Porsche s’associe à Xpeng pour conserver ses moteurs thermiques

Porsche quitte le pool d’émissions de CO₂ du groupe Volkswagen pour s’associer au constructeur chinois Xpeng. Cette décision stratégique permet au constructeur de Stuttgart de préserver ses modèles thermiques emblématiques tout en évitant des amendes réglementaires massives, au prix d’une dépendance accrue vis-à-vis d’un partenaire asiatique.

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Porsche s’associe à Xpeng pour conserver ses moteurs thermiques © L'Automobiliste

Porsche vient de franchir un cap symbolique en quittant le pool d’émissions de CO₂ du groupe Volkswagen pour rejoindre celui du constructeur chinois Xpeng. Le constructeur de Stuttgart affiche une moyenne de 100 grammes de CO₂ par kilomètre en 2025, soit 6,4 grammes au-dessus de son objectif réglementaire de 93,6 g/km. Plutôt que de plomber les résultats du groupe Volkswagen et de s’exposer à des amendes potentiellement massives, Porsche a préféré négocier directement avec un partenaire extérieur pour acheter des crédits carbone. L’objectif : préserver la commercialisation de ses icônes thermiques, la 911, la Panamera et le Cayenne, sans compromettre la rentabilité globale du groupe.

Porsche quitte le pool Volkswagen et s’allie à Xpeng pour sauver ses modèles thermiques

L’accord signé avec Xpeng pour 2026 et 2027 permet à Porsche de mutualiser ses émissions avec celles d’un constructeur dont la flotte est exclusivement électrique. En contrepartie d’une somme confidentielle, le constructeur allemand obtient le droit de poursuivre sa stratégie commerciale actuelle. Selon Autocar, le rapprochement intervient alors que Porsche opère un pivot stratégique marqué vers les motorisations à combustion interne. Un choix qui tranche avec les ambitions affichées il y a encore deux ans.

Le mécanisme des pools CO₂, une bouée de sauvetage réglementaire

Le mécanisme des pools CO₂, instauré par la réglementation européenne CAFE (Corporate Average Fuel Efficiency), autorise les constructeurs à regrouper leurs flottes pour calculer collectivement leurs émissions moyennes. Un constructeur dont les modèles dépassent le seuil réglementaire peut ainsi s’associer à un partenaire vertueux pour éviter les sanctions financières. L’amende prévue s’élève à 95 euros par gramme excédentaire, multiplié par le nombre de véhicules vendus. Pour un groupe de la taille de Volkswagen, qui a immatriculé des millions de véhicules en Europe, le dépassement de quelques grammes peut rapidement représenter plusieurs centaines de millions d’euros de pénalités.

Tesla a longtemps joué le rôle de principal fournisseur de crédits carbone auprès des constructeurs traditionnels. La marque américaine, dont la gamme est intégralement électrique, encaissait des revenus substantiels en vendant ses crédits à des groupes comme Fiat Chrysler Automobiles (devenu Stellantis) ou Mazda. Mais l’arrivée massive de constructeurs chinois sur le marché européen a redistribué les cartes. Xpeng, BYD, NIO et d’autres acteurs asiatiques disposent désormais de flottes électriques suffisamment importantes pour proposer leurs services aux groupes européens en difficulté. Pour 2026, le pool de Tesla accueille notamment Ford, Mazda, Honda, Subaru et Suzuki, tandis que Porsche a fait le choix de s’associer à Xpeng.

Volkswagen allège son bilan carbone en se séparant de Porsche

En se séparant de Porsche sur le plan réglementaire, le groupe Volkswagen allège mécaniquement la moyenne d’émissions de son pool principal, qui regroupe les marques Volkswagen, Audi, Skoda, Seat et Cupra. Avec une moyenne de 100 g/km enregistrée en 2025, le groupe risquait une amende estimée à 1,5 milliard d’euros sur la période 2025-2027, selon les informations rapportées par Automobile Propre. La flexibilité introduite par Bruxelles, qui permet de lisser les résultats sur trois ans, offre une marge de manœuvre, mais ne dispense pas les constructeurs d’efforts considérables pour rattraper le retard accumulé.

Pour Volkswagen, le départ de Porsche représente une opportunité de concentrer ses efforts sur l’électrification de ses modèles grand public. Les ventes de véhicules électriques du groupe ont progressé en Europe, portées par les ID.3, ID.4, Audi Q4 e-tron et Cupra Born, mais elles restent insuffisantes pour compenser les volumes encore importants de modèles thermiques. La stratégie consiste désormais à accélérer le déploiement de nouvelles plateformes électriques et à réduire progressivement la part des motorisations à combustion interne. La séparation avec Porsche permet également d’éviter que les performances sportives et les grosses cylindrées du constructeur de Stuttgart ne viennent peser sur les objectifs du groupe, à l’image d’Aston Martin qui a dû céder le contrôle de sa marque lifestyle pour éponger ses dettes.

Porsche face au recul de ses ventes électriques

La décision de Porsche de s’associer à Xpeng intervient dans un contexte de ralentissement marqué de ses ventes électriques. Selon les données de Schmidt Automotive Research, les ventes de véhicules électriques de la marque ont reculé de 30,8 % au premier semestre 2026 en Europe. La part de l’électrique dans le mix commercial de Porsche est passée de près de 40 % en 2025 à environ 30 % en 2026. Le Taycan, modèle phare de la gamme électrique, souffre d’une concurrence accrue et d’un marché européen moins dynamique qu’anticipé.

Face à la situation, Porsche a annoncé le retour d’une version thermique du Macan, absent du catalogue européen depuis deux ans en raison d’une mise à jour réglementaire liée à la cybersécurité. Le nouveau Macan thermique, attendu pour la fin de l’année 2026, devrait renforcer les volumes de ventes, mais également alourdir la moyenne d’émissions de la marque. Parallèlement, Porsche continue de commercialiser ses modèles emblématiques à moteur thermique, comme la 911, dont les émissions de CO₂ dépassent largement les 200 g/km, ou encore la Panamera et le Cayenne dans leurs versions les plus puissantes.

Xpeng encaisse les crédits et renforce ses liens avec Volkswagen

Pour Xpeng, l’accord avec Porsche représente une double opportunité. D’une part, le constructeur chinois encaisse une rémunération financière substantielle en échange de la mise à disposition de ses crédits carbone. D’autre part, il renforce ses liens avec le groupe Volkswagen, qui détient environ 5 % de son capital depuis 2023 et collabore déjà avec lui sur plusieurs projets technologiques en Chine. Xpeng a écoulé près de 20 000 unités en Europe de l’Ouest au premier semestre 2026, selon Schmidt Automotive Research, et pourrait dépasser Polestar en tant que première marque premium chinoise sur le marché européen.

Le modèle L03 de Xpeng, berline électrique positionnée face à la Tesla Model 3, connaît un succès commercial croissant. Les livraisons pourraient approcher les 50 000 unités en 2026, ce qui confère à Xpeng une base d’émissions nulles suffisamment large pour absorber une partie des émissions de Porsche. Le pool créé entre les deux constructeurs est qualifié d’« open-pool », ce qui signifie qu’il reste ouvert à d’autres marques souhaitant le rejoindre, à condition de signer un accord de confidentialité avant le 5 septembre 2026. La formule permet à Porsche de mutualiser les coûts si d’autres constructeurs décident de participer.

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