Des panneaux routiers pour sauver le lynx boréal du Jura

Trois ministères lancent une expérimentation de signalisation routière spécifique au lynx dans le Parc naturel régional du Haut-Jura. L’objectif affiché est de réduire les collisions, première cause de mortalité d’une espèce classée « en danger » et dont le massif jurassien héberge 80% de la population française. Le dispositif sera évalué pendant trois ans par le CEREMA.

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Des panneaux routiers pour sauver le lynx boréal du Jura © L'Automobiliste

Voilà une initiative qui a le mérite de poser une question rarement débattue : à partir de quel moment la protection d’une espèce menacée justifie-t-elle une modification de la signalisation routière ? La réponse, dans le cas du lynx boréal, vient d’être apportée par trois ministères (Intérieur, Transition écologique, Transports) qui ont décidé de tester, dès septembre, des panneaux de danger spécifiques sur les routes du Haut-Jura. Le communiqué met en avant un chiffre : une vingtaine de lynx tués chaque année par collision. Pour une espèce dont chaque individu compte, c’est une hémorragie.

Quand la route devient le premier prédateur

Le lynx boréal est classé « en danger » sur la Liste rouge nationale. Sa population française, concentrée à 80% dans le massif jurassien, reste fragile. Les collisions routières représentent la première cause de mortalité détectée, devant les destructions illégales et le manque de brassage génétique. Autrement dit, ce n’est pas la nature qui menace le lynx, c’est l’homme, ses routes, ses voitures et, parfois, ses fusils.

Le problème tient au comportement territorial de l’espèce : domaine vital étendu, déplacements sur de longues distances, traversées fréquentes de routes nationales et départementales. Le lynx ne sait pas que la N5 ou la N57 sont des artères à risque. Il les traverse comme il traverserait un ruisseau. Sauf que le ruisseau, lui, ne roule pas à 90 km/h.

Un dispositif expérimental sur trois ans

L’expérimentation, encadrée par des arrêtés interministériels, consiste à déployer un panneau réglementaire A15b « faune sauvage », accompagné de panonceaux d’étendue et de panneaux de vitesse conseillée, sur des tronçons ciblés dans l’Ain, le Doubs et le Jura. Le CEREMA, centre d’études et d’expertise sur les risques et la mobilité, assurera l’évaluation pendant trois ans. L’objectif : mesurer le comportement et la perception des automobilistes, et vérifier si le dispositif réduit effectivement les collisions.

Le financement est assuré par le ministère de la Transition écologique et le WWF, via la Société Française pour l’Étude et la Protection des Mammifères. Le Parc naturel régional du Haut-Jura, qui porte une responsabilité particulière dans la conservation de l’espèce, coordonne le déploiement avec la direction interdépartementale des routes Est et les conseils départementaux concernés.

Chaque individu compte, vraiment

Reste que le lynx boréal illustre une réalité peu connue du grand public : certaines espèces protégées sont si rares que la perte d’un seul individu fragilise l’ensemble de la population. C’est le cas ici. Avec une population réduite, chaque lynx tué sur la route, c’est un mâle ou une femelle en moins pour assurer la reproduction, pour maintenir la diversité génétique, pour coloniser de nouveaux territoires.

Le Plan national d’actions en faveur du lynx boréal, approuvé en 2022 et coordonné par la DREAL Bourgogne-Franche-Comté et l’Office français pour la biodiversité, mobilise l’ensemble des acteurs : associations, scientifiques, éleveurs, chasseurs. L’ambition affichée est de rétablir l’espèce dans un bon état de conservation. Mais cela suppose de s’attaquer aux trois principales menaces : collisions, destructions illégales, manque de brassage génétique.

Un panneau suffit-il à changer les comportements ?

La question demeure : un panneau routier peut-il vraiment faire la différence ? L’expérience montre que la signalisation seule ne suffit pas toujours à modifier durablement les comportements des automobilistes. Les panneaux « faune sauvage » existent déjà, pour le cerf, le sanglier ou le chevreuil. Leur efficacité dépend de la visibilité, de la répétition du message, de la vitesse pratiquée, et surtout de la perception du risque par l’automobiliste.

L’expérimentation dans le Haut-Jura constitue donc un test grandeur nature. Si elle démontre son efficacité, le dispositif pourra être déployé ailleurs, notamment dans les Vosges où le lynx tente de s’installer. Si elle échoue, il faudra envisager d’autres solutions : passages à faune, réduction de vitesse imposée, voire fermetures nocturnes de certains tronçons.

En attendant, le lynx boréal reste l’une des trois espèces de grands carnivores protégées en France, avec l’ours et le loup. Sa situation est préoccupante. Malgré une extension de son aire de répartition depuis le massif jurassien, l’espèce peine à se développer. Les collisions routières, première cause de mortalité, continueront de peser tant que la cohabitation entre infrastructures humaines et territoires de vie du lynx ne sera pas mieux pensée.

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