Les zones à faibles émissions (ZFE) ont transformé le parc automobile en France au cours de la dernière décennie. La part des véhicules Crit’Air 0-1, les moins polluants, est passée de 8,7 % à 42 % dans ces zones entre 2015 et 2025, contre seulement 31,7 % ailleurs. Une étude de l’Insee, quantifie l’impact de ces zones sur les choix d’achat des automobilistes, montrant un renouvellement accéléré dans les zones concernées.
Verdissement du parc automobile en ZFE
Dans les grandes métropoles régionales, la mise en place de neuf ZFE jusqu’en 2023 a significativement modifié le parc automobile. Entre 2015 et 2025, la proportion de véhicules électriques, hydrogène et hybrides a grimpé de 8,7 % à 42 %. Selon les chiffres de l’Insee, cette augmentation reflète un renouvellement accéléré, soutenu par des restrictions progressives sur les véhicules polluants.
Signée par Jonathan Garson, Clément Malgouyres, Maxime Tô et Corentin Trevien (Crest, Crest-IPP-CNRS, Crest-IPP-IFS, Insee), l’étude compare l’évolution du parc automobile entre les zones avec et sans ZFE, révélant un écart de 10,3 points en 2025. Cela montre une adaptation variable selon le lieu de résidence des automobilistes.
Le Grand Paris en avance avec 48,6% de Crit’Air 0-1
La Métropole du Grand Paris se distingue avec une part de véhicules Crit’Air 0-1 atteignant 48,6 % en 2025, en hausse par rapport à 9,8 % en 2015. Cette hausse s’explique par des restrictions mises en place tôt et de manière stricte, incitant les conducteurs à renouveler leurs véhicules plus anciens. Les autres régions suivent cette tendance, bien que de manière décalée selon le calendrier d’application des ZFE.
Par ailleurs, les voitures Crit’Air 5 et non classées, les plus polluantes, ont presque disparu des ZFE. Leur part a chuté de 15,6 % à 2,3 % entre 2015 et 2025, signalant l’obsolescence des anciens moteurs diesel et essence remplacés par des modèles récents conformes aux normes Euro.
Impact des ZFE sur le renouvellement automobile
En isolant l’effet des ZFE, l’Insee montre que sur cinq ans, la progression des Crit’Air 0-1 atteint 88,4 points dans les zones ZFE, dont seulement 5,8 points sont directement attribuables aux ZFE. Le reste est dû au renouvellement naturel et au durcissement des normes Euro.
Selon l’Insee, « l’effet des ZFE est modeste comparé au renouvellement tendanciel lié à l’obsolescence des anciens véhicules et leur remplacement par des véhicules neufs. » Bien que les ZFE accélèrent un mouvement déjà en cours, les normes Euro 6 et 7 jouent un rôle clé dans le verdissement du parc automobile.
Cependant, l’écart de 10,3 points entre ZFE et non ZFE en 2025 prouve l’effet tangible du dispositif. Les conducteurs dans les zones concernées renouvellent plus vite leurs véhicules, privilégiant des modèles écologiques. Cette tendance est également observée en Europe, où les restrictions urbaines influencent les stratégies d’achat automobile.
Anticipation des restrictions par les conducteurs
L’étude met en évidence une anticipation des automobilistes qui adaptent leur parc dès l’annonce des restrictions. Les ventes de véhicules Crit’Air 0-1 augmentent avant l’entrée en vigueur des ZFE, illustrant la réactivité des conducteurs face aux règles. Ce comportement minimise les effets immédiats mais amplifie l’impact à moyen terme.
Paradoxalement, les ZFE modifient peu les habitudes de mobilité. Deux ans après leur mise en place, les trajets en voiture des résidents ne diminuent pas significativement, montrant une dépendance persistante à l’automobile.
Disparition des véhicules Crit’Air 5
Les propriétaires de véhicules anciens sont particulièrement affectés par cette transformation. Les Crit’Air 5 et non classés, principalement des diesels d’avant 2001 et des essences d’avant 1997, ne représentent plus que 2,3 % du parc en ZFE régionale en 2025, contre 15,6 % en 2015. Cette quasi-disparition soulève des questions d’équité sociale, les ménages modestes étant souvent propriétaires de ces véhicules.
Les aides à l’achat, telles que la prime à la conversion et le bonus écologique, cherchent à compenser ces coûts, mais leur efficacité est discutée. L’Union européenne renforce aussi ses exigences en matière de communication environnementale, ce qui pourrait influencer les stratégies des constructeurs.
Les gagnants du marché automobile en ZFE
Les véhicules électriques, hybrides rechargeables et essence récentes (Euro 5 et 6) dominent les nouvelles immatriculations en ZFE. Les constructeurs adaptent leur offre pour répondre à cette demande, en proposant davantage de modèles Crit’Air 0 et 1. Les ventes de véhicules d’occasion Crit’Air 2 (diesels Euro 5 et 6) se maintiennent aussi, offrant une alternative économique aux conducteurs devant remplacer leur véhicule ancien.
L’Insee souligne que « la majorité du recul observé découle du renouvellement naturel du parc, en lien avec le durcissement des normes Euro. » Les ZFE accélèrent ce processus mais ne l’initient pas. Les normes européennes, de plus en plus strictes, assurent une amélioration continue des émissions, indépendamment des restrictions locales.




