Ce pays peint ses routes en rouge pour éviter les collisions avec les animaux : les conducteurs ne freinent plus de la même façon

Une route repeinte en rouge pour sauver des tigres : simple gadget visuel ou vraie révolution routière ? L’Inde teste un dispositif inédit qui pourrait changer la façon dont on protège la faune sauvage.

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Ce pays peint ses routes en rouge pour éviter les collisions avec les animaux : les conducteurs ne freinent plus de la même façon
Source : capture écran @nitin_gadkari | L'Automobiliste

Une semaine après la mort d’un jeune guépard fauché par un chauffard près de Gwalior, la National Highways Authority of India (NHAI) a déployé des mesures de sécurité expérimentales sur un tronçon clé du Madhya Pradesh. L’incident avait mis en évidence les risques encourus à la fois par la faune sauvage et par les automobilistes.

Le dispositif s’installe sur la National Highway NH-45, entre Bhopal et Jabalpur, là où l’autoroute traverse la Veerangana Durgavati Tiger Reserve, anciennement appelée Nauradehi Sanctuary. Sur un tronçon de 2 kilomètres jugé particulièrement sensible, une couche thermoplastique rouge de 5 millimètres d’épaisseur recouvre désormais toute la largeur de la chaussée, rapporte L’Internaute. C’est la première fois qu’un tel marquage, baptisé « table-top red marking », est appliqué sur une autoroute nationale indienne.

Le rouge comme signal, la secousse comme rappel

Le principe repose sur la psychologie visuelle plutôt que sur la contrainte physique. La couleur rouge est presque toujours associée au danger dans l’esprit des conducteurs, qui ralentissent et redoublent d’attention en l’apercevant. La légère surélévation qu’elle crée produit, au passage des pneus, une secousse et un bruit perceptibles, comparables à des bandes rugueuses classiques, sans les inconvénients des ralentisseurs traditionnels, susceptibles d’endommager les véhicules et de perturber la fluidité du trafic.

Des bandes rugueuses blanches et des lignes d’accotement complètent le dispositif pour empêcher les véhicules de dériver vers les zones herbeuses. Des détecteurs affichent la vitesse des véhicules approchants. Le tout s’inspire de la Sheikh Zayed Road, à Dubaï, et de recherches internationales sur le comportement des automobilistes.

Ce marquage n’est qu’un élément d’un chantier plus large : l’élargissement de 11,96 kilomètres de la NH-45, qui passe de deux à quatre voies, pour un coût total de 122,25 crores de roupies. Sur cette distance, 25 passages souterrains ont été construits aux endroits où des études avaient repéré une circulation animale plus dense.

Intégrés aux niveaux naturels du sol et aux voies de drainage, ils sont censés encourager leur usage régulier par cerfs, chacals, sambars, hyènes et tigres, ces derniers dont la population locale est en croissance.

Une clôture continue à mailles losangées borde les deux côtés de la route, sauf dans les sections en déblai profond, pour empêcher les animaux d’accéder à la chaussée et les orienter vers les passages souterrains. Des caméras installées sur les petits ponts surveillent leurs mouvements, tandis qu’un éclairage solaire améliore la visibilité aux carrefours. Des images partagées sur X par Nitin Gadkari montrent tigres, cerfs et léopards évoluant à proximité du tracé.

Vingt-cinq passages contre près de 2 000 en France

Le Ministry of Road Transport & Highways (MoRTH) présente ce dispositif comme quasiment sans empreinte écologique : aucune perturbation des déplacements ou de l’habitat animal, aucune modification de la structure de la chaussée, des niveaux sonores inférieurs aux bandes rugueuses classiques, un entretien facile et un dispositif entièrement réversible.

La comparaison avec la France donne la mesure du chantier indien. L’Hexagone n’a jamais repeint de route d’une couleur inédite pour forcer les conducteurs à ralentir, mais il compte près de 2 000 passages construits pour permettre aux animaux d’éviter la traversée devant les voitures, sous forme d’écoducs passant sous les autoroutes ou d’écoponts passant au-dessus.

Sur le tronçon indien, la NHAI, sous la supervision du MoRTH, assure qu’aucun animal ne peut traverser directement la chaussée grâce à la combinaison des clôtures et des passages souterrains, même si la zone reste classée dangereuse en raison de sa configuration montagneuse et forestière. L’initiative reste qualifiée d’expérimentale : elle doit vérifier si une simple perturbation visuelle suffit à améliorer durablement le respect des limitations de vitesse.

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