Ce petit poisson stylisé qu’on aperçoit sur le coffre ou le pare-chocs de certaines voitures n’a rien à voir avec la pêche à la ligne, ni avec une quelconque confrérie de plongeurs ou de poissonniers. Il s’agit de l’Ichtus, un symbole religieux qui représente le Christ, explique le magazine Marie France.
Le mot vient du grec ancien ikhthys, qui signifie poisson. Les cinq lettres qui le composent forment en réalité un acronyme, Iesous Christos Theou Uios Soter, que l’on traduit par « Jésus-Christ, Fils de Dieu, Sauveur ». Le dessin lui-même est minimaliste : deux arcs de cercle qui se croisent pour donner la silhouette d’un poisson.
Un code tracé dans le sable sous l’Empire romain
Le symbole remonte au premier siècle. À cette époque, sous l’Empire romain, afficher une nouvelle croyance exposait à une répression féroce, le culte de l’empereur ne tolérant guère la concurrence. Les premiers chrétiens traçaient alors le poisson à la va-vite dans le sable ou le gravaient dans les catacombes.
Le procédé tenait du jeu de piste : une personne dessinait un simple arc de cercle sur un mur ou une table, et si son interlocuteur complétait le dessin avec un second arc pour former le poisson, la confiance s’établissait aussitôt entre chrétiens, à l’abri du regard des soldats romains. Le poisson avait été préféré à la croix, qui évoquait alors la torture et la mort brutale.
Le symbole ornait aussi des objets du quotidien, mosaïques, anneaux, coupes de verre ou sceaux. Sa portée religieuse tient à plusieurs épisodes bibliques : le poisson évoque l’abondance des pêches miraculeuses et le pain partagé avec les foules, mais aussi l’eau du baptême et la bénédiction divine.
Le poisson de Darwin, réplique athée
Actuellement, l’Ichtus permet à des automobilistes chrétiens d’afficher leur foi sur leur véhicule et de se reconnaître entre personnes partageant les mêmes croyances. Face à la multiplication de ces autocollants, une autre version a vu le jour dans les années 1980 : un poisson doté de pattes primitives, portant l’inscription Darwin en son centre.
Ce symbole illustre le premier animal aquatique sorti de l’eau et défend la théorie de l’évolution, en opposition aux mouvements créationnistes. Ces derniers ont fini par répliquer avec un poisson chrétien de grande taille, représenté en train d’avaler le poisson de Darwin. D’autres variantes, plus potaches, circulent aussi : un T-Rex croquant le poisson, des versions dotées d’antennes façon Star Trek, ou des hommages à Cthulhu, la créature imaginée par l’écrivain H.P. Lovecraft.
Chez les jeunes conducteurs récemment titulaires du permis, ce poisson est parfois perçu comme un simple motif vintage ou un logo de marque de surf, sans lien avec la religion ni avec la science.
En France, la culture de la laïcité confine généralement la religion à la sphère privée. Afficher un Ichtus dans l’espace public, au feu rouge ou dans un embouteillage, peut être perçu comme du prosélytisme et crisper certains usagers. Les conséquences vont parfois jusqu’au vandalisme : rayures profondes à la clé sur la carrosserie, bris de glace, rétroviseurs arrachés, autocollant décollé de force en laissant des entailles dans la peinture, crachats ou graffitis. Privilégier un garage privé ou un parking éclairé et sous vidéosurveillance limite ce genre de risque.
Un autocollant mal placé peut valoir une amende forfaitaire pour défaut de visibilité. Sur la lunette arrière, le champ de vision du rétroviseur central ne doit jamais être obstrué, et il faut éviter la zone de balayage de l’essuie-glace, sous peine d’effilocher l’autocollant ou de forcer le moteur électrique, voire de griller le fusible de la pompe lave-glace, un problème déjà rencontré sur certaines Clio 3.
Les emplacements tolérés restent les angles inférieurs de la lunette arrière, la carrosserie du coffre, le hayon, la partie plastique du pare-chocs ou les petites vitres de custode à l’arrière des portes passagers. Le pare-brise avant, les vitres latérales avant et la plaque d’immatriculation sont en revanche formellement interdits.
Le soleil, le gel et la pollution finissent par craqueler le plastique et fusionner la colle avec le vernis de la carrosserie. Pour retirer un autocollant abîmé, mieux vaut éviter l’acétone, le dissolvant pour ongles ou les diluants à peinture, qui attaquent le vernis, et privilégier le WD-40, l’essence F, un dissolvant pour goudron ou de l’alcool isopropylique.





