Le déclin des insectes volants, observé ces dernières décennies, inquiète de plus en plus les scientifiques et le grand public. Pour répondre à cette crise écologique, le Muséum national d’Histoire naturelle lance un programme innovant, Bugs Matter, qui transforme les véhicules en outils de collecte. En participant, chaque conducteur peut aider à mieux comprendre l’écosystème, en temps réel, depuis son habitacle.
Le Muséum se lance dans l’aventure
Le programme Bugs Matter, piloté par le naturaliste Grégoire Loïs, vise à mesurer à grande échelle l’effondrement des populations d’insectes volants. Le démarrage est annoncé pour ce mois-ci, avec l’objectif de mobiliser jusqu’à 39 millions de véhicules circulant sur le réseau routier français, et de les transformer en véritables « laboratoires à ciel ouvert », rapporte le Journal du Geek.
Les conducteurs sont invités à télécharger une application gratuite, disponible sur Android et iOS, qui enregistre et analyse automatiquement les traces laissées par les insectes sur la plaque d’immatriculation avant du véhicule. Cette méthode s’appuie sur l’intelligence artificielle pour fournir des données comparables et exploitables scientifiquement, semblable à la technologie de surveillance utilisée pour les radars.
Le dispositif a déjà été testé au Royaume-Uni et en Irlande, où plus de 25 000 trajets ont été analysés. Les résultats montrent une baisse préoccupante de 19 % par an des traces d’insectes depuis 2021. Ces chiffres mettent en lumière la menace qui pèse sur 40 % des espèces pollinisatrices sauvages en Europe et la chute de 36 % des populations de papillons de prairies.
Une méthode simple et qui marche pour collecter les données
Participer à l’étude suit un protocole en quatre étapes : nettoyer la plaque avant, activer l’application pendant le trajet, effectuer son trajet, puis photographier la plaque à l’arrivée. La méthode s’appuie sur l’uniformité des plaques d’immatriculation, contrairement aux capteurs de pare-brise dont l’angle varie selon le modèle de véhicule.
Les trajets doivent se dérouler à une vitesse supérieure à 20 km/h pour que les insectes viennent effectivement se coller à la plaque. La période de collecte est limitée entre avril et septembre, les mois les plus propices à l’activité des insectes.
Croiser les données pour y voir plus clair sur les causes du déclin
L’analyse ne se limite pas aux marques sur les voitures. Chaque parcours est accompagné d’informations complémentaires comme le type de paysage traversé, la vitesse du véhicule et les conditions météorologiques. Ces données sont ensuite croisées avec des facteurs environnementaux et anthropiques, tels que l’urbanisation, l’agriculture intensive et l’usage des pesticides. Le but est de produire des corrélations scientifiques permettant de comprendre les causes précises de ce déclin rapide.
Dans cette optique, tous les trajets, y compris ceux sans trace d’insecte, ont de la valeur. Ils servent à cartographier les « zones vides » où les insectes sont absents, et à identifier les secteurs les plus touchés par les pressions humaines et environnementales.





