« Elle va être belle et vide » : le péage de l’A69 atteint un prix si élevé que même ses partisans les plus fervents n’en reviennent pas

20,40 euros l’aller-retour : même ses plus fervents défenseurs crient au fiasco. Entre revirement juridique et colère des élus, découvrez pourquoi cette autoroute à 41 millions d’euros divise déjà avant son ouverture.

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« Elle va être belle et vide » : le péage de l'A69 atteint un prix si élevé que même ses partisans les plus fervents n'en reviennent pas
« Elle va être belle et vide » : le péage de l’A69 atteint un prix si élevé que même ses partisans les plus fervents n’en reviennent pas © L'Automobiliste

La hausse des tarifs de péage sur la future autoroute A69, qui doit relier Toulouse à Castres, met en colère automobilistes et élus locaux. L’aller-retour entre les deux villes dépasse désormais 20 euros, un montant plus élevé que ce qui était attendu ces dernières semaines.

Le détail des tarifs, dévoilé avant l’inauguration de l’autoroute, confirme la facture. Pour un aller-retour sur les 53 km de l’A69 seule, l’addition grimpe à 17 euros. En comptant la portion de l’A680 qui permet de rejoindre Toulouse depuis Verfeil, le trajet complet Castres-Toulouse atteint 20,40 euros l’aller-retour, soit 8,50 euros pour la section Verfeil-Castres et 1,70 euro pour la liaison toulousaine. De quoi placer l’A69 parmi les autoroutes les plus chères de France.

Cette addition salée tient à un revirement juridique survenu peu avant l’ouverture. Le Conseil d’État a rejeté un avenant qui prévoyait 41 millions d’euros de subventions votées par les collectivités locales, destinées à faire baisser le péage d’environ 33 %, pour le ramener à près de 14 euros l’aller-retour.

Selon la députée écologiste Christine Arrighi, ancienne rapporteure de la commission d’enquête parlementaire sur le montage juridique et financier de l’A69, le Conseil d’État a jugé que cet avenant modifiait « substantiellement les conditions du contrat » et son équilibre financier.

Les élus qui ont porté le projet dénoncent un fiasco

La décision met dans l’embarras les défenseurs historiques de l’autoroute. Le président du conseil départemental du Tarn, Christophe Ramond, parle d’un « fiasco pour le portefeuille des usagers de l’A69 », estimant que « l’Etat en est le seul responsable ».

Dans un entretien à La Dépêche du Midi, la présidente de la région Occitanie, Carole Delga, se dit « abasourdie » et juge que 20,40 euros, « pour les gens, ce n’est évidemment pas supportable ».

Même ton chez le président de la communauté d’agglomération Castres-Mazamet, Olivier Fabre, qui constate dans un communiqué que les tarifs annoncés sont plus élevés que les dernières projections. Le maire de Lavaur, Bernard Carayon, appelle de son côté, sur France Info, à une baisse des prix pour que l’autoroute soit largement utilisée.

Le député Jean Terlier, défenseur de longue date du projet, assure qu’une réunion avec le gouvernement va se tenir : « Cette réunion, évidemment elle va avoir lieu, je n’ai aucun doute », a-t-il déclaré à l’AFP, avant d’ajouter qu’il fallait des engagements pour calmer les mécontentements et les grondements qui montent.

Les élus favorables au projet ont adressé un courrier commun réclamant une rencontre d’urgence avec le gouvernement, considérant que le prix du péage conditionne l’acceptation de l’autoroute par les automobilistes. Christine Arrighi y voit au contraire une comédie grotesque, reprochant dans son communiqué à ces mêmes élus d’avoir soutenu sans réserve, selon ses mots, « ce projet écocide et ruineux » avant de jouer la surprise et le scandale devant la publication des tarifs.

Le ministère des Transports, dirigé par Philippe Tabarot, n’a pas répondu aux sollicitations de l’AFP. Plusieurs collectivités disent ne pas avoir encore de réponse à leur demande de réunion rapide. Le concessionnaire Atosca, qui doit mettre en service les 53 km d’autoroute début novembre 2026, affirme à l’AFP espérer « qu’une baisse tarifaire en ligne avec celle anticipée dans l’avenant pourra se concrétiser ».

Cheminot et syndicaliste, Bruno Poncet n’y croit guère. Il estime que Carole Delga, qui s’est battue pour la construction de l’autoroute, se retrouve désormais isolée, l’État n’ayant plus d’argent à y consacrer. Sa prédiction est sans détour : il assure que personne ne va le prendre, que ça sera une belle autoroute vide comme on en a ailleurs.

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