Une enquête de la CCTV, la télévision d’État chinoise, révèle un marché noir bien implanté en Chine. Des batteries usagées de voitures électriques y sont détournées pour alimenter des deux-roues. Ces modifications augmentent fortement les risques d’incendie et d’emballement thermique, un enjeu de sécurité des batteries.
Ce que la criminalité organisée fait au recyclage des batteries
Les batteries usagées des véhicules électriques, retirées du service ou accidentées, sont démontées pour en récupérer les cellules. Des ateliers trient ces cellules de qualité automobile par tension, puis les ressoudent pour les rendre compatibles avec les scooters, que l’on appelle souvent « e-bikes » en Chine. L’opération coûte environ 2,67 € (20 yuans), ce qui rend la filière très rentable pour le marché noir.
Ces modifications portent la tension bien au-delà des normes, jusqu’à 60 V ou 72 V, contre une limite légale de 48 V. L’enquête met en cause au moins une entreprise inscrite sur la « liste blanche » du ministère de l’Industrie chinois, l’organisme chargé de réguler le secteur. Elle cite plusieurs noms, dont Guangxi Hongsheng New Energy, Wuhan Wangzhongle Power et Qingmiao Battery Plant, signe de l’ampleur du réseau.
Ce que ça change pour la sécurité publique
Un tiers des incendies de deux-roues électriques sont liés à ces modifications illégales. Sans système de protection comme le BMS, le module électronique qui surveille la batterie, le risque d’incident électrique augmente nettement à la recharge. Le câblage bricolé et le non-respect des normes transforment chaque charge en opération à risque, proche d’une roulette russe.
Le gouvernement chinois a réagi : depuis le 1er avril 2026, de nouvelles règles imposent notamment le suivi des batteries « du berceau à la tombe ». Contrôler toute la chaîne du recyclage reste pourtant difficile. Une piste consiste à baisser le prix des batteries neuves pour réduire l’attrait du marché illégal.
Un problème mondial qui se manifeste ailleurs aussi
Si le phénomène est surtout documenté en Chine, des tendances comparables apparaissent en Europe, où trottinettes et « fatbikes » subissent aussi des modifications illégales. Les véhicules électriques chinois restent toutefois assez différents des modèles européens, souvent désignés par le sigle « VAE » (vélos à assistance électrique).
Ces pratiques comprennent aussi la fraude sur l’étiquetage des infrastructures de charge, qui pose la question de la transparence du marché, et des installations non conformes. Les réseaux s’appuient sur des entrepôts non référencés et de fausses stations d’échange de batteries. Des initiatives comme le « plan de développement des composants recyclés » visent à stabiliser le marché légitime par la numérisation et la traçabilité des batteries.
Sécurité et durabilité financière du secteur
Le recyclage des batteries en Chine pèse aujourd’hui environ 73,3 milliards d’euros, et pourrait atteindre 262,9 milliards d’ici 2030. Ces marges alimentent les ateliers clandestins, et faire baisser le coût des cellules légitimes reste l’un des rares leviers pour les freiner.



