Automobile : Londres et Bruxelles cherchent une issue au « Made in Europe »

Le Royaume-Uni et l’Union européenne intensifient leurs discussions sur la place des véhicules britanniques dans les futurs dispositifs de préférence industrielle. Pour les constructeurs et équipementiers français, l’enjeu dépasse le marché britannique : leurs chaînes d’approvisionnement restent étroitement liées de part et d’autre de la Manche.

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Automobile : Londres et Bruxelles cherchent une issue au « Made in Europe » © L'Automobiliste

Les discussions entre Londres et Bruxelles sur le futur dispositif « Made in Europe » progressent, selon le ministre britannique chargé des entreprises Jonathan Reynolds. Interrogé mardi 27 octobre sur Sky News, il a évoqué des travaux importants entre les deux parties pour répondre aux inquiétudes des industriels. Reuters rapporte ses déclarations, qui concernent directement l’automobile, les batteries et d’autres technologies industrielles.

Le différend porte sur une question concrète : quels véhicules et composants pourront être considérés comme européens lorsqu’une aide publique ou un marché financé par les pouvoirs publics favorisera la production locale ? Depuis le Brexit, le Royaume-Uni appartient à une chaîne automobile largement intégrée au continent, mais se trouve en dehors de l’Union européenne.

Un compromis recherché, pas encore un accord

La Commission européenne a présenté en mars son projet d’Industrial Accelerator Act. Il vise à soutenir la demande de produits industriels fabriqués en Europe et à faible empreinte carbone, notamment par les achats publics et les programmes de soutien. L’automobile et les batteries figurent parmi les secteurs concernés.

Le ministre britannique affirme que les deux parties cherchent une solution pour apporter davantage de visibilité aux entreprises. Selon Reuters, Paris et Berlin ont aussi discuté de la possibilité de reconnaître le Royaume-Uni comme partenaire de confiance, en lien avec un éventuel alignement britannique sur les droits de douane européens visant les véhicules chinois.

Aucune exception britannique n’est toutefois actée. Le dispositif européen reste en négociation : sa version définitive devra passer par les institutions de l’Union. Les modalités précises de l’éligibilité des véhicules et composants, ainsi que le traitement des partenaires commerciaux extérieurs, demeurent donc des enjeux ouverts.

Pourquoi les fournisseurs français sont concernés

La relation automobile entre le Royaume-Uni et l’Union européenne représente environ 80 milliards d’euros d’échanges annuels, selon la Society of Motor Manufacturers and Traders (SMMT), organisation professionnelle britannique. Le Royaume-Uni est un débouché majeur pour les voitures fabriquées dans l’Union et achète également de nombreux composants européens pour ses propres usines.

Une analyse d’Oxford Economics commandée par la SMMT estime que la production automobile britannique soutient, par ses achats et les dépenses qu’elle entraîne, quelque 24 000 emplois en France. Il s’agit d’une estimation de l’activité économique liée à cette production, pas d’une prévision de suppressions d’emplois en cas de changement réglementaire. L’étude n’a pas modélisé les pertes qui résulteraient d’une exclusion du Royaume-Uni.

Pour les équipementiers français, les règles futures pourraient peser sur les choix de localisation, d’approvisionnement et d’investissement des constructeurs. Une définition très restrictive de la fabrication européenne pourrait compliquer l’accès des véhicules britanniques à certains avantages, avec des répercussions possibles sur les commandes adressées à leurs fournisseurs continentaux.

Quelles conséquences pour l’achat d’une voiture ?

À ce stade, les discussions ne changent ni les conditions actuelles d’immatriculation ni les aides françaises déjà en vigueur. Leur portée se situe d’abord dans la conception des futurs mécanismes industriels : achats de flottes publiques, incitations liées à la production et soutien aux véhicules propres.

Pour les automobilistes français, l’enjeu à moyen terme est celui de l’offre de véhicules et de leur compétitivité. Des règles d’origine plus strictes peuvent encourager des investissements dans les usines européennes, mais aussi modifier les coûts d’approvisionnement et les arbitrages entre modèles. Les effets sur les prix en concession dépendront des textes finalement adoptés et des stratégies des constructeurs.

La déclaration du 27 octobre marque ainsi une avancée diplomatique dans un dossier industriel sensible. Les prochaines étapes déterminantes seront la définition juridique du « Made in Europe » et la place qui pourra être réservée aux partenaires étroitement liés à la filière automobile européenne.

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