Trottinettes électriques : deux tiers roulent sans assurance et vous payez la facture

Deux tiers des trottinettes électriques circulent en France sans assurance obligatoire. Les 818 victimes d’accidents causés par ces engins non assurés en 2024 sont indemnisées par le FGAO, financé par les primes d’assurance automobile. Un système à deux vitesses qui coûte 132 millions d’euros par an aux automobilistes.

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Trottinettes électriques : deux tiers roulent sans assurance et vous payez la facture
Trottinettes électriques : deux tiers roulent sans assurance et vous payez la facture © L'Automobiliste

Vous payez scrupuleusement votre assurance automobile chaque année. Parfois plusieurs centaines d’euros. Vous respectez le Code de la route, passez le contrôle technique, réglez vos contraventions. Pendant ce temps, deux millions de conducteurs de trottinettes électriques circulent chaque jour en France sans la moindre couverture d’assurance. Quand l’un d’eux provoque un accident corporel, c’est vous, automobiliste assuré, qui financez indirectement l’indemnisation des victimes via le Fonds de garantie des assurances obligatoires (FGAO). Un système à deux vitesses qui commence à peser lourd sur les primes d’assurance automobile.

Les chiffres publiés fin juin 2026 par le FGAO dessinent une réalité inquiétante. Sur les 3 millions de trottinettes électriques en circulation en France, 66,7% ne disposent pas de l’assurance responsabilité civile pourtant obligatoire depuis leur classification comme Engins de Déplacement Personnel Motorisés (EDPM). Cette proportion vertigineuse place les trottinettes dans une catégorie à part, bien loin des standards observés pour les véhicules automobiles. Julien Rencki, directeur général du Fonds de garantie des victimes, constate sans détour : « Aujourd’hui les trottinettes électriques pèsent plus lourd que les deux-roues (motos, scooters, etc) dans les accidents non assurés ». Une déclaration qui résonne comme un aveu d’échec de la réglementation actuelle.

Deux mondes, deux régimes d’assurance : pourquoi les trottinettes échappent aux règles

La trottinette n’est pas une voiture : ce qui change légalement

Contrairement aux automobiles, les trottinettes électriques ne nécessitent ni immatriculation, ni carte grise, ni contrôle technique. Aucun fichier centralisé ne permet de tracer leur propriétaire. Cette absence de traçabilité administrative rend les contrôles d’assurance pratiquement impossibles lors d’un simple contrôle routier. Un automobiliste peut être vérifié en quelques secondes via sa plaque d’immatriculation. Un conducteur de trottinette peut affirmer être assuré sans que l’agent puisse le vérifier immédiatement sur place. Cette asymétrie crée un sentiment d’impunité qui explique en partie le taux massif de non-assurance.

L’obligation légale existe pourtant bel et bien depuis 2019. Tout EDPM doit être couvert par une assurance responsabilité civile, exactement comme une voiture ou une moto. Mais là où l’automobiliste risque une immobilisation immédiate de son véhicule et une amende de 3 750 euros en cas de défaut d’assurance, le conducteur de trottinette peut continuer sa route dans la majorité des cas. Les forces de l’ordre manquent d’outils pour vérifier instantanément le statut assurantiel de ces engins. Résultat : la loi reste lettre morte pour des millions d’utilisateurs quotidiens.

Responsabilité civile obligatoire… mais rarement appliquée

Le coût d’une assurance trottinette reste pourtant dérisoire comparé à une assurance automobile : entre 5 et 15 euros par mois selon les formules. Certains contrats d’assurance habitation incluent même cette garantie moyennant un léger supplément. Pourquoi alors une telle proportion de conducteurs non assurés ? Le profil type apporte un début de réponse : la moitié des conducteurs de trottinettes non assurés ont moins de 30 ans, souvent étudiants, sans activité ou ouvriers. Une population jeune, aux revenus limités, qui perçoit la trottinette comme un jouet urbain plutôt qu’un véhicule motorisé soumis aux mêmes obligations qu’une voiture.

Cette perception erronée se heurte brutalement à la réalité juridique lors d’un accident. Célandine Rigoulot, avocate spécialisée en droit routier, alerte sur les conséquences financières dramatiques : « On peut se retrouver avec une dette de toute une vie. On a des gens qui se retrouvent avec leur salaire ponctionné et qui vont être dans une vie précaire ». En cas d’accident corporel grave, les indemnisations peuvent atteindre plusieurs centaines de milliers d’euros, voire dépasser le million pour un handicap permanent. Des montants que le conducteur non assuré devra rembourser personnellement au FGAO, parfois sur plusieurs décennies.

Le vrai chiffre : 8,3% des accidents non assurés, c’est plus que vous ne le croyez

Deuxième véhicule non assuré impliqué dans des accidents corporels

Les statistiques 2024 du FGAO révèlent une progression inquiétante. Les trottinettes électriques représentent désormais 8,3% des véhicules non assurés impliqués dans des accidents corporels, se hissant à la deuxième place derrière les voitures (77,7%). Plus significatif encore : elles dépassent désormais les deux-roues motorisés traditionnels (motos et scooters) dans cette sinistre hiérarchie. Sur les 4 640 véhicules sans assurance impliqués dans des accidents corporels en 2024, près d’un sur douze était une trottinette électrique. Un ratio disproportionné quand on considère que ces engins représentent une fraction minime du parc de véhicules motorisés français.

