Les Français passent 11 jours par an en voiture, loin des records

Une étude menée dans 15 pays révèle que les automobilistes français passent en moyenne 5 heures 10 par semaine au volant, soit 11 jours et 5 heures par an. La France se classe au 13e rang, derrière l’Afrique du Sud (23 jours) et l’Irlande (16 jours), mais devant le Royaume-Uni et les Pays-Bas.

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Les Français passent 11 jours par an en voiture, loin des records © L'Automobiliste

Combien de temps passons-nous réellement dans nos voitures ? La question peut sembler anecdotique. Elle ne l’est pas. Autotrader, plateforme britannique spécialisée dans la location automobile, a interrogé des conducteurs dans 15 pays pour mesurer leur temps de conduite hebdomadaire. Le résultat pour la France : 5 heures et 10 minutes par semaine, soit environ 11 jours et 5 heures par an. Pas de quoi bouleverser nos représentations, mais suffisamment pour s’interroger sur ce que révèle ce chiffre de nos modes de vie, de nos infrastructures et de nos choix collectifs.

La France se situe au 13e rang de ce classement, juste derrière la Pologne et l’Allemagne, et devant le Royaume-Uni et les Pays-Bas. Autrement dit, les automobilistes français ne font pas partie des plus accros à leur volant. Ils sont même plutôt dans la moyenne basse des pays développés étudiés. Mais reprenons : que signifie vraiment ce classement ? Et pourquoi l’Afrique du Sud, l’Irlande ou l’Australie trustent-ils les premières places ?

L’infrastructure dicte le temps au volant

Les trois pays où l’on passe le plus de temps en voiture sont l’Afrique du Sud (10 heures 38 par semaine), l’Irlande (7 heures 23) et l’Australie (7 heures 8). Trois pays aux réalités géographiques et économiques très différentes, mais qui partagent un point commun : des réseaux de transports publics insuffisants, inégalement répartis ou limités aux zones urbaines. En Afrique du Sud, les infrastructures de transport collectif sont fragmentaires. En Irlande rurale, les bus sont rares. En Australie, l’étalement urbain rend la voiture indispensable.

Le problème, c’est que dans ces pays, la voiture n’est pas un choix de confort, mais une nécessité. Les Sud-Africains passent 1 heure 48 par semaine à faire la navette pour le travail, 1 heure 14 pour conduire les enfants à l’école, et 1 heure 53 pour rendre visite à leurs proches. Les Australiens détiennent le record du temps de trajet domicile-travail : 1 heure 49 par semaine. Pas étonnant dans un pays où les villes s’étalent sur des dizaines de kilomètres et où les transports en commun peinent à desservir les banlieues.

La voiture devient alors un prolongement du foyer, un espace contraint mais privé, où l’on passe une part non négligeable de sa vie. Autrement dit, plus le réseau de transports publics est défaillant, plus le temps passé au volant augmente. L’équation est simple, presque mécanique.

Les Français, disciplinés au quotidien, vagabonds en vacances

À l’autre bout du spectre, la France et l’Allemagne affichent des temps de conduite hebdomadaires relativement modérés. Les automobilistes français passent en moyenne 5 heures 10 au volant chaque semaine, les Allemands 5 heures 21. Pourquoi ? Parce que les deux pays disposent de réseaux de transports publics développés, notamment dans les zones urbaines et périurbaines. Les trajets domicile-travail y sont souvent plus courts, ou peuvent être effectués en train, en métro ou en tramway.

Mais l’étude d’Autotrader révèle un paradoxe intéressant. Si les Français et les Allemands sont disciplinés dans leur usage quotidien de la voiture, ils se rattrapent largement pendant les vacances. Les Allemands passent en moyenne 10 heures 26 par an à conduire vers leurs destinations de vacances, les Français 9 heures 59. Ce sont les deux records mondiaux de l’étude. En comparaison, les Britanniques ne consacrent que 6 heures par an à ce type de trajets.

Que faut-il en déduire ? Que les Français et les Allemands n’ont pas renoncé à la voiture, loin de là. Ils l’utilisent simplement différemment. Moins pour les trajets quotidiens, davantage pour les longues distances et les escapades. Le road trip estival, la traversée de l’Europe en famille, le week-end prolongé en Toscane ou en Provence : autant de rituels qui perpétuent un rapport à l’automobile fondé sur la liberté de mouvement, l’autonomie, le plaisir de la route. Bref, une culture de la voiture qui ne dit pas son nom, mais qui reste bien vivante.

Le temps passé en voiture, révélateur d’un modèle de société

Reste que le temps passé au volant n’est pas qu’une question de géographie ou d’infrastructures. C’est aussi un révélateur de nos choix de société. Pourquoi les Néerlandais ne passent-ils que 4 heures 38 par semaine en voiture, soit moitié moins que les Sud-Africains ? Parce qu’aux Pays-Bas, la bicyclette est un mode de transport à part entière, soutenu par des politiques publiques ambitieuses et des aménagements urbains cohérents. Parce que le train y est rapide, fiable et bien maillé. Parce que l’étalement urbain y a été contenu.

En France, la situation est plus ambiguë. Les grandes métropoles disposent de transports publics efficaces, mais les zones périurbaines et rurales restent largement dépendantes de la voiture. Les politiques de décentralisation, l’essor des zones commerciales en périphérie, la cherté du logement en centre-ville : autant de facteurs qui ont contribué à maintenir, voire à renforcer, la place de l’automobile dans nos vies. Le résultat ? Un usage modéré au quotidien, mais une dépendance structurelle difficile à remettre en cause.

Le diagnostic est net : le temps passé en voiture ne baissera significativement que si l’on repense l’aménagement du territoire, que si l’on investit massivement dans les transports collectifs, que si l’on cesse de faire de la voiture individuelle la solution par défaut. En attendant, les 11 jours par an que les Français passent au volant continueront de s’accumuler, entre trajets contraints et escapades choisies.

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