Sécurité routière : 30 agents blessés par an, le corridor reste ignoré

Le ministère des Transports lance une nouvelle campagne pour protéger les agents des routes, exposés à 800 000 interventions quotidiennes.

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Sécurité routière : 30 agents blessés par an, le corridor reste ignoré © L'Automobiliste

Trente agents blessés chaque année. Seize morts depuis 2014. Ces chiffres, le ministère des Transports les rappelle à l’occasion d’une nouvelle campagne de sensibilisation lancée le 12 octobre 2026. L’objectif affiché reste le même qu’en 2024, qu’en 2022, qu’en 2018 : faire respecter le corridor de sécurité, cette obligation légale qui impose aux automobilistes de ralentir et de s’écarter à l’approche d’un chantier ou d’une intervention sur la route. Le problème, c’est que huit ans après son inscription dans le Code de la route, cette règle demeure largement ignorée. Et les agents continuent de mourir.

800 000 interventions par jour, un risque permanent

Les chiffres donnent le vertige. Les agents des routes et autoroutes effectuent près de 800 000 interventions quotidiennes en France. Surveiller, entretenir, déneiger, sécuriser après un accident, maintenir la circulation : autant de tâches qui exposent ces professionnels à un danger permanent. En apparence, ces interventions relèvent de la routine. En réalité, chacune d’elles place un agent à quelques mètres d’un flux automobile qui, trop souvent, ne ralentit pas, ne s’écarte pas, ne respecte rien.

Le 2 octobre dernier, un agent Sanef est mort percuté sur l’A13 à Goustranville, dans le Calvados. L’automobiliste responsable présentait un test d’alcoolémie positif. Ce drame vient s’ajouter à une liste déjà longue : depuis 2014, seize agents ont perdu la vie dans des circonstances similaires. Le communiqué du ministère précise que ces accidents sont « très majoritairement liés à un défaut de vigilance de la part des automobilistes ou au non-respect du corridor de sécurité ». Autrement dit, ces morts sont évitables. Elles résultent d’un manque d’attention, d’un refus de ralentir, d’une incapacité collective à prendre au sérieux la présence d’êtres humains sur la chaussée.

Un corridor de sécurité inscrit dans la loi mais absent des comportements

Le corridor de sécurité existe pourtant depuis 2018 dans le Code de la route. Le principe est simple : à l’approche d’un chantier ou d’un véhicule en intervention, le conducteur doit ralentir, changer de voie si possible, ou à défaut s’écarter au maximum. Le non-respect de cette consigne expose à une amende de 135 euros. Mais reprenons : combien d’automobilistes connaissent cette règle ?

Le ministère des Transports a beau renforcer son plan de prévention depuis 2024, multiplier les radars sur les chantiers, améliorer la signalisation des véhicules d’intervention, signaler les zones à risque sur Waze, expérimenter des dispositifs de détection de trajectoires dangereuses, rien n’y fait. Les campagnes de sensibilisation se succèdent, les panneaux rappelant le corridor se multiplient, mais les comportements, eux, évoluent lentement. Trop lentement.

Quand la prévention se heurte à l’inattention chronique

Reste que la question de fond n’est pas technique. Elle est comportementale. Les automobilistes français, dans leur grande majorité, ne sont pas formés à percevoir les agents des routes comme des travailleurs exposés. Ils voient des cônes, des gyrophares, des ralentissements. Rarement des vies humaines. Le ministère tente d’intégrer ce risque dans la formation initiale et continue des conducteurs professionnels du transport routier. Une avancée, certes, mais qui ne concerne qu’une fraction du trafic.

Pour le reste, la sensibilisation repose sur des campagnes ponctuelles, comme celle lancée du 12 octobre au 8 novembre 2026. Les onze Directions interdépartementales des routes (DIR) se mobilisent, les préfets sont appelés à renforcer localement la prévention, les forces de l’ordre multiplient les contrôles. Mais combien de temps faudra-t-il pour que le corridor de sécurité devienne un réflexe, au même titre que la ceinture de sécurité ou le respect des feux rouges ?

Un problème de culture routière, pas seulement de réglementation

Le ministre des Transports, Philippe Tabarot, rappelle que « ralentir, s’écarter et respecter le corridor de sécurité sont des gestes simples qui peuvent sauver des vies ». Certes. Mais si ces gestes étaient si simples, pourquoi continuent-ils à ne pas être appliqués ? La réponse tient peut-être dans la difficulté à transformer une obligation légale en réflexe collectif. Le Code de la route peut imposer, sanctionner, punir. Il ne peut pas, à lui seul, changer les mentalités.

En réalité, la sécurité des agents des routes pose une question plus large : celle de notre rapport à la route, à la vitesse, à l’attention. Conduire en France reste trop souvent perçu comme un acte privé, individuel, où l’autre n’existe que comme obstacle ou concurrent. Les agents des routes, eux, paient le prix de cette indifférence. Trente blessés par an, seize morts en douze ans. Des chiffres qui devraient suffire à mettre nos petites cellules grises en mouvement. Mais qui, manifestement, ne suffisent pas encore.

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