Cette surreprésentation s’explique par plusieurs facteurs. D’abord, le taux de non-assurance massif (66,7%) multiplie mécaniquement les risques. Ensuite, l’usage urbain intensif des trottinettes les place en contact permanent avec piétons, cyclistes et automobilistes dans des environnements denses où les accidents sont fréquents. Enfin, la vitesse réelle de circulation, souvent supérieure aux 25 km/h réglementaires en raison du débridage répandu, aggrave la gravité des chocs. Un accident récent à Beauvais a impliqué une trottinette débridée circulant à 70 km/h, soit près de trois fois la limite légale.

818 victimes en 2024 : une hausse de 8% qui s’accélère

Le FGAO a indemnisé 818 victimes blessées par des trottinettes électriques non assurées en 2024, soit une augmentation de 8% par rapport à l’année précédente. Cette progression constante contraste avec la baisse globale du nombre de victimes d’accidents causés par des conducteurs non assurés, qui recule de 7,3% sur la même période. Autrement dit : pendant que la situation s’améliore pour les véhicules traditionnels, elle se dégrade pour les nouveaux modes de déplacement urbain.

Christiane, 67 ans, fait partie de ces victimes. Percutée par une trottinette sur un trottoir parisien, elle témoigne : « J’ai eu une fracture du bassin et une autre du scaphoïde à la main gauche. Ça fait un petit traumatisme ». Son agresseur involontaire, un jeune homme de 24 ans, circulait sans assurance. Le FGAO a pris en charge son indemnisation, mais le responsable devra rembourser l’intégralité des sommes versées. Pour Christiane, automobiliste depuis quarante ans, l’injustice est flagrante : « Je paie mon assurance auto religieusement chaque année. Lui roule sans rien, me blesse, et au final c’est le système collectif qui paie ».

Quel impact sur vos primes d’assurance automobile ?

Le FGAO paie 132M€ : qui finance vraiment cette facture ?

Le Fonds de garantie a versé 132 millions d’euros aux victimes d’accidents causés par des conducteurs non assurés en 2024. Ce montant représente une hausse de 25% depuis 2018, alimentée en grande partie par l’explosion des accidents impliquant des trottinettes non assurées. Mais d’où vient cet argent ? Contrairement à une idée reçue, le FGAO n’est pas financé par l’impôt. Il est alimenté par une contribution obligatoire prélevée sur chaque contrat d’assurance automobile souscrit en France. Autrement dit : ce sont les automobilistes assurés qui financent l’indemnisation des victimes de trottinettes non assurées.

Cette contribution, invisible dans le détail de votre prime mais bien réelle, augmente mécaniquement avec la hausse des indemnisations versées par le FGAO. Chaque accident causé par une trottinette non assurée se traduit donc indirectement par une pression à la hausse sur les primes d’assurance automobile. Un système solidaire au principe louable, mais qui crée une distorsion majeure : les automobilistes, déjà soumis à des contrôles stricts et des obligations lourdes, subventionnent de fait l’irresponsabilité d’utilisateurs de trottinettes qui échappent à toute contrainte effective. Le phénomène de la non-assurance touche certes aussi les voitures, mais avec un taux infiniment plus faible et des moyens de contrôle autrement plus efficaces.

Collision avec une trottinette non assurée : vos droits et vos risques

Imaginez la scène : vous circulez en voiture en ville, une trottinette surgit d’un angle mort et percute votre portière. Le choc provoque des blessures au conducteur de la trottinette. Vous êtes assuré, lui non. Que se passe-t-il ? Si votre responsabilité n’est pas engagée, votre assurance ne paiera rien et c’est le FGAO qui indemnisera la victime. Mais si une part de responsabilité vous est attribuée, même minime, votre assurance interviendra selon la répartition des torts. Dans tous les cas, le conducteur de trottinette non assuré devra rembourser au FGAO les sommes versées pour son propre préjudice.

Le problème surgit dans les situations ambiguës, fréquentes en milieu urbain. Une trottinette qui slalome entre les voitures, grille un feu, circule sur un trottoir puis débouche sur la chaussée : autant de comportements dangereux qui compliquent l’établissement des responsabilités. Les automobilistes se retrouvent dans une position défensive permanente face à des usagers imprévisibles, souvent non assurés, dont les infractions restent largement impunies. Julien Rencki résume la situation : « On a un phénomène de la non assurance qui perdure en France et qui prend des formes nouvelles ». Des formes nouvelles qui pèsent de plus en plus lourd sur le portefeuille des automobilistes respectueux des règles.

Face à cette situation, plusieurs pistes émergent dans le débat public. Certains réclament l’immatriculation obligatoire des trottinettes électriques, sur le modèle des cyclomoteurs. D’autres plaident pour un contrôle technique annuel ou un permis de conduire spécifique. Les assureurs proposent l’inclusion automatique de la garantie EDPM dans les contrats d’assurance habitation, avec une majoration forfaitaire pour tous. Aucune solution ne fait consensus, mais l’urgence devient évidente : avec 680 000 véhicules roulant sans assurance en France en 2025 selon les estimations, et les trottinettes représentant une part croissante de ce total, le statu quo n’est plus tenable. Pour les automobilistes, la question n’est plus de savoir si les règles vont changer, mais quand et comment elles le feront, sans que la facture leur soit une fois de plus intégralement transférée.

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