Vacances en voiture électrique : pourquoi seuls les jeunes osent

Selon une étude Toluna-Harris Interactive pour DRIVECO, 60 % des moins de 35 ans partent régulièrement en vacances avec leur véhicule électrique, contre seulement 23 % de l’ensemble des propriétaires. Le baromètre révèle une fracture générationnelle et géographique qui interroge : la mobilité électrique longue distance est-elle une question d’infrastructure ou de mentalité ?

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Une étude de la CLCV met en lumière les fortes disparités de prix de recharge des voitures électriques en France. Entre réseaux, badges et modes de paiement, le coût peut varier du simple au triple. Image générée par IA
Une étude de la CLCV met en lumière les fortes disparités de prix de recharge des voitures électriques en France. Entre réseaux, badges et modes de paiement, le coût peut varier du simple au triple. Image générée par IA | L'Automobiliste

Voilà un chiffre qui mérite qu’on s’y arrête. Alors que seulement 23 % des propriétaires de véhicules électriques déclarent partir régulièrement en vacances ou en week-end avec leur VE, ce taux grimpe à 60 % chez les moins de 35 ans et à 59 % en Île-de-France. L’écart est vertigineux. Il ne s’explique pas par la technologie, qui est la même pour tous. Il ne s’explique pas non plus par le réseau de bornes, qui couvre l’ensemble du territoire. Alors quoi ? Une fracture mentale, peut-être. Une question de confiance, certainement. Et sans doute aussi un rapport au temps et à l’organisation du voyage radicalement différent entre générations.

Le road trip électrique, un exercice de planification assumé

Contrairement à ce qu’on entend souvent, la majorité des conducteurs électriques ne rencontre pas de contrainte majeure. Selon l’étude Toluna-Harris Interactive réalisée pour DRIVECO auprès de 3 277 personnes, dont 250 propriétaires de VE, 75 % n’ont jamais renoncé à un trajet faute de bornes sur leur itinéraire, et 75 % n’ont pas eu à modifier leur parcours pour trouver une solution de recharge. Mieux encore, 82 % se déclarent satisfaits des infrastructures de recharge publiques. Des chiffres qui contredisent l’image d’Épinal du conducteur électrique bloqué au milieu de nulle part, en rase campagne, sans solution.

En réalité, le voyage en voiture électrique exige une autre discipline. On ne part plus au hasard. On anticipe les arrêts, on optimise l’itinéraire, on intègre la recharge comme une étape à part entière, au même titre qu’un déjeuner ou une pause café. Autrement dit, on renoue avec une certaine philosophie du voyage, celle où l’on accepte de prendre son temps. Pour les jeunes, habitués à tout planifier via une application, le geste est naturel. Pour les générations plus âgées, élevées dans le culte de la liberté totale du plein d’essence en trois minutes, le changement de paradigme est moins évident.

Un avantage économique et environnemental bien réel

Reste que les arguments en faveur de l’électrique sur les longs trajets ne manquent pas. Selon le comparateur carbone de l’ADEME, un trajet de 673 kilomètres (la distance moyenne parcourue par 64 % des Français qui partiront en vacances en voiture cet été, d’après une étude Ulys) génère 45,3 kg de CO₂e en voiture électrique, contre 95,7 kg en diesel. Soit plus de deux fois moins d’émissions. Sur le plan économique, DRIVECO estime le coût du même trajet à environ 51 euros en électrique, contre plus de 80 euros en diesel, soit une économie de 30 euros. De quoi payer un repas pour trois personnes, souligne le communiqué. L’argument est prosaïque, mais il parle à tout le monde.

Le problème, c’est que ces bénéfices sont conditionnés à un prérequis : accepter de passer du temps à recharger. Et sur ce point, les attentes des Français restent décalées par rapport à la réalité technique actuelle. À l’horizon 2035, ils placent en tête de leurs priorités une autonomie de 600 kilomètres et la possibilité de récupérer 80 % de batterie en 15 minutes. Par ailleurs, 72 % estiment qu’une recharge idéale ne devrait pas dépasser deux heures. Pour l’instant, les stations ultra ou hyper rapides déployées par DRIVECO (plus de 60 en France) permettent de récupérer 80 % de batterie en moins de 35 minutes. Un progrès certain, mais encore loin des 15 minutes espérées.

Une adoption qui bute sur la psychologie plus que sur la technique

Pourquoi alors ce fossé entre jeunes et moins jeunes, entre Franciliens et provinciaux ? Plusieurs hypothèses se dessinent. D’abord, une question de représentation. Les moins de 35 ans n’ont pas connu l’âge d’or de la voiture thermique, celui où l’on traversait la France d’une traite sans même penser à la logistique. Pour eux, la voiture électrique n’est pas un renoncement, mais une norme en construction. Ensuite, une question de pouvoir d’achat. Les jeunes Franciliens, souvent équipés de véhicules récents via la location longue durée ou les aides publiques, disposent de modèles à l’autonomie supérieure. Enfin, une question d’usage. En Île-de-France, la voiture sert moins au quotidien, et davantage pour les escapades. Elle n’est plus un outil permanent, mais un objet ponctuel, qu’on utilise autrement.

Le reste de la population, en revanche, reste marqué par des décennies d’usage thermique. L’autonomie illimitée, le plein en cinq minutes, la possibilité de partir sans réfléchir : autant de libertés que l’électrique, dans son état actuel, ne garantit pas pleinement. Et tant que ce sentiment persistera, l’adoption massive sur les longs trajets restera bridée. Autrement dit, le problème n’est pas tant l’infrastructure que la confiance. Et la confiance, contrairement aux bornes, ne se déploie pas à coups de subventions publiques.

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