Le 22 juillet 2025, l’UFC-Que Choisir a officiellement déposé une action de groupe contre Stellantis et sa marque Citroën. Cette procédure, inédite dans le cadre du scandale des airbags Takata en France, soulève des questions sur la responsabilité du constructeur dans la gestion des rappels techniques et l’impact logistique sur les réseaux après-vente.
Une gestion contestée des rappels Takata
Depuis 2023, plus de 1,7 million de véhicules en France ont été soumis à des mesures de « stop drive » en raison des airbags Takata potentiellement létaux. Ces incidents ont déjà causé 60 décès dans 11 pays, dont 18 en France.
Dans ce contexte, l’UFC-Que Choisir reproche à Stellantis une organisation défaillante du rappel : absence de véhicules relais, délais prolongés pour les remplacements, communication jugée lacunaire et absence de mesures compensatoires pour les automobilistes. L’association estime que le groupe a failli à son obligation générale de sécurité.
L’action de groupe : quels risques pour Stellantis ?
L’assignation de l’UFC-Que Choisir, déposée au tribunal judiciaire de Paris, vise à obtenir :
- Une indemnité journalière pour chaque jour d’immobilisation imposée.
- Le remboursement des assurances payées à tort durant l’indisponibilité du véhicule.
- Le dédommagement des frais de remorquage, de réassurance, de transport alternatif, et des préjudices moraux.
Il s’agit de la première action de groupe lancée en France autour du dossier Takata. Stellantis est particulièrement exposé via sa marque Citroën, dont plusieurs modèles sont impliqués dans des incidents graves, dont des cas mortels. La procédure lancée par l’UFC-Que Choisir pourrait créer un précédent en matière d’indemnisation post-rappel.
Une pression inédite sur l’après-vente
Au-delà de l’enjeu juridique, cette action de l’UFC-Que Choisir met en lumière les tensions persistantes dans les services après-vente. Les concessions Citroën doivent jongler entre l’absence de pièces, la gestion de flottes de prêt insuffisantes et l’impossibilité d’immobiliser durablement certains clients professionnels. Les délais de réparation explosent, les clients s’impatientent, et la réputation réseau souffre.
L’audience est prévue pour le 15 octobre 2025. Si la procédure aboutit, l’UFC-Que Choisir pourrait contraindre Stellantis à revoir ses dispositifs de gestion de crise technique, en renforçant ses capacités logistiques, de communication et d’anticipation réglementaire.
Les défaillances critiques des airbags Takata et leurs conséquences industrielles
Le cœur du scandale Takata réside dans l’utilisation d’un propulseur à base de nitrate d’ammonium, choisi initialement pour son faible coût. Ce composant chimique instable présente un risque d’explosion incontrôlée en cas de vieillissement, humidité ou chaleur excessive. Le problème, documenté dès 2004, s’est aggravé avec le temps, la pression interne des générateurs de gaz pouvant fracturer la cartouche métallique du coussin gonflable, projetant des éclats mortels dans l’habitacle.
Chez Citroën, les modèles les plus concernés par ces rappels incluent les C3, C4, DS3 et DS4 produits entre 2009 et 2017. Le remplacement de l’airbag n’est pas seulement une opération de routine : il exige une dépose complète de la planche de bord pour les véhicules à volant simple, et une désactivation préalable de l’ensemble des capteurs airbag.
L’externalisation des stocks Takata et la disparition de l’entreprise (liquidée en 2017, reprise partielle par Key Safety Systems) compliquent l’approvisionnement en kits de remplacement certifiés. Stellantis a été contraint de mettre en place des chaînes d’approvisionnement spécifiques, avec des délais d’acheminement dépassant parfois les 120 jours.
Cette complexité opérationnelle expose les concessions à une cascade de tensions, reprochées par l’UFC-Que Choisir : saturation des aires de stockage, allongement des délais de SAV, hausse des coûts de prise en charge temporaire et augmentation des litiges clients. Les directions régionales de Stellantis ont dû réorganiser l’allocation des pièces critiques via un système de priorisation centralisé, jugé opaque par plusieurs distributeurs.
À l’heure actuelle, plus de 500 ateliers agréés Citroën en France sont engagés dans la gestion de ce rappel Takata, sans solution logistique pérenne, ce qui pourrait alimenter la judiciarisation croissante de la relation entre consommateurs et constructeur.



