Le RDW, l’organisme néerlandais chargé de l’homologation des véhicules, refuse de dévoiler la méthode détaillée qu’il a utilisée pour évaluer le système de conduite Full Self-Driving (FSD) de Tesla, ainsi que les performances enregistrées et les résultats de ses propres essais. Selon une enquête de Reuters, le régulateur invoque la protection des secrets commerciaux de Tesla pour justifier ce silence.
Le dossier n’est pourtant pas anodin. L’homologation du FSD Supervised aux Pays-Bas a été officiellement accordée le 10 avril 2026, dans le cadre de la procédure européenne dite de type approval. Quatre mois plus tard, les preuves chiffrées qui ont conduit à cette décision restent non publiques.
Un changement de formulation qui interroge
En avril 2025, le RDW jugeait le FSD plus sûr que les autres systèmes d’aide à la conduite. Deux mois plus tard, en juin 2025, la formulation avait changé : le système était désormais présenté comme au moins aussi sûr. Un glissement sémantique que Reuters relève.
Le RDW affirme, dans une enquête publiée le 6 août 2026, ne pas s’être appuyé sur les statistiques américaines fournies par Tesla pour rendre sa décision, mais avoir conduit ses propres tests approfondis. Il dit aussi avoir audité l’analyse statistique transmise par le constructeur, qui revendique environ 1,6 million de kilomètres parcourus en Europe avec le FSD Supervised activé.
Aucun seuil retenu, aucun scénario critique testé, aucun critère chiffré n’a toutefois été rendu public. Le système reste classé au niveau 2, une aide à la conduite qui suppose que le conducteur garde les mains sur le volant et l’attention sur la route, avec une homologation à validité provisoire.
Tesla a réclamé la confidentialité dès fin 2024
Des échanges entre Tesla et le RDW obtenus par Reuters montrent que le constructeur a fait de la confidentialité un sujet sensible dès la fin de l’année 2024. En avril 2025, un représentant de Tesla a demandé au régulateur de confirmer qu’un document ne serait jamais rendu public, réclamant des garanties précises sur la manière dont cette confidentialité serait assurée. L’entreprise indiquait ne pas pouvoir fournir davantage d’informations avant d’avoir obtenu ces éclaircissements.
Le RDW conteste l’idée qu’il céderait aux demandes de Tesla. Il affirme prendre lui-même ses décisions sur les documents pouvant être publiés, et invoque son obligation de protéger les informations propres aux constructeurs. Six autres autorités européennes, parmi lesquelles celles d’Allemagne, de Norvège et du Danemark, opposent le même argument du secret commercial pour refuser de communiquer les informations qu’elles détiennent sur les essais du FSD.
Cette opacité s’ajoute à une controverse plus ancienne. En juin 2025, une enquête de Reuters avait révélé que Tesla avait transmis à plusieurs régulateurs européens, dont le RDW, ses propres données américaines sur la sécurité du FSD. Le constructeur comparait le nombre d’accidents avec déclenchement des airbags sur ses véhicules équipés du FSD à des statistiques fédérales englobant des accidents moins graves, une méthodologie jugée contestable. Tesla confrontait également ses voitures récentes à l’ensemble du parc automobile américain, dont l’âge moyen dépasse douze ans.
À la mi-juin 2026, une nouvelle enquête de Reuters a montré que Tesla avait présenté à plusieurs régulateurs européens des statistiques internes affirmant un risque d’accident réduit avec le FSD. Neuf chercheurs indépendants ont jugé ces chiffres trompeurs, les estimant fondés sur des comparaisons biaisées.
Le RDW et l’agence des transports suédoise assurent ne pas se fonder uniquement sur les données de Tesla, mais également sur leurs propres essais et l’examen de la méthodologie du constructeur. Aucune de ces autorités ne publie toutefois les données brutes qui permettraient à des chercheurs, des ONG ou des parlementaires de vérifier ces affirmations.
Le calendrier européen se resserre pourtant. Un vote des États membres pourrait intervenir dès octobre 2026 pour autoriser le FSD à l’échelle de l’Union, Tesla cherchant à obtenir une exemption aux règles actuelles qui encadrent strictement l’usage de systèmes automatisés hors autoroute. Le projet devra recueillir le soutien d’au moins 55 % des États membres, représentant 65 % de la population de l’Union.
La France a déjà indiqué qu’elle ne soutiendrait pas le FSD dans sa forme actuelle, en raison de préoccupations sur les excès de vitesse et sur la capacité du système à vérifier que le conducteur reste suffisamment attentif. La Finlande, plus nuancée, reconnaît que le FSD a parfois pris des décisions plus sûres qu’un conducteur humain, tout en relevant des difficultés sur les routes sinueuses et pentues.
L’administration routière norvégienne, elle, a pu consulter des données transmises par les Pays-Bas. Selon les échanges consultés par Reuters, ces chiffres diffèrent de ceux publiés par Tesla sur son propre site, et décrivent des performances moins favorables que celles mises en avant publiquement par le constructeur.



