Le 15 octobre, Elon Musk a présenté le Tesla Roadster comme une avancée majeure, dotée de propulseurs à gaz froid permettant de rouler à l’envers. Toutefois, cette technologie n’est pas nouvelle : elle était déjà utilisée en Formule 1 en 1978 avant d’être interdite pour des raisons de sécurité. Lors d’une démonstration à la base SpaceX de McGregor au Texas, Musk a promis des « choses folles ». La voiture a exécuté des manœuvres spectaculaires, passant de 0 à 100 km/h en 0,81 seconde et franchissant des obstacles.
La Brabham BT46B : l’innovation de 1978 en Formule 1
Le Tesla Roadster utilise un système de ventilation qui plaque le véhicule au sol avec une force de 2 g, une idée déjà mise en œuvre par l’ingénieur Gordon Murray pour la Brabham BT46B en 1978. Ce dispositif a permis à Niki Lauda de remporter le Grand Prix de Suède avec une avance de 30 secondes, avant d’être interdit pour ses risques potentiels.
La Brabham BT46B a été interdite par la FIA après une seule course, officiellement pour des raisons techniques, mais surtout en raison de l’avantage jugé déloyal et des risques associés. Les débris projetés, l’instabilité en cas de panne et la difficulté de contrôle à basse vitesse ont conduit à cette décision. Quarante-huit ans plus tard, Tesla présente cette technologie comme nouvelle.
La McMurtry Spéirling, une hypercar électrique britannique, utilise également ce système depuis 2022 et détient le record du Festival de Goodwood 2022. Conçue pour la piste, elle n’est pas homologuée pour la route. Aucun constructeur n’a tenté d’homologuer ce type de dispositif en raison des normes actuelles.
Les limites réglementaires : le Roadster sur l’autoroute, une utopie
Elon Musk a reconnu que le Roadster n’était pas « optimisé pour la sécurité », ce qui signifie qu’il ne passera pas les crash-tests actuels. Les propulseurs à gaz froid posent des problèmes de sécurité, avec leurs réservoirs en carbone haute pression potentiellement dangereux en cas de collision. Aucune législation ne régit leur utilisation sur route.
Homologation et démonstration : deux réalités distinctes
L’homologation routière impose des tests rigoureux de sécurité, incompatibles avec un système générant 2 g d’appui. Les suspensions, freins et structures doivent être adaptés à ces contraintes. Lars Moravy de Tesla évoque des « voitures volantes », mais cela reste irréaliste pour la route.
Si un conducteur active les propulseurs sur une route publique, les conséquences pourraient être graves. Aucune assurance standard ne couvre un tel usage, et le conducteur serait responsable juridiquement. Tesla devra limiter l’utilisation des propulseurs aux circuits privés. Cette option semble incontournable.
Sécurité automobile : l’aveu de Musk
Elon Musk a déclaré vouloir pousser le Roadster « jusqu’aux limites ». Ce modèle sera l’exception dans une future gamme Tesla autonome. Or, la présentation a mis l’accent sur les performances sans mentionner la sécurité.
Admettre qu’une voiture n’est « pas optimisée pour la sécurité » signifie qu’elle ne répond pas aux normes légales. Tesla mise sur l’effet spectaculaire pour justifier des précommandes de 43 000 à 250 000 euros. La production du véhicule est prévue pour 2028, bien après la promesse initiale de 2020, ce qui érode la crédibilité.
Comparaison avec les standards industriels
Porsche, Ferrari et McLaren produisent des hypercars performantes mais conformes aux normes de sécurité. Ces constructeurs intègrent ces exigences dès la conception, contrairement à Tesla qui préfère le spectacle médiatique. Les propulseurs SpaceX, bien que technologiquement impressionnants, sont plus un gadget qu’une avancée automobile pertinente.
Le Tesla Roadster 2028 remet au goût du jour une technologie de Formule 1 interdite pour sa dangerosité. Les propulseurs à gaz froid offrent un spectacle saisissant mais n’ont pas leur place sur route publique. Musk a admis que le véhicule n’était pas conçu pour la sécurité, un aveu rare dans cette industrie. Les défis réglementaires rendent ces fonctionnalités inexploitables en dehors des circuits privés. Dans un contexte d’accès difficile aux véhicules neufs, Tesla propose une voiture spectaculaire mais juridiquement irréalisable. La question reste : combien de clients patienteront jusqu’en 2028 pour un véhicule dont les caractéristiques les plus médiatisées resteront inaccessibles au quotidien ?



