« Alors que les carburants atteignent des niveaux records, ils ont voté POUR l’ETS2, un mécanisme qui va augmenter les prix à la pompe de 15 centimes par litre dès 2028 », a écrit Jordan Bardella, président du Rassemblement national, sur X, le 15 septembre 2026. Le message vise un vote survenu ce jour-même au Parlement européen, qualifié d’« inacceptable » par le président du parti.
Bardella accuse les eurodéputés macronistes et de gauche d’avoir permis cette hausse, et appelle à voter pour son parti à la présidentielle afin de mettre un terme à leur folie fiscale et de stopper ce vol permanent des automobilistes, explique le Huffpost.
⚠️ Ce qui s'est joué au Parlement européen aujourd'hui est inacceptable.
Les macronistes et la gauche s'attaquent à nouveau à la France du travail.
Alors que les carburants atteignent des niveaux records, ils ont voté POUR l'ETS2, un mécanisme qui va augmenter les prix à la…
— Jordan Bardella (@J_Bardella) September 15, 2026
Un vote qui remonte à 2023
Sur les réseaux sociaux, plusieurs eurodéputés de gauche ont vite répondu. Hadrien Clouet, député européen du groupe Insoumis, a ironisé en soulignant que cet homme commentait un vote qui avait eu lieu en 2023, ajoutant qu’il ne fallait pas le brusquer car il se préparait à affronter Pompidou aux prochaines présidentielles.
Manon Aubry, députée européenne La France insoumise, a précisé que le vote sur le marché carbone étendu aux particuliers avait eu lieu en 2023 et que toute la délégation insoumise avait voté contre.
Les faits leur donnent raison en partie. Le texte SEQE2, ou ETS2 en anglais, a bien été adopté le 18 avril 2023. Ce jour-là, Bardella avait voté contre, comme Manon Aubry et les autres élus insoumis Marina Mesure, Leïla Chaibi, Younous Omarjee et Anne-Sophie Pelletier, ainsi que la majorité des écologistes. Les socialistes et les élus de Place publique s’étaient abstenus. Les macronistes du groupe Renew, eux, avaient voté pour.
L’ETS, pour emissions trading scheme, repose sur le principe pollueur-payeur : les entreprises polluantes reçoivent des quotas d’émission et doivent en acheter davantage si elles les dépassent. Créé en 2005, ce marché carbone a été étendu en 2023, c’est l’ETS2, au chauffage des bâtiments et au transport routier. Avec ce texte, les ménages paieront un prix du carbone sur le carburant et le chauffage à partir de 2028.
Ce que le Parlement a réellement voté le 15 septembre 2026
Ce jour-là, les eurodéputés n’ont pas adopté l’ETS2, mais ajusté son fonctionnement. Un premier texte, approuvé par 467 voix pour, 158 contre et 41 abstentions, renforce les mécanismes censés amortir les fortes oscillations de prix sur ce marché. Bardella a lui-même voté contre, ce qui confirme sa propre opposition mais contredit l’idée qu’il commentait l’adoption initiale.
Manon Aubry, de son côté, s’est abstenue sur ce texte, comme les élus insoumis Emma Fourreau, Marina Mesure et Leïla Chaibi.
Un second texte, concernant l’ETS1, relève de 400 à 650 millions de quotas le seuil du mécanisme d’invalidation, à compter du 1er février 2027, sous réserve de validation par le Conseil de l’Union européenne.
Selon Danuše Nerudová, eurodéputée du groupe PPE et rapporteuse du texte, ce vote visait justement à mieux protéger les ménages vulnérables. « L’Europe doit faire davantage pour protéger les ménages des conséquences sociales négatives potentielles du SEQE-2. Cette révision renforcera la stabilité des prix pour les citoyens », a-t-elle affirmé.
La Commission européenne s’est par ailleurs engagée à intervenir si le prix de la tonne de carbone dépassait 45 euros. Un Fonds social pour le Climat, financé par les recettes du marché carbone, doit aider les États à limiter les répercussions sur le pouvoir d’achat des ménages.
Une hausse de 15 centimes loin d’être certaine
Une source interne au groupe Renew, interrogée par le HuffPost, reconnaît qu’une répercussion sur les prix à la pompe est « possible et il faut le reconnaître ». « L’ETS 2 représente un coût pour les fournisseurs de carburants qui peut être répercuté en partie sur les consommateurs », précise cette même source.
Mais le chiffre de 15 centimes avancé par Bardella est jugé très hasardeux : il dépend du prix de la tonne de CO2 sur le marché à un instant donné, difficile à anticiper, et les spécialistes lui préfèrent une fourchette.
Ce montant circule pourtant depuis un moment. L’association AUTF, qui regroupe des entreprises clientes du transport routier, l’avait déjà chiffré pour le gasoil. En septembre 2024, la Cour des comptes évaluait pour sa part la hausse possible des prix du carburant, tout en jugeant l’effet de la réforme incertain.
La France n’a toujours pas ratifié la directive
L’ETS2 doit entrer en vigueur au niveau européen le 1er janvier 2028. Chaque État doit transposer la directive avant cette date. À ce jour, la France ne l’a pas encore ratifiée, une quasi-exception en Europe.
Selon des révélations de Politico, quatre ministres du gouvernement de François Bayrou, alors Premier ministre, avaient pourtant demandé, en mai 2025, de lancer la réforme sans attendre : Éric Lombard (Économie), Amélie de Montchalin (Comptes publics), Agnès Pannier-Runacher (Transition écologique) et Marc Ferracci (Énergie). Ils y voyaient une ressource pour les caisses publiques et pour financer la décarbonation du pays. Emmanuel Macron et François Bayrou ont refusé, et l’affaire est restée secrète.
Un an plus tard, rien n’a changé : le gouvernement cherche toujours de nouvelles recettes, mais la ratification n’est pas à l’ordre du jour. Elle représenterait pourtant un apport de 1,2 milliard d’euros pour les finances publiques françaises, une somme à mettre en regard des 9,7 milliards d’euros que la réforme rapporterait au total à la France entre 2026 et 2032, dont un quart financerait directement le budget national.
Le souvenir de 2018 pèse sur les décisions
Ce blocage rappelle un précédent. En 2018, la hausse de la taxe carbone française sur les carburants avait déclenché le mouvement des Gilets jaunes, avec des manifestations massives. Depuis, cette taxe reste gelée à 44,60 euros la tonne, alors même que le prix à la pompe continue de grimper sous l’effet de la crise au Moyen-Orient.
L’exécutif chercherait ainsi à éviter d’ajouter des centimes supplémentaires avant les prochaines élections. Dans l’entourage de Monique Barbut, l’actuelle ministre de la Transition écologique, on l’assume auprès de Politico : « Pour l’instant, il n’y a pas de calendrier », faute de fenêtre politique.


