Faut-il faire payer chaque année les propriétaires de voitures électriques ? C’est l’une des pistes avancées par la Cour des comptes dans un rapport intitulé « Quel avenir pour la fiscalité de l’énergie ? », publié en juin 2026 par le Conseil des prélèvements obligatoires (CPO), l’organisme indépendant qui lui est rattaché. Le montant suggéré : 95 € par véhicule et par an, une somme relayée par le média Numerama.
Contrairement à ce que l’on pourrait croire, il ne s’agit pas d’une taxe au kilomètre parcouru, mais d’une redevance annuelle de détention. Le calcul reposerait sur : la masse du véhicule et son empreinte au sol, c’est-à-dire la surface totale qu’il occupe.
Le mécanisme s’inspirerait ainsi du malus au poids déjà appliqué aux modèles thermiques et hybrides. Selon le rapport, cette formule rapporterait environ 3 milliards d’euros à l’État, avec l’avantage d’offrir une recette plus prévisible et plus stable qu’une taxe à l’immatriculation.
Pourquoi pas une taxe kilométrique, comme au Royaume-Uni
Plusieurs pays ont déjà instauré une taxe au kilomètre pour les voitures électriques. Le dernier en date est le Royaume-Uni, qui appliquera cette mesure dès 2028. Le principe est simple : ceux qui roulent davantage paient davantage, chaque trajet endommageant en théorie la chaussée, d’autant plus que les véhicules électriques sont généralement plus lourds que leurs équivalents thermiques.
En France, rien n’a été annoncé par le gouvernement en ce sens. Et pour cause : le rapport souligne qu’instaurer une telle taxe serait juridiquement compliqué. Le cadre applicable à toute redevance kilométrique découle de la directive Eurovignette, qui interdit de cumuler plusieurs instruments sur un même tronçon pour une même catégorie de véhicules.
Ajouter une taxe kilométrique reviendrait donc à superposer un dispositif sur des autoroutes déjà payantes, ce qui nécessiterait de changer la loi.
Une autre option a été envisagée : limiter la taxation au réseau secondaire, routes nationales et départementales. Mais la Cour des comptes ne la recommande pas. Seuls les conducteurs de voitures électriques seraient concernés, une mesure perçue comme punitive et contradictoire avec la politique de l’État, qui cherche justement à inciter les automobilistes à emprunter ces routes plutôt que les autoroutes.
La redevance annuelle présenterait un autre atout : elle écarterait les rumeurs d’une taxation de la recharge à domicile. Cette idée avait circulé, mais elle se heurte à des obstacles techniques et réglementaires. Installer des sous-compteurs spécifiques chez les particuliers pour surveiller la consommation liée aux véhicules serait trop lourd, et la législation européenne interdit toute tarification différenciée sur l’électricité domestique selon l’usage.
Reste que cette redevance vise, in fine, un objectif comparable à celui de la taxe kilométrique britannique : compenser la baisse inéluctable des recettes issues des taxes sur les carburants fossiles, à mesure que le parc automobile s’électrifie. Cette mesure inquiète déjà les Français, qui redoutent une mesure similaire en France, et serait, selon le rapport, contournée par certains automobilistes britanniques.
La Cour des comptes juge néanmoins que le moment est mal choisi pour appliquer une telle réforme en France. Une partie de l’attractivité des véhicules électriques tient, en juin 2026, à un coût au kilomètre inférieur à celui d’un thermique, grâce à une électricité moins taxée que les carburants fossiles. Instaurer cette redevance maintenant réduirait directement cet avantage économique à l’usage.
Le parc automobile français reste encore peu électrifié, avec environ 4 % de véhicules électriques en circulation. Une taxation supplémentaire, plus visible que celle des carburants, risquerait de dissuader les conducteurs de véhicules thermiques de franchir le pas, alors que le gouvernement cherche justement à accélérer cette transition.


