« Je devrais normalement renouveler un huitième du parc chaque année, soit 3 700 véhicules », a déclaré Hubert Bonneau, directeur général de la Gendarmerie nationale, lors d’une audition publique au Sénat le 30 octobre 2025. Faute de budget suffisant, le déficit de renouvellement atteint 3 100 véhicules pour l’année 2026.
C’était la seconde audition d’Hubert Bonneau au Sénat en cette qualité. La Gendarmerie compte environ 30 000 véhicules, dont l’âge moyen est de 7,8 ans, pour une durée de vie optimale fixée à huit ans, alerte Auto Journal. Sur la période 2024-2026, 15 000 véhicules devraient en théorie être remplacés.
Seuls 5 000 véhicules remplacés sur 15 000 nécessaires
Compte tenu des moyens disponibles, seuls 5 000 véhicules pourront être remplacés sur cette période. « Je n’ai pas les moyens de faire plus », a reconnu Hubert Bonneau devant les sénateurs.
Pour la seule année 2026, alors que le besoin s’élève à 3 700 véhicules, 600 modèles neufs seront livrés. D’où ce déficit de 3 100 unités. Le directeur général a mis en garde contre un possible enchaînement des difficultés, estimant que sans une évolution de la situation, on pourrait se retrouver dans deux ou trois ans devant un mur d’investissement. Un tel scénario coûterait bien plus cher qu’un renouvellement progressif.
L’éthanol E85 et de nouveaux Peugeot pour limiter la casse
Pour atténuer les effets de ces contraintes budgétaires, la Gendarmerie prévoit de convertir 40 000 voitures au Superéthanol E85, un carburant présenté comme plus économique et moins polluant. Ce total intègre aussi les véhicules de la police et des douanes.
Côté renouvellement, le dernier appel d’offres a été remporté par le Peugeot 5008 de troisième génération, lancé en 2024. Ce modèle essence micro-hybride de 136 chevaux remplacera en partie les Peugeot 5008 II en service, équipés d’un moteur de 130 chevaux sans hybridation. Les voitures de patrouille comptent aussi des Renault Scénic et des Skoda Kodiaq, tandis que les fourgons Renault Master et IVECO Daily assurent le transport des troupes et du matériel.
Le budget de la gendarmerie augmente de 1,8 % en 2026, soit 200 millions d’euros de plus : les crédits de paiement passent de 10,9 à 11,1 milliards d’euros. Un chiffre en hausse qui masque, selon Hubert Bonneau, une réalité contrastée, marquée par certains renoncements à tous les niveaux.
400 équivalents temps plein supplémentaires sont prévus en 2026, correspondant aux 58 brigades qui n’avaient pas pu être créées en 2025, année sans recrutement. Les effectifs devraient ainsi retrouver à peu près leur niveau de 2007. La loi de programmation, la Lopmi, prévoit la création de 239 brigades au total ; il manque encore 1 145 emplois pour boucler ce plan, qu’Hubert Bonneau dit espérer achever.
Cette audition intervenait alors que la délinquance générale a augmenté de 25 % sur la zone de compétence de la gendarmerie, avec 53 % d’interventions et 40 % de gardes à vue supplémentaires. Depuis le début de l’année 2025, six gendarmes sont morts en service ou en mission et 8 000 ont été blessés.
Dix hélicoptères sont en cours de renouvellement, mais une partie de la flotte, des Écureuil, a plus de 40 ans. Hubert Bonneau évalue à 355 millions d’euros la somme nécessaire avant 2027 pour commander 22 appareils supplémentaires. Sans décision d’ici là, il évoque un risque de rupture capacitaire majeure sur la flotte d’aéronefs, avec des conséquences particulières pour les Outre-mer. Des fermetures de sections aériennes ont déjà lieu, en rotation, en métropole comme en Outre-mer.
Vingt-deux mille fusils d’assaut Famas, vieux de plus de 40 ans et bientôt privés de soutien technique, doivent être changés pour 110 millions d’euros. La gendarmerie est la seule armée encore équipée de ce modèle. Au total, renouveler l’ensemble des équipements dits militaires, dont les monoculaires de vision nocturne, coûterait 800 millions d’euros, des matériels qui serviraient aussi d’appui aux armées en cas d’engagement militaire majeur.
Les loyers payés par la gendarmerie sont passés de 300 millions d’euros en 2009 à 620 millions d’euros en 2024, avec une projection à 1 milliard d’euros dans moins de dix ans. Hubert Bonneau plaide pour un retour au modèle domanial, l’État propriétaire des locaux plutôt que locataire : une brigade domaniale coûte deux fois moins cher, soit 77 euros le mètre carré contre plus de 160 euros en locatif.



