Katrin Adt, directrice générale de Dacia, affirme : « Le bouton le plus utilisé dans nos voitures est ce que nous appelons le bouton magique, qui permet de couper tous les bips ». Avec deux pressions, il désactive les alertes sonores et certaines interventions automatiques, exprimant ainsi la frustration croissante des automobilistes face à un véhicule qui surveille et corrige constamment. Mais couper ces systèmes censés sauver 25 000 vies d’ici 2038 selon la Commission européenne est-il sage ou imprudent ?
Le bouton My Safety : comment il fonctionne
Le bouton My Safety, intégré sur les modèles récents de Renault et Dacia, sert de raccourci personnalisable. Le conducteur choisit au préalable les systèmes d’aide à la conduite à désactiver rapidement. Deux pressions suffisent ensuite pour les neutraliser d’un coup. Cette innovation répond aux plaintes concernant la multiplication des alertes depuis l’entrée en vigueur du règlement européen GSR2 en juillet 2024.
Contrairement à d’autres systèmes nécessitant de désactiver chaque aide individuellement, le My Safety centralise l’opération. BMW offre une fonction similaire mais moins accessible, tandis que Mercedes et Mazda ont aussi des solutions de désactivation rapide, mais sans atteindre l’ergonomie de Renault-Dacia.
Pourquoi ce bouton est si populaire chez Dacia
Les témoignages sur les forums et réseaux sociaux abondent : bips incessants sur routes sinueuses, alertes de vitesse erronées, interventions du maintien dans la voie perçues comme agressives. Cette saturation sensorielle explique pourquoi le My Safety est devenu, selon Katrin Adt, « le bouton le plus utilisé » chez Dacia. Elle questionne la pertinence de ces obligations : « La question est de savoir si c’est exactement ce dont le client a besoin et ce qu’il veut ».
Les constructeurs consacrent désormais 25% de leur budget R&D à la conformité réglementaire, selon Dacia. Un quart des ingénieurs travaillent exclusivement sur l’intégration de ces normes, au détriment de l’innovation produit. Cette course réglementaire impacte directement les prix : « Si vous cherchez pourquoi nos voitures deviennent aussi chères, la principale raison est la réglementation », souligne Katrin Adt. L’augmentation des coûts affecte aussi les assurances auto, créant une spirale inflationniste pour les automobilistes.
Désactiver les aides : prudent ou risqué ?
Le règlement GSR2 permet la désactivation de plusieurs systèmes par le conducteur, préservant l’acceptabilité des technologies tout en les maintenant disponibles. Chaque trajet redémarre avec les aides réactivées par défaut, obligeant l’utilisateur à renouveler sa désactivation. Bruxelles compte sur cet effet dissuasif pour limiter l’usage du bouton.
Aucune donnée officielle ne mesure l’impact de ces désactivations sur la mortalité routière. La Commission européenne table sur 25 000 vies sauvées et 140 000 blessures graves évitées d’ici 2038, à condition que les systèmes restent actifs. Si 80% des conducteurs désactivent certaines aides, comme le suggèrent plusieurs enquêtes informelles, ces projections sont compromises.
Les études montrent que le freinage d’urgence automatique réduit de 38% les collisions arrière et le maintien dans la voie diminue de 11% les accidents mortels sur autoroute. Mais ces bénéfices s’effondrent si les systèmes sont désactivés dès le démarrage. Le bouton My Safety met en lumière la tension entre objectifs de santé publique et liberté individuelle.


