Stellantis a annoncé une perte nette de 2,3 milliards d’euros au premier semestre 2025. Un basculement majeur pour le quatrième constructeur mondial, jusque-là considéré comme un modèle de performance industrielle. Le groupe évoque des charges exceptionnelles, un repositionnement produit et une remise à plat de ses choix technologiques, dont l’abandon total de l’hydrogène. Retour sur un semestre décisif pour l’avenir du groupe italo-franco-américain.
Résultats financiers : une perte amortie par les marchés
Avec un chiffre d’affaires de 74,3 milliards d’euros, en recul de 12,5% sur un an, Stellantis affiche une dynamique commerciale en net repli. La chute des volumes est particulièrement marquée sur les marchés nord-américains (‑25%) et européens (‑6%). Le résultat opérationnel courant (EBIT ajusté) est ramené à 500 millions d’euros, quand il dépassait encore les 10 milliards annuels il y a deux ans.
Mais c’est surtout la dégradation du cash-flow libre qui alerte : –3 milliards d’euros au 30 juin 2025. L’annonce est assortie du retrait pur et simple des objectifs financiers pour l’année en cours. Le groupe attribue cette perte à 3,3 milliards d’euros de charges exceptionnelles. Celles-ci comprennent principalement :
- la dépréciation d’actifs industriels liés à des programmes jugés non rentables,
- la fermeture de lignes de production peu efficientes,
- et un réajustement de portefeuille produit.
Le marché boursier, pour sa part, n’a que peu sanctionné le titre, traduisant une forme d’acceptation de cette purge stratégique. Le consensus anticipait déjà un semestre noir, aggravé par un environnement douanier défavorable.
Tarifs douaniers et réallocation industrielle
Stellantis chiffre à plus de 300 millions d’euros l’impact des nouveaux tarifs douaniers américains sur ses modèles importés depuis le Mexique. Jeep, RAM et Dodge sont directement concernés. Ces surcoûts mettent en péril la compétitivité de plateformes comme STLA Large ou STLA Frame, en particulier sur les pick-ups et SUV.
Le groupe a donc décidé de ralentir, voire suspendre certaines productions nord-américaines, et de réévaluer sa stratégie industrielle transfrontalière, un héritage direct de l’ère Tavares. L’accent est désormais mis sur une relocalisation partielle et un renforcement de la flexibilité des chaînes, pour limiter les chocs exogènes.
Changement de cap : Antonio Filosa acte la rupture
Nommé directeur général du groupe à la fin juin, Antonio Filosa a reçu carte blanche pour réformer le modèle Stellantis, jugé trop complexe et dispersé. La stratégie multipolaire héritée des fusions Peugeot-Fiat-Chrysler touche ses limites. Trop de marques, trop de plateformes, trop de projets parallèles. Le nouveau cap vise à concentrer les ressources sur les segments à forte rentabilité (SUV compacts, utilitaires, premium électrifiés).
Des programmes sont d’ores et déjà gelés ou abandonnés. Le réseau d’assemblage européen, jugé sous-utilisé, pourrait faire l’objet de rationalisations. La stratégie « multi-énergies » est également remise en cause. Le mot d’ordre : rentabilité avant volume, rigueur avant innovation tous azimuts.
Fin du programme hydrogène : un aveu sans détour
C’est l’un des faits les plus marquants de ce semestre. Stellantis met fin au développement de sa technologie de pile à combustible à hydrogène, initialement prévue pour équiper ses utilitaires légers Pro One. Jean-Philippe Imparato, COO Europe, précise : « Dans un contexte où l’entreprise se mobilise pour répondre aux exigences réglementaires en matière de CO₂ en Europe, Stellantis a pris la décision de mettre fin à son programme de développement de la technologie de pile à combustible à hydrogène ».
L’arrêt concerne les sites industriels de Hordain (France) et Gliwice (Pologne), où la production devait débuter cet été. L’avenir de Symbio, coentreprise fondée avec Michelin et Forvia, se retrouve incertain. Le projet phare « SymphonHy », censé devenir une référence européenne en matière d’hydrogène vert, pourrait être redimensionné ou cédé.
Cette décision marque une reconnaissance de l’échec technologique et commercial de la filière hydrogène pour les véhicules utilitaires à court et moyen terme, face à une électrification par batterie plus mature et économiquement viable.
Une électrification à revoir, une gouvernance sous pression
La stratégie de Stellantis reposait sur quatre plateformes modulaires (STLA Small, Medium, Large et Frame) destinées à porter l’ensemble des véhicules électrifiés à l’horizon 2030. Mais les retards accumulés, les coûts de développement et la saturation des infrastructures de recharge freinent cette ambition. Le groupe entend désormais recentrer ses efforts sur les modèles les plus rentables et différencier plus clairement les offres entre marques.
L’ensemble de la chaîne de valeur est revu : sourcing batterie, densité énergétique, logistique interne, intégration logicielle. Le tout dans un climat de tension sociale croissante, notamment dans les sites européens impactés par les annonces industrielles.


