Sur un marché mondial très concurrentiel, Michelin, le fabricant français de pneumatiques, mise sur sa division des « pneus de l’extrême ». Ces pneus de très grande taille sont aujourd’hui le segment le plus rentable du groupe. Conçus pour des secteurs précis comme l’aviation, la défense et les engins de génie civil, ils occupent une place croissante dans l’activité de l’entreprise. Ces innovations comptent d’autant plus pour Michelin que les fabricants chinois, appuyés par le plan quinquennal et ses priorités industrielles, montent en puissance, et que la norme européenne évolue.
Dans les coulisses du site stratégique d’Almeria
Pour la première fois depuis vingt ans, la presse a pu visiter le centre d’essais de Michelin à Almeria, dans le sud de l’Espagne. Longtemps tenu secret pour protéger la propriété intellectuelle, ce site concentre une grande partie de la recherche de l’entreprise. Sous la direction du PDG Florent Menegaux, cette ouverture a permis de montrer les essais sur prototypes et les développements autour des pneus spéciaux, dont les plus grands pneus du monde. Michelin dit ainsi avoir « cinq ou six ans » d’avance technologique sur ses concurrents chinois.
Innovations et essais à Almeria
Le centre d’Almeria fonctionne comme un laboratoire. Les essais reproduisent des conditions extrêmes : endurance, température, usure, adhérence. Les simulateurs, développés en interne, restituent fidèlement les situations critiques. À l’extérieur, les pistes servent à tester des engins variés : moissonneuses-batteuses, bulldozers et tracteurs sur chenilles. Certains employés portent même des exosquelettes pour décortiquer à la main les couches des pneus et y repérer d’éventuelles anomalies, un travail qui associe outils de pointe et geste manuel.
Les « 63 pouces » : une prouesse technologique
Parmi ces pneus spéciaux figurent les « 63 pouces », rapporte BFMTV. Leur diamètre dépasse 1,60 mètre et ils équipent les dumpers (tombereaux) géants de Caterpillar, capables de transporter jusqu’à 600 tonnes. On ne recense que 4 500 de ces engins dans le monde, dont deux exemplaires européens testés à Almeria. Chaque pneu coûte environ 50 000 € la pièce, à la mesure de sa complexité de fabrication. Il supporte une charge de plus de 100 tonnes, ce qui en fait un produit recherché dans des secteurs comme les mines.
Chiffres financiers et perspectives
Le poids des pneus de l’extrême se lit aussi dans les comptes. Ils pèsent 17 % du chiffre d’affaires de Michelin, avec une marge opérationnelle de 13,1 %. Au premier trimestre, le volume global des ventes du groupe a reculé de 1,4 %, mais la branche des pneus spéciaux a progressé de 2,5 % en volume. La défense, qui utilise ces pneus, représente 2-3 % du chiffre d’affaires.



