En cinq ans, l’Italie a enregistré une multiplication par vingt du nombre annuel de décès liés aux trottinettes électriques, passant de 1 à 21 victimes. Face à cette crise sanitaire, le gouvernement italien a imposé depuis quelques jours une double obligation : immatriculation et assurance responsabilité civile pour tous les utilisateurs. Une première en Europe qui bouleverse la micro-mobilité urbaine.
Une explosion de la sinistralité en cinq ans
Les chiffres parlent d’eux-mêmes. Selon les données officielles italiennes, le pays comptabilise désormais près de 4 000 accidents impliquant des trottinettes chaque année, contre moins de 600 il y a cinq ans. Cette progression fulgurante s’accompagne d’une mortalité en hausse vertigineuse : 21 personnes ont perdu la vie en 2025, contre une seule victime en 2020. La micro-mobilité, initialement perçue comme une solution écologique aux embouteillages urbains, révèle aujourd’hui son visage le plus sombre.
De 1 à 21 décès annuels : une multiplication par vingt
L’évolution du nombre de morts illustre l’ampleur du phénomène. En 2020, l’Italie déplorait un unique décès lié à l’usage de trottinettes électriques. Cinq ans plus tard, ce bilan a été multiplié par vingt. Les autorités sanitaires pointent la vitesse excessive, l’absence de protection et le manque de maîtrise des engins comme principales causes de cette hécatombe. Les traumatismes crâniens représentent un quart des blessures recensées, souvent avec des conséquences irréversibles pour les victimes.
Moins de 600 à 4 000 accidents : la courbe de l’urgence
La courbe des accidents suit la même trajectoire alarmante. Les services d’urgence italiens ont enregistré une augmentation de 567% des interventions liées aux trottinettes en cinq ans. Cette progression dépasse largement celle observée dans d’autres pays européens. Les grandes villes comme Rome, Milan et Naples concentrent la majorité des sinistres, avec des pics durant les mois d’été. En France, des villes comme Dax ont également connu huit accidents en trois mois, dont un mortel, confirmant que le phénomène dépasse les frontières transalpines.
L’immatriculation comme outil de responsabilisation
La mesure phare adoptée par Rome consiste à imposer une plaque d’immatriculation sur chaque trottinette circulant sur le territoire italien. Contrairement à la France, qui exige une assurance mais pas d’immatriculation systématique, l’Italie franchit un cap supplémentaire. Fabio Piconi, avocat de l’association pour la sécurité routière AFVS, défend cette décision : « Elle permet d’identifier les responsables de toutes les violations du code commises en trottinettes ». La traçabilité devient ainsi un levier de prévention et de répression.
Identifier les responsables de chaque infraction
L’immatriculation transforme radicalement le contrôle des infractions. Désormais, chaque trottinette dispose d’un numéro unique rattaché à son propriétaire ou à l’opérateur de location. Les forces de l’ordre peuvent verbaliser à distance grâce aux caméras de surveillance urbaine, sans intercepter physiquement le contrevenant. Les infractions les plus courantes concernent la circulation sur les trottoirs, le non-respect des feux rouges et la vitesse excessive en zone piétonne. Comme le rappelle Gilles Mercadal, trésorier de l’association Roue libre à Saint-Paul-lès-Dax : « Dans le centre-ville, on est en zone piétonne. Dans ces zones-là, normalement, il faut avancer au pas : c’est 6 km/h ».
Un million de trottinettes en circulation : l’ampleur du défi
L’Italie compte environ un million de trottinettes en circulation, dont 60 000 appartiennent aux flottes de location partagée. L’immatriculation de ce parc représente un défi logistique majeur. Les propriétaires doivent se rendre dans les bureaux administratifs pour enregistrer leur engin, fournir une preuve d’achat et souscrire une assurance. Les opérateurs de location, quant à eux, ont dû adapter leurs systèmes informatiques pour gérer cette nouvelle contrainte. Certains observateurs craignent que les délais administratifs ne paralysent temporairement le secteur.
Les facteurs de risque mal maîtrisés
Au-delà des chiffres, les comportements à risque expliquent en grande partie cette sinistralité. Les études médicales révèlent des pratiques dangereuses largement répandues parmi les utilisateurs de trottinettes. Le port du casque, pourtant obligatoire en Italie, reste minoritaire. Les vitesses excessives, notamment dans les zones piétonnes où la cohabitation avec les automobilistes et les piétons se révèle délicate, multiplient les risques de collision.
Assurance et immatriculation : les deux piliers de la sécurité
La double obligation d’assurance et d’immatriculation marque un tournant dans la régulation des trottinettes. Gabriele Melluso, président de l’association de consommateurs Assoutenti, estime que « les prix vont de 100 à 200 euros pour l’assurance, auxquels il faut ajouter le prix de l’immatriculation. Le coût de la première année tourne autour de 300 euros ». Ce surcoût pourrait dissuader certains utilisateurs, mais il garantit une meilleure indemnisation des victimes et responsabilise les propriétaires. Comme pour les nouvelles règles du casque en France, l’Italie fait le pari de la contrainte pour améliorer la sécurité.
Le modèle italien pourrait inspirer d’autres pays européens confrontés à la même explosion de la sinistralité. La France, qui impose déjà l’assurance mais pas l’immatriculation, observe attentivement les résultats de cette expérimentation. L’Allemagne, qui utilise un système de vignette d’assurance, pourrait également réviser sa copie. L’harmonisation réglementaire à l’échelle européenne reste un horizon lointain, mais l’urgence sanitaire pourrait accélérer les discussions. En attendant, l’Italie assume son rôle de laboratoire réglementaire, au risque de fragiliser un secteur économique déjà sous pression. La sécurité routière, qu’elle concerne les automobilistes ou les utilisateurs de micro-mobilité, demeure une priorité absolue pour les pouvoirs publics.




