La vignette automobile n’est pas sur le point de faire officiellement son retour en France. Mais l’idée réapparaît dans le débat sur la fiscalité des transports. Dans son Baromètre de la fiscalité routière 2026, l’Institut Mobilités en Transition propose de créer à partir de 2030 une redevance annuelle applicable à l’ensemble des véhicules motorisés. Son montant varierait fortement selon la situation du propriétaire et les caractéristiques du véhicule. Une réforme présentée comme une réponse à l’érosion progressive des recettes liées aux carburants.
Une vignette automobile repensée face à l’essor des voitures électriques
Le sujet revient à mesure que le parc automobile français s’électrifie. En juin 2026, les voitures électriques ont représenté environ 30 % des immatriculations de voitures particulières neuves, selon AAA Data. Sur l’ensemble du premier semestre, leur part de marché a également fortement progressé. Cette évolution modifie progressivement les bases de la fiscalité automobile française. Une voiture électrique ne consomme ni essence ni gazole et échappe donc aux accises frappant ces carburants. Or ces prélèvements constituent encore une ressource considérable. Les données publiques du ministère de la Transition écologique montrent que les produits pétroliers restent très majoritaires dans la consommation énergétique des transports. Mais leur poids est appelé à diminuer avec la transformation du parc.
C’est précisément ce mécanisme qu’analyse l’étude « 68 milliards en sursis. Refonder la fiscalité routière à l’ère de l’électrique », publiée en septembre 2026 par l’Institut Mobilités en Transition. L’IMT estime que l’ensemble de la fiscalité routière a généré 67,5 milliards d’euros de recettes publiques en 2025. L’accise sur les produits pétroliers et le gaz naturel en représentait à elle seule 27,7 milliards, auxquels s’ajoutaient notamment 8,9 milliards d’euros de TVA sur les carburants. Selon les projections du rapport, le poids de la fiscalité routière passerait de 4,6 % des recettes du secteur public en 2025 à 3,4 % en 2035 si les règles restaient inchangées. L’institut estime que l’électrification expliquerait environ la moitié de cette baisse relative, le reste provenant notamment de l’inflation non répercutée sur certaines taxes et du développement de carburants moins taxés. L’enjeu dépasse donc la seule voiture électrique : il concerne le financement durable de la mobilité et des infrastructures.
De 30 à 910 euros : comment fonctionnerait cette nouvelle redevance ?
Pour répondre à cette évolution, l’IMT avance une proposition qui rappelle inévitablement l’ancienne vignette automobile, tout en reposant sur une architecture différente. L’institut recommande une « redevance annuelle véhicule » qui entrerait progressivement en vigueur à partir de 2030. Tous les véhicules motorisés seraient concernés, mais le montant ne serait pas uniforme. Plusieurs critères pourraient intervenir : motorisation, émissions, masse du véhicule, origine de fabrication, niveau de revenu du propriétaire, lieu de résidence ou encore nombre de véhicules détenus par le foyer. L’objectif affiché serait notamment d’éviter qu’une vignette pèse proportionnellement davantage sur les ménages modestes ou ruraux très dépendants de leur voiture. Pour une voiture particulière détenue par un particulier, l’IMT estime le montant moyen à environ 140 euros par an en 2030 et 260 euros en 2035. Il s’agit toutefois d’ordres de grandeur issus d’une modélisation et non d’un barème fiscal adopté.
Les écarts pourraient ainsi être considérables. Dans l’exemple le plus favorable présenté dans l’étude, un ménage très modeste habitant en zone périurbaine ou rurale et possédant une seule voiture électrique légère fabriquée en Europe pourrait payer environ 30 euros par an en 2030. À l’autre extrémité, l’IMT modélise une contribution atteignant 910 euros pour un ménage faisant partie des 20 % les plus aisés, vivant en centre-ville, possédant plusieurs véhicules et utilisant une voiture thermique ancienne et particulièrement lourde. Entre ces deux situations, le rapport présente également un exemple à 70 euros pour un ménage modeste utilisant un véhicule thermique ancien de masse moyenne et un autre à 40 euros pour certains véhicules électriques. La fourchette de 30 à 910 euros ne constitue donc pas un tarif général de la future vignette, mais l’illustration des effets possibles des différents coefficients de modulation.
L’idée rappelle forcément la vignette automobile instaurée en France en 1956. Celle-ci était une taxe annuelle liée à la détention d’un véhicule et avait notamment servi à financer le Fonds national de solidarité destiné aux personnes âgées. Sa suppression pour les particuliers a été décidée dans le cadre du budget pour 2001, avant la disparition ultérieure du dispositif pour les professionnels. La proposition de l’IMT se distingue toutefois de cette ancienne vignette par sa volonté d’intégrer des critères sociaux, environnementaux et industriels. Plusieurs pays européens disposent d’ailleurs déjà de taxes annuelles sur les véhicules, avec des modèles fondés sur la masse, la motorisation, la puissance ou les émissions.
Surtout, aucun automobiliste français n’a aujourd’hui à provisionner 30, 140 ou 910 euros pour une nouvelle vignette automobile sur la seule base de cette publication. Le dispositif présenté par l’IMT est une recommandation formulée dans un rapport d’expertise, avec un horizon proposé à partir de 2030. Sa création nécessiterait une décision politique puis un cadre législatif déterminant précisément les contribuables concernés, les montants et les éventuelles exonérations. Le débat posé par l’étude est néanmoins appelé à prendre de l’importance : plus les véhicules électriques remplaceront les modèles essence et diesel, plus se posera la question du remplacement des milliards d’euros actuellement prélevés sur les carburants. La véritable interrogation n’est donc pas seulement celle du retour de la vignette, mais celle du futur modèle de financement de la route dans une France automobile de moins en moins dépendante du pétrole.



