L’Arabie saoudite force l’Europe à chercher des alternatives
L’Arabie saoudite a brusquement diminué ses livraisons de pétrole vers l’Europe après que des attaques de drones ont gravement endommagé son principal oléoduc d’exportation vers la mer Rouge. Plusieurs sources du secteur confirmées par Reuters rapportent que les chargements au port de Yanbu ont été interrompus et que des cargaisons prévues pour septembre 2024 ont été annulées. Le Brent daté, référence clé pour le marché européen, a atteint 122 dollars le baril, tandis que les contrats à terme avoisinent les 108 dollars.
Les automobilistes européens ressentent déjà l’impact à la pompe. Aux États-Unis, les prix du diesel ont atteint de nouveaux sommets ce lundi, et l’essence se maintient à 4,31 dollars le gallon, soit une augmentation de 16 cents par rapport à la semaine précédente. Cette hausse est inhabituelle, septembre étant généralement synonyme de baisse tarifaire après l’été. En Europe, la situation devient préoccupante, évoquant le risque d’une pénurie de carburant similaire à celle qui avait provoqué le mouvement des Gilets jaunes en France fin 2018.
L’oléoduc Est-Ouest hors service
L’Arabie saoudite a attribué les attaques à une milice irakienne, ce qui a conduit à la fermeture de son oléoduc Est-Ouest vendredi dernier. Long de 1 200 kilomètres, ce pipeline était crucial ces six derniers mois pour éviter le détroit d’Ormuz, où la navigation reste risquée. Florence Schmit, experte chez Rabobank, souligne que la panne oblige l’Arabie saoudite à réacheminer jusqu’à 5 millions de barils par jour vers le golfe Persique, d’où ils doivent transiter par Ormuz. La quantité de brut pouvant être redirigée reste incertaine.
Saudi Aramco n’a pas commenté, augmentant l’inquiétude des marchés. Cependant, des sources dans le négoce et le transport maritime ont confirmé que le royaume avait informé ses clients européens de l’annulation de certaines cargaisons prévues pour septembre 2024.
Réparations complexes et alternatives recherchées
La réduction des flux via la mer Rouge pousse l’Arabie saoudite à augmenter ses exportations via Ormuz en utilisant des cargaisons « fantômes », une technique déjà employée par d’autres pays du Golfe. Janiv Shah de Rystad Energy note que la perte de l’oléoduc est une contrainte majeure, rappelant qu’une attaque similaire en avril avait nécessité sept jours pour rétablir la capacité. Mais les dommages actuels pourraient allonger ce délai.
Les réparations impliquent un test sous pression de tout l’oléoduc. L’Associated Press indique que l’infrastructure pourrait être hors service pendant plusieurs semaines, citant deux responsables régionaux. Florence Schmit note que les stocks de Yanbu suffisent pour environ une semaine, rendant la situation plus critique dès la semaine suivante.
Face à cette situation, Orlen, un géant pétrolier polonais, cherche des alternatives en mer du Nord et ailleurs pour remplacer les importations saoudiennes. Orlen, qui dépend d’Aramco pour 40 % de ses approvisionnements, a acheté des cargaisons sur le marché spot et a lancé des appels d’offres pour d’autres provenances. Le groupe assure que ses livraisons se poursuivent sans interruption.
Prix du pétrole en hausse
La rupture d’approvisionnement soutient fortement les prix du pétrole. Le Brent daté se négocie à environ 122 dollars le baril. Selon Vortexa, l’Arabie saoudite a chargé 22 millions de barils sur 12 navires en une semaine, contre 6 à 7 navires les semaines précédentes, pour compenser la fermeture de l’oléoduc, un effort insuffisant face à la demande.
Florence Schmit prévient que les prix de l’énergie « ne feront qu’augmenter ». Cette hausse affecte aussi les marchés mondiaux des produits raffinés, déjà sous pression. Eric Smith de l’université de Tulane explique que le diesel, crucial pour le transport et la consommation, subit un impact inflationniste rapide.
La banque Goldman Sachs prévoit que la prolongation du conflit pourrait porter le Brent au-delà de 120 dollars. Arne Lohmann Rasmussen de Global Risk Management note que des restrictions accrues et des coûts d’assurance plus élevés pourraient réduire la capacité d’exportation du Golfe.
En août, la production saoudienne avait déjà chuté de 1,9 million de barils par jour, à 6,24 millions de barils quotidiens, soit une baisse de 23 % par rapport à juillet. Cette situation ravive les craintes d’une répétition des tensions de 2018 en Europe, bien que le nombre exact de cargaisons annulées reste incertain. Les transits par Ormuz sont difficiles à suivre, les navires éteignant leurs signaux GPS pour éviter les attaques, mais combien de temps cette crise va-t-elle durer ? La réponse dépendra de l’épuisement des stocks de Yanbu.





