Depuis le début du mois de juillet 2026, une vingtaine de voitures roulent en Espagne avec un carburant qui n’a jamais vu une goutte de pétrole. L’essai, mené conjointement par Toyota, BMW, Bosch et le pétrolier espagnol Repsol, porte sur un produit baptisé Nexa 95 : une essence entièrement d’origine végétale, fabriquée à partir de déchets organiques, explique Auto Journal. Les véhicules se ravitaillent dans des stations-service Repsol ouvertes au public, sans circuit dédié ni pistolet spécial.
Sur le papier, la promesse est simple : faire baisser les émissions de carbone sans rien changer aux habitudes des automobilistes, ni aux voitures qu’ils possèdent déjà.
Un carburant qui se glisse dans les cuves existantes
Le Nexa 95 appartient à la famille des carburants dits drop-in : il remplace l’essence sans aucune modification nécessaire. Son indice d’octane est identique à celui du Sans-Plomb 95, et il fonctionne dans n’importe quel moteur essence, sans intervention mécanique. Concrètement, il peut être versé tel quel dans les cuves et pistolets des stations-service actuelles, tout comme dans le réservoir des voitures thermiques déjà en circulation.
L’exercice diffère nettement de celui vécu par le GPL, qui impose des précautions de stockage, des adaptations de véhicules et reste interdit dans certains parkings souterrains. Rien de tel ici : les stations n’ont besoin d’aucun aménagement.
Une vingtaine de Toyota, Lexus, BMW et MINI de série, sans prototype ni moteur modifié, roulent exclusivement au Nexa 95 dans les rues de Madrid et sur les routes de campagne de la péninsule ibérique. Seul le réservoir change ; le comportement du bloc moteur reste identique à celui obtenu avec un carburant classique.
Bosch a intégré un dispositif numérique, le Digital Fuel Twin, pour verrouiller l’expérimentation. Cette technologie trace chaque litre injecté, de la station-service jusqu’à la consommation effective enregistrée par la voiture, afin d’isoler précisément l’effet du carburant renouvelable pendant toute la campagne d’évaluation.
Sur l’ensemble de son cycle de vie, le Nexa 95 permet de réduire les émissions de gaz à effet de serre d’environ 70 % par rapport à un carburant fossile classique, sans toutefois les supprimer totalement à l’échappement. Il est fabriqué à partir de matières premières conformes à la directive européenne RED.
Repsol reste le seul acteur à proposer ce type d’essence 100 % renouvelable dans des stations ouvertes au public, et uniquement dans certains points de vente espagnols : la production ne permettrait pas encore d’alimenter l’ensemble du parc de véhicules essence.
Cette expérimentation vise aussi à envoyer un signal aux institutions européennes, jugées focalisées sur l’électrique pour décarboner le parc automobile d’ici la prochaine décennie. Toyota et BMW défendent l’idée que la transition énergétique ne doit pas reposer sur une seule technologie.
BMW ne compte pas abandonner le moteur thermique à court ou moyen terme : la future BMW M3 sera proposée à la fois en version électrique et thermique. Chez le constructeur allemand, c’est au client de choisir avec quelle énergie il souhaite circuler, pas au législateur. Toyota, de son côté, mène plusieurs technologies en parallèle : ventes croissantes de voitures électriques aux États-Unis, succès continu des hybrides et poursuite des développements sur l’hydrogène.
L’expérimentation ne se limite pas aux futurs modèles. Si cette essence renouvelable confirme son efficacité à grande échelle et obtient l’aval des autorités, elle pourrait réduire rapidement les émissions des centaines de millions de voitures à essence déjà en circulation, sans obliger leurs propriétaires à en changer.


