Environ 10 000 propriétaires français de Saab doivent financer de leur poche le remplacement de leurs airbags Takata défectueux. En cause : l’absence de toute entité juridique capable d’organiser un rappel pour la marque suédoise, disparue depuis sa liquidation. Les modèles concernés, des 9-3 et 9-5 mises en circulation entre 2005 et 2011, présentent un risque d’explosion identifié depuis 2013.
Le ministère des Transports a alerté individuellement ces propriétaires par courrier en juin 2026, après une première information publiée sur son site dès l’été 2025. Le message est clair : ne plus utiliser le véhicule avant le remplacement de l’airbag, dont les frais restent, selon la page dédiée du ministère, « à la charge exclusive du propriétaire du véhicule SAAB concerné ».
Guillaume, 40 ans, fonctionnaire dans l’administration centrale, a reçu ce courrier pour sa Saab 9-5 de 2007, achetée d’occasion en 2025. Il raconte au Parisien son incompréhension : « Cette information intervient très tardivement, alors que le scandale des airbags Takata est connu depuis de nombreuses années ».
Ni le constructeur, ni les autorités, ni aucun professionnel de l’automobile ne l’avait prévenu auparavant, et le contrôle technique de décembre 2025 n’a rien signalé. Depuis le 15 février 2025 pourtant, ce type de défaut doit apparaître sur le procès-verbal du contrôle technique, une mention qui suit désormais le véhicule en cas de revente.
Le nitrate d’ammonium utilisé comme propulseur dans ces coussins gonflables se dégrade avec le temps, un phénomène accéléré par l’humidité, ce qui explique les premiers décès survenus en outre-mer. En cas de choc, l’airbag peut exploser et projeter des fragments métalliques vers le conducteur.
Le bilan national s’élève à 47 accidents et 21 morts liés à ces airbags en France, dont trois en métropole. Un conducteur de 41 ans est ainsi mort en Haute-Savoie en janvier 2025 après l’explosion de son airbag.
Pourquoi General Motors paie aux États-Unis mais pas en France
Pour se procurer un airbag de remplacement, Guillaume s’est tourné vers Hedin Parts, spécialiste suédois de pièces détachées sollicité par le ministère pour organiser la solution via un réseau de garages agréés. L’atelier le plus proche de chez lui, à deux heures de route, lui a remis un devis de 475 euros, un tarif que Hedin Parts assure avoir négocié au plus bas.
L’absence de responsable tient à l’histoire mouvementée du constructeur. Après des difficultés financières dans les années 1980, Saab est entrée dans le giron de General Motors, actionnaire à 50 % dès 1990 puis propriétaire unique en janvier 2000. Le géant américain a revendu la marque en février 2010 au néerlandais Spyker Cars, avant sa liquidation. Depuis, plus aucune entité juridique n’existe pour organiser un rappel en France.
Or aux États-Unis, General Motors organise justement une campagne de rappel gratuite pour les Saab équipées d’airbags Takata, via une plateforme dédiée qui liste les modèles 9-2X, 9-3 et 9-5 pour une réparation sans frais chez les concessionnaires Chevrolet, Buick, GMC et Cadillac.
En France, cette prise en charge se limite aux seules Cadillac et Chevrolet, à l’exclusion des Saab. Cette différence de traitement a été révélée par l’UFC-Que Choisir, qui a contacté Spyker Cars sans obtenir de réponse.




