Carburant : Donald Trump ordonne une enquête sur les « prix abusifs » à la pompe

Alors que le pétrole brut a chuté de 23% depuis mai 2026, le prix moyen de l’essence aux États-Unis n’a baissé que de 14%. Donald Trump accuse les pétroliers de « prix abusifs » et ordonne une enquête. Décryptage des mécanismes qui expliquent ce fossé entre brut et pompe, et impact concret sur votre budget carburant.

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Carburant : Donald Trump ordonne une enquête sur les « prix abusifs » à la pompe © L'Automobiliste

Vous avez remarqué ? Le pétrole dégringole depuis trois mois, mais votre plein de carburant ne devient pas vraiment moins cher. En juin 2026, tandis que le brut chutait de 23%, le prix moyen de l’essence aux États-Unis ne baissait que de 14%. En France, c’est pareil. Voici pourquoi cette injustice apparente n’en est pas vraiment une, et ce qu’il faut comprendre avant de remplir votre réservoir.

Mercredi 24 juin au petit matin, Donald Trump a frappé fort. Le président américain a accusé les compagnies pétrolières de ne pas répercuter la chute du brut sur les prix à la pompe. « Les grandes compagnies pétrolières ne réduisent pas leurs prix à la pompe de manière proportionnelle à la forte baisse des prix qu’elles paient pour le pétrole. Ces prix chutent comme une pierre ! », a-t-il écrit sur Truth Social peu après minuit. Une sortie politique qui résonne aussi en France, où les automobilistes partagent la même frustration.

Votre budget carburant stagne : la réalité des chiffres

Les données parlent d’elles-mêmes. Selon GasBuddy, le gallon d’essence coûtait 3,906 dollars en moyenne aux États-Unis mercredi matin. Un recul de 14% par rapport au pic de mai 2026. Mais dans le même temps, le brut américain WTI a plongé de 23% depuis mai, et même de 40% depuis son sommet de mars. Le Brent de la mer du Nord, référence mondiale, s’échangeait mercredi à 76,38 dollars le baril, en baisse de 0,91%.

Résultat : vous payez toujours trop cher. En janvier 2026, avant l’escalade des tensions avec l’Iran, le gallon d’essence s’affichait à 2,764 dollars. Aujourd’hui, malgré la détente diplomatique et la réouverture du détroit d’Ormuz (qui fait transiter un cinquième de l’approvisionnement mondial en pétrole), le prix reste 30% plus élevé qu’il y a six mois. Pour un automobiliste français qui roule 15 000 km par an avec une consommation moyenne de 6 litres aux 100 km, l’écart représente plusieurs centaines d’euros sur l’année.

Combien vous économiseriez VRAIMENT si les prix tombaient proportionnellement

Faisons le calcul. Si la baisse du brut (23%) se répercutait intégralement à la pompe, le gallon américain devrait coûter environ 3,50 dollars au lieu de 3,906 dollars. Soit 40 centimes de moins par gallon. Pour un réservoir de 50 litres (environ 13 gallons), vous perdez 5,20 dollars par plein, soit près de 5 euros. Sur un an, avec deux pleins par mois, cela représente 120 euros de surcoût. En France, où le litre de sans-plomb 95 oscille autour de 1,85 euro, un ajustement proportionnel le ferait tomber sous 1,60 euro. Votre budget annuel carburant fondrait de 250 à 300 euros.

Pourquoi les stations-service ne vous font pas baisser les prix plus vite

Première explication : l’inertie des stocks. Les stations-service écoulent d’abord les cuves remplies à des prix antérieurs. Selon une étude de la Banque de France publiée en 2024, les prix des carburants restent en moyenne stables pendant environ cinq jours avant d’être ajustés par les distributeurs. Votre pompiste ne vend pas du pétrole brut, mais de l’essence raffinée achetée plusieurs jours, voire semaines plus tôt. Lorsque le Brent chute brutalement, le gérant doit d’abord écouler son stock acheté au prix fort avant de bénéficier des nouvelles cotations.

Aux États-Unis, Karen Young, chercheuse au Centre de politique énergétique mondiale de l’université Columbia, confirme : « Plusieurs semaines sont généralement nécessaires pour qu’une baisse du pétrole brut se répercute sur les coûts de raffinage puis sur les prix à la pompe. » Un décalage structurel que Trump qualifie pourtant d’« arnaque » envers les consommateurs.

Les taxes qui ne bougent pas (et représentent la moitié de votre facture)

Deuxième facteur : la fiscalité. En France, les taxes (accise sur les produits énergétiques et TVA) représentent environ 50% du prix d’un litre de carburant. Lorsque le pétrole recule de 10%, le prix à la pompe baisse donc dans une proportion moindre, car la part fiscale reste inchangée. Si le brut passe de 80 à 60 dollars, votre litre ne perd que quelques centimes, pas 25%.

Aux États-Unis, le mécanisme est similaire. Karen Young rappelle qu’il existe des taxes fédérales, étatiques et locales qui s’ajoutent au prix de l’essence dans les stations-service. Un automobiliste californien paie ainsi jusqu’à 0,70 dollar de taxes par gallon. Même si le brut s’effondre, votre facture reste élevée à cause de cette composante fixe.

Raffinage, transport, distribution : les coûts cachés derrière le litre

Troisième élément : la chaîne de valeur. Le prix à la pompe ne dépend pas seulement du baril de Brent. Il intègre aussi les coûts de raffinage, de transport, de distribution et la marge des distributeurs. Lorsque le brut baisse, les capacités de raffinage peuvent rester tendues, surtout après une crise géopolitique comme celle du détroit d’Ormuz. Les raffineurs américains et européens ont tourné à plein régime pendant des mois pour compenser les ruptures d’approvisionnement. Leurs marges ne suivent pas mécaniquement les variations du brut.

Enfin, le taux de change euro-dollar joue un rôle important. Une baisse du brut peut être en partie annulée si le dollar se renforce face à l’euro, renchérissant les importations pour les automobilistes européens. Un paramètre souvent oublié dans les comparaisons simplistes.

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