Moteurs thermiques : l’Europe s’écharpe toujours sur 2035

La fin des moteurs thermiques en Europe d’ici 2035 a du plomb dans l’aile. Plusieurs industriels demandent un report de cette date.

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Moteurs thermiques : l’Europe s’écharpe toujours sur 2035 | L'Automobiliste

L’Europe souhaite interdire la vente de véhicules neufs équipés de moteurs thermiques à l’horizon 2035. Une position qui fait vaciller l’ensemble du secteur. Face aux inquiétudes, des concessions pourraient avoir lieu. Mais les États européens ne sont pas d’accord.


L’Europe toujours embourbée dans la question des moteurs thermiques


À Bruxelles, le débat sur la fin des moteurs thermiques en 2035 est proche d’un tournant. Dans les prochains jours, l’Union européenne pourrait annoncer des assouplissements sur le calendrier et l’ambition portés sur le Vieux Continent. En coulisses, les États membres mènent un intense lobbying pour faire aboutir leur vision. La fracture semble réelle entre ceux qui veulent maintenir fermement l’échéance et ceux qui prônent un assouplissement, voire un report de cette date butoir. Alors que l’objectif vise à réduire à zéro les émissions de CO₂ des voitures neuves, les divergences politiques et industrielles remettent en cause la certitude d’une transition vers la voiture électrique à l’horizon 2035.


L’Union européenne a conclu en 2023 un accord législatif visant à interdire la vente de voitures neuves à moteurs thermiques à partir de 2035, un texte clé du paquet « Fit for 55 » destiné à atteindre une réduction de 55 % des émissions de CO₂ d’ici 2030, puis une réduction de 100 % en 2035, impliquant de fait l’arrêt des ventes de véhicules essence, diesel et hybrides classiques. Ce cadre a été confirmé récemment par un vote du Parlement européen où, malgré des oppositions, les eurodéputés ont entériné la fin des moteurs thermiques en 2035, visant une flotte de voitures neuves à zéro émission à compter de cette date.


Pourtant, cette vision consensuelle est aujourd’hui mise à mal par une fronde de sept États membres, dont l’Allemagne, l’Italie et la Pologne, qui ont adressé des lettres conjointes à la Commission européenne pour solliciter une révision de l’approche. Ces gouvernements défendent l’idée d’une neutralité technologique, ouvrant la porte non seulement à l’électrique, mais aussi à des solutions alternatives comme les hybrides, l’hydrogène ou les carburants à faible émission. Derrière ce clivage se joue un enjeu stratégique : préserver l’industrie automobile nationale, encore largement dépendante des moteurs thermiques, tout en répondant aux ambitions climatiques affichées par Bruxelles.


Pressions politiques et industrielles contre un calendrier rigide


Les pays opposés à la fin des moteurs thermiques en 2035 avancent plusieurs arguments économiques et industriels. Selon eux, l’infrastructure de recharge pour les voitures électriques reste insuffisante à l’échelle du continent, freinant la demande et risquant de pénaliser les constructeurs locaux face à la concurrence chinoise. L’Allemagne et l’Italie, en particulier, ont lancé une action commune pour adoucir l’interdiction européenne des moteurs thermiques, en proposant que les véhicules dotés de moteurs thermiques « hautement efficaces » ou utilisant des carburants à faible émission puissent encore être commercialisés après 2035.


Cette position rencontre un écho favorable dans certains milieux industriels. La puissante industrie automobile allemande, craignant une perte de compétitivité dans un marché mondial dominé par les constructeurs asiatiques, plaide pour un ajustement de l’agenda réglementaire. Des voix au sein même de Bruxelles envisagent désormais de réviser l’interdiction stricte des moteurs thermiques, en abaissant l’exigence de réduction de CO₂ à 90 % plutôt qu’à 100 % à l’horizon 2035, ce qui permettrait la commercialisation de solutions hybrides avancées ou d’autres technologies de propulsion alternatives.


Après plusieurs semaines de négociations et de discussions d’arrière-boutique, l’Europe devrait présenter un nouveau calendrier, avec ou sans ajustements. La décision est en tout cas attendue de pied ferme par l’ensemble du secteur automobile.

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