Et si vos vieux vêtements de sport finissaient un jour dans la structure de vos pneumatiques ? La mobilité électrique progresse et les constructeurs cherchent à gagner en autonomie et en durabilité de batterie. Le pneu compte dans cette équation, puisqu’il relie le moteur à la route. Michelin, le groupe auvergnat, travaille de son côté sur le recyclage des textiles, rapporte le magazine Auto Plus.
Un partenariat avec Syntetica
Michelin s’est associée à Syntetica, une start-up qu’elle accueille au Michelin Innovation Park, à Cataroux (Clermont-Ferrand). Le site permet à la jeune entreprise de tester et d’accélérer ses procédés de recyclage. Les ingénieurs de Michelin et plusieurs outils de mesure sont aussi mis à disposition, dans le cadre de cette innovation technologique.
L’accord n’inclut ni vente ni achat de production entre les deux parties. La porte-parole de Michelin précise qu’« une application pour les produits du catalogue n’est pas encore envisageable ».
Une technique de recyclage textile qui change la donne
Le procédé de Syntetica traite chimiquement des tissus mélangés sans tri préalable. Il permet d’isoler et de produire deux polymères, le Nylon 6 et le Nylon 6,6. Le recyclage textile reste souvent freiné par des séparations longues et coûteuses, ce qui rend cette approche intéressante.
D’ordinaire, le recyclage textile bute sur la complexité des mélanges de fibres comme le coton, le polyester et le nylon, qui rendent la réutilisation presque impossible. Moins de 1 % des textiles dans le monde sont recyclés. Syntetica espère lever ces obstacles, redonner une seconde vie à ces matériaux et simplifier la chaîne.
Comment intégrer ces polymères dans les pneus
Un pneu n’est pas qu’un morceau de gomme. C’est un assemblage technique de plusieurs couches : nappes de fils, composants synthétiques et polymères. Ces éléments doivent encaisser la force centrifuge et la chaleur, des contraintes permanentes en roulant. Les polymères recyclés par Syntetica pourraient, en théorie, servir de fils de renfort dans la structure du pneu.
Michelin vise des pneus composés à 100 % de matériaux renouvelables ou recyclés d’ici 2050. Avant cela, des validations à grande échelle sont prévues d’ici 2027. Ces tests mesureront la résistance des molécules issues des vêtements recyclés, pour vérifier si elles ont « les épaules assez solides pour supporter le poids de nos voitures ».
Priorités stratégiques et enjeux économiques
L’Europe durcit ses règles, avec une collecte sélective des déchets textiles et l’emploi obligatoire de matériaux recyclés, en lien avec la future norme européenne. Michelin, de son côté, veut sécuriser une source locale et stable de polymères recyclés afin de mieux maîtriser ses coûts d’approvisionnement. Cette autonomie réduit aussi son exposition aux fluctuations des marchés internationaux de matières premières.




