Une étude de l’Université de Bristol, publiée le 9 juillet 2026 dans la revue Environmental Science & Technology Letters, établit que le HFO-1234yf, un gaz réfrigérant présenté comme une alternative verte pour la climatisation automobile, pourrait être une source majeure de TFA, l’acide trifluoroacétique, en Europe. Ce composé, qualifié de polluant éternel, appartient à la famille des PFAS.
Le HFO-1234yf équipe la climatisation de la quasi-totalité des voitures neuves depuis 2017, en remplacement de l’ancien réfrigérant HFC-134a. Il en émet 22 fois moins dans l’atmosphère. Pourtant, selon les chercheurs de Bristol, il pourrait déjà être à l’origine de près de 75 % de la production mondiale de TFA associée au HFC-134a.
En Europe, il entraînerait des dépôts de ce polluant jusqu’à 3,6 fois plus élevés dans certaines régions, notamment en Italie, en Allemagne, en Autriche, en Suisse et en France.
Le TFA ne se dégrade pas une fois relâché dans l’environnement. Il est désormais détecté dans l’eau, les plantes, les aliments et chez l’humain. Début juin 2026, un comité de l’Agence européenne des produits chimiques a adopté une recommandation officielle visant à le classer comme substance toxique pour la reproduction, ce qui renforce les inquiétudes sanitaires autour de ce composé.
Des traces croissantes détectées en Suisse
En Suisse, le TFA est présent dans toutes les eaux souterraines, et sa concentration augmente. Cette pollution provient à la fois de la dégradation de gaz fluorés et de certains pesticides.
À la station de mesure du Jungfraujoch, l’un des sites les plus importants de Suisse et le laboratoire le plus haut d’Europe, les scientifiques suivent de près la hausse des traces de ces nouveaux fluides frigorigènes, appelés HFO pour hydrofluoroléfine.
Contrairement à leurs prédécesseurs, les CFC interdits depuis longtemps et les HFC employés ensuite, les HFO ne détruisent pas la couche d’ozone et ne sont pas de puissants gaz à effet de serre. Le problème apparaît une fois qu’ils sont libérés dans l’atmosphère : ils se décomposent alors en TFA.
Stefan Reimann, chimiste de l’atmosphère à l’Empa, le Laboratoire fédéral d’essai des matériaux et de recherche, et son équipe ont été les premiers au monde à mesurer ces nouveaux fluides frigorigènes il y a quelques années. « Ce dernier se retrouve ensuite dans l’environnement via les eaux de pluie et ne s’y dégrade pas », explique-t-il.
Les HFO sont principalement libérés lors de fuites des climatiseurs automobiles ou d’opérations de maintenance. Depuis dix ans, les constructeurs sont tenus d’utiliser ces nouveaux fluides, et environ la moitié des véhicules suisses en sont désormais équipés. Jusqu’à présent, les concentrations mesurées au Jungfraujoch restaient très faibles. La situation évolue.
L’étude de Bristol appelle à un meilleur suivi des émissions de HFO-1234yf à l’échelle mondiale et souligne la nécessité d’évaluer plus largement les conséquences environnementales des technologies censées remplacer les gaz à fort effet de serre.




