhicules produits depuis 1991. Le SP95 convient à la majorité d’entre eux, tandis que le SP98 reste compatible avec tous les moteurs à essence, quelle que soit leur ancienneté, et demeure recommandé pour les modèles les plus âgés.

Remplacer du SP98 par du SP95 est, dans la grande majorité des cas, sans danger, en particulier pour les véhicules produits après l’an 2000. Le SP98 garde toutefois un avantage pour les voitures plus lourdes ou plus performantes. Si un moteur tourne normalement au 95, ajouter du 98 ne change rien à ses performances. L’inverse, en revanche, peut à la longue les réduire et encrasser le moteur.

Mieux vaut donc s’en tenir au carburant préconisé par le constructeur, la substitution restant réservée aux cas exceptionnels. Le SP95 garde un argument de poids : moins cher à la pompe, il n’entraîne qu’une surconsommation estimée à moins de 2 % par rapport au SP98.

Depuis octobre 2018, un nouvel étiquetage impose par ailleurs de nouveaux noms dans les stations-service des 28 pays européens : des cercles pour l’essence, des carrés pour le diesel, des losanges pour les carburants gazeux. Le SP95 et le SP98 se retrouvent tous deux sous l’appellation « E5 ».

Pour éviter la confusion, la France a maintenu les chiffres en complément, si bien qu’on lit désormais « E5 SP95 » et « E5 SP98 » sur les pompes.

Le SP95-E10, compatible avec les voitures depuis 2000

Le SP95-E10, appelé simplement E10, contient jusqu’à 10 % d’éthanol contre 5 % pour le SP95 classique. Disponible en France depuis 2009, il est devenu le carburant le plus vendu dans le pays, moins cher que le SP95 à la pompe.

Il s’utilise dans la quasi-totalité des voitures à essence fabriquées depuis 2000, et se mélange sans souci avec le SP95 et le SP98 dès lors que le véhicule est compatible. Les modèles plus anciens, notamment ceux d’avant les années 2000, supportent en revanche mal cette teneur en éthanol plus élevée. En cas de doute, la référence reste la notice du constructeur.

Le superéthanol E85 va beaucoup plus loin : il contient jusqu’à 85 % d’éthanol pour seulement 15 % de sans-plomb 95, à un prix très avantageux. Son usage suppose toutefois un moteur « Flex Fuel » ou un boîtier de conversion homologué installé sur le véhicule.

Si la voiture est adaptée, l’E85 se mélange sans problème avec le SP95, le SP98 et le SP95-E10. Sans compatibilité ni boîtier, son utilisation est déconseillée : elle peut causer des dommages importants au moteur.

Le diesel et l’essence, eux, ne se mélangent jamais. Ces deux carburants sont incompatibles, et une inversion entre les deux peut provoquer des pannes importantes, voire endommager sérieusement le système d’injection.

En cas d’erreur constatée en roulant, il faut arrêter le véhicule et couper le moteur immédiatement, pour empêcher le mauvais carburant de gagner d’autres composants. Le système d’injection peut être gravement endommagé, d’où l’intérêt de limiter au maximum l’utilisation du moteur. Un doute se confirme parfois à l’oreille : des bruits de hoquet et de cliquetis marqués trahissent souvent l’erreur.

Si l’erreur est repérée à la station-service, mieux vaut déplacer la voiture pour libérer la pompe et prévenir le personnel sur place. Beaucoup de grandes stations disposent d’un équipement de vidange capable de retirer le carburant du réservoir. Dans tous les cas, un passage en garage s’impose pour vérifier que le moteur et le système d’injection n’ont pas souffert.

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