Rouler en voiture électrique au Royaume-Uni coûtera plus cher à partir du 1ᵉʳ avril 2028. Selon le magazine Automobile Propre, le gouvernement britannique a confirmé, dans sa réponse définitive à une consultation publique, l’instauration d’une taxe kilométrique baptisée Electric Vehicle Excise Duty (eVED), applicable aux modèles 100 % électriques, aux hybrides rechargeables et aux véhicules à hydrogène immatriculés outre-Manche.
Le texte doit encore passer devant le Parlement, mais ses grandes lignes sont désormais fixées. Après plusieurs mois de critiques venues des automobilistes et des professionnels du secteur, l’exécutif a assoupli certaines modalités pratiques sans toucher au principe : faire payer les conducteurs selon les kilomètres réellement parcourus. Une approche inédite à cette échelle en Europe, qui fait du Royaume-Uni l’un des premiers grands pays du continent à s’engager dans cette voie.
L’eVED viendra s’ajouter à la Vehicle Excise Duty (VED), l’actuelle taxe de circulation britannique à laquelle les véhicules zéro émission sont déjà soumis depuis avril 2025. Les utilitaires électriques, eux, restent pour l’instant en dehors du dispositif.
Un relevé d’odomètre au moment du renouvellement
Concrètement, chaque automobiliste devra transmettre le relevé de son compteur kilométrique et estimer son kilométrage prévu pour l’année suivante, au moment de renouveler sa VED. Le Driver and Vehicle Licensing Agency (DVLA), qui gère déjà cette taxe, encaissera l’eVED en paiement anticipé ou étalé, avec une régularisation en fin de période. Les données du contrôle technique annuel (MOT) serviront à vérifier la cohérence des chiffres déclarés.
Pas de boîtier connecté ni de système de suivi en temps réel des trajets : le gouvernement insiste sur ce point et exclut tout recours au GPS. Seul le nombre total de kilomètres sera enregistré, ni le lieu ni le moment des déplacements.
Une transmission automatique restera possible pour les véhicules équipés d’une connectivité 4G ou 5G. Autre concession obtenue lors de la consultation, qui a recueilli plus de 5 000 réponses entre novembre 2025 et mars 2026 : les voitures électriques de moins de trois ans échapperont à tout contrôle kilométrique supplémentaire avant leur premier MOT. L’administration se réserve toutefois le droit de vérifier en cas de suspicion de fraude.
Les loueurs et gestionnaires de flottes ont eux aussi obtenu des aménagements. Les entreprises pourront centraliser les déclarations de kilométrage pour l’ensemble de leur parc, sans que la responsabilité repose sur chaque conducteur individuellement, et régler par avance les redevances restant dues avant de revendre un véhicule.
Trois pence par mile pour les 100 % électriques
Le tarif retenu est de 3 pence par mile pour les voitures 100 % électriques et les modèles à hydrogène, contre 1,5 pence par mile pour les hybrides rechargeables. Ce tarif réduit part d’une hypothèse d’usage à parts égales entre thermique et électrique ; les autorités ont écarté l’idée de faire remonter la répartition réelle entre les deux modes, pour éviter une double taxation sur la portion de trajet déjà couverte par la fiscalité sur les carburants.
À titre d’exemple, un automobiliste parcourant 13 000 km par an paierait environ 242 £ pour un véhicule 100 % électrique, contre 121 £ pour un hybride rechargeable. Le gouvernement présente ces montants comme représentant à peu près la moitié de la fuel duty payée par un conducteur essence ou diesel parcourant la même distance. Les tarifs seront revalorisés chaque année selon l’inflation, à partir de l’exercice fiscal 2029-2030.
L’enjeu budgétaire est clair. Les droits sur les carburants ont rapporté 24,4 milliards de livres au Trésor britannique en 2024-2025, contre 8,4 milliards pour la taxe annuelle sur les véhicules. Cette manne fond mécaniquement à mesure que le parc automobile s’électrifie, et l’eVED est censée compenser cette perte.
Selon HM Treasury, elle devrait rapporter 1,1 milliard de livres dès 2028-2029, puis 1,435 milliard en 2029-2030 et 1,865 milliard en 2030-2031. Environ 5,6 millions de véhicules seraient concernés dès la première année.
Jusqu’à 120 000 ventes de voitures électriques en moins
Dans son analyse budgétaire de mars 2026, l’Office for Budget Responsibility (OBR) estime que cette nouvelle taxe augmentera le coût de possession d’une voiture électrique. L’organisme chiffre à environ 120 000 unités la baisse des ventes de véhicules électriques entre les exercices 2025-2026 et 2030-2031, soit 2 % des volumes anticipés sur la période.
Le gouvernement britannique reconnaît qu’une mesure destinée à préserver ses recettes puisse, dans un premier temps, freiner l’adoption de la voiture électrique. Il mise sur d’autres leviers, notamment des aides renforcées à l’achat, pour compenser cet effet. Certains automobilistes garderaient plus longtemps leur voiture thermique, ou se tourneraient vers des modèles électriques plus petits.
L’industrie reste sceptique. Toby Poston, directeur général de la British Vehicle Rental and Leasing Association (BVRLA), reconnaît que le gouvernement a « enlevé certains des angles les plus vifs » des propositions initiales. Vicky Edmonds, directrice générale d’EVA England, se montre nettement plus critique : « Le gouvernement a apporté un changement bienvenu pour les nouveaux véhicules électriques, mais le dispositif dans son ensemble reste trop complexe, risque de laisser des gens de côté financièrement et ne donne pas aux conducteurs la confiance dont ils ont besoin. »
Elle ajoute que les ministres devraient « rendre le système plus simple, plus juste et plus facile à comprendre », faute de quoi « cette transition ne fonctionnera tout simplement pas pour les conducteurs ».
En France, la question reste posée
En France, aucun projet officiel de taxe kilométrique visant les voitures électriques n’a été annoncé, ni aucun calendrier de réforme. Le contexte fiscal qui pousse Londres à agir existe pourtant aussi de ce côté-ci de la Manche : la taxe intérieure de consommation sur les produits énergétiques (TICPE), qui rapporte chaque année plusieurs dizaines de milliards d’euros, est appelée à diminuer mécaniquement avec l’électrification du parc automobile. La Cour des comptes a d’ailleurs alerté sur cette baisse attendue des recettes fiscales adossées à l’énergie.
Les voitures électriques restent exemptées de malus au poids en 2026, mais leur bascule vers cette taxation paraît inévitable, tandis que le bonus écologique continue de diminuer. Parmi les pistes évoquées figurent un dispositif inspiré du modèle britannique ou un retour de la vignette automobile, disparue au début des années 2000.



