Bien que le tribunal ait donné raison à la maire de Paris, l’association 40 millions d’automobilistes n’envisage pas d’abandonner son combat. Derrière ce recours, se dessine une opposition entre deux visions de la mobilité urbaine. Hier, le tribunal administratif de Paris a rejeté les recours contre l’arrêté du 30 septembre 2024, réduisant la vitesse maximale sur le périphérique de 70 à 50 km/h.
Un revers pour les associations, mais pas la fin du combat
La justice administrative a validé la position de la mairie de Paris. Selon les juges, « la maire de Paris est compétente pour exercer la police de la circulation sur le boulevard périphérique. Elle pouvait légalement, si les circonstances le justifient, abaisser la vitesse maximale de 70 à 50 km/h ». Le tribunal a confirmé que toutes les consultations obligatoires, y compris celle du préfet de police, avaient été respectées. Les magistrats ont également jugé que la mairie n’avait pas commis d’erreur d’appréciation en adoptant cette mesure.
Les raisons de l’appel de 40 millions d’automobilistes
Peu après le verdict, 40 millions d’automobilistes a annoncé son intention de faire appel devant la Cour administrative d’appel. Gwenaël Le Fouler, avocate de l’association, s’inquiète du principe : « Cette décision semble donner carte blanche à tous les élus pour réduire la vitesse sans autre raison que l’idée reçue selon laquelle réduire la vitesse diminue la gravité des accidents ». L’association dénonce une simplification abusive et une tendance à restreindre systématiquement la circulation automobile.
Une mobilisation des motards et conducteurs
40 millions d’automobilistes n’était pas seule à contester la décision. La Fédération française des motards en colère (FFMC) et la Ligue de défense des conducteurs (LDC), soutenues par 500 automobilistes individuels, ont également déposé des recours. Les motards, particulièrement touchés par les accidents graves, remettent en question l’efficacité de cette mesure, arguant que des infrastructures inadaptées et des comportements dangereux expliquent mieux les accidents que la vitesse maximale autorisée.
Les enjeux pour les automobilistes parisiens
Impact sur le temps de trajet : au quotidien pour 1,3 million de conducteurs
Chaque jour, le périphérique parisien est emprunté par 1,3 million d’automobilistes. Passer de 70 à 50 km/h réduit la vitesse maximale de près de 30 %, allongeant les temps de parcours. Les associations calculent qu’un trajet de 35 kilomètres prendrait 42 minutes à 50 km/h contre 30 minutes à 70 km/h, soit 12 minutes de plus. Bien que la vitesse moyenne soit déjà de 30 à 40 km/h aux heures de pointe, l’allongement est notable en heures creuses. Les professionnels, comme les artisans et livreurs, dénoncent une perte de productivité et des coûts d’exploitation accrus.
Débat sur l’efficacité réelle et les nuisances
Le tribunal a souligné que la vitesse excessive pouvait être responsable de 25 % des accidents sur le périphérique en 2022 et 2023. Depuis l’application de l’arrêté, une diminution du nombre d’accidents est observée. Cependant, les associations contestent cette interprétation, arguant que cette baisse pourrait être due à d’autres facteurs tels que des contrôles renforcés ou une signalisation améliorée. Elles notent aussi l’absence de données sur l’impact environnemental de rouler à 50 km/h, ce qui pourrait entraîner une surconsommation de carburant et plus d’émissions polluantes.
Alternatives pour concilier sécurité et fluidité
Les propositions des associations
Les défenseurs des automobilistes ne se limitent pas à la critique et proposent des solutions : meilleure signalisation des zones dangereuses, entretien des chaussées, installation de séparateurs physiques et de radars pédagogiques. La FFMC souligne l’importance d’aménagements pour les deux-roues, souvent victimes d’accidents graves. Les associations prônent une modulation intelligente de la vitesse selon les conditions de circulation, plutôt qu’une limitation uniforme. Un système de gestion dynamique, utilisé dans d’autres métropoles européennes, permettrait d’adapter la vitesse autorisée en temps réel.
L’appel devant la Cour administrative d’appel de Paris pourrait durer entre 12 et 18 mois. Les associations espèrent une suspension provisoire de l’arrêté, bien que cela soit peu probable. L’enjeu dépasse le périphérique parisien : une confirmation en appel renforcerait le pouvoir des maires de modifier les limitations de vitesse, ouvrant la voie à des mesures similaires ailleurs.



