L’usine de Brampton, fleuron de la production automobile canadienne depuis plusieurs décennies, traverse une période critique. Stellantis envisage sérieusement sa fermeture et sa vente, selon le syndicat Unifor qui a révélé l’information le 14 août 2026.
Brampton : pourquoi Stellantis abandonne la production de Jeep Compass
L’usine de Brampton est inactive depuis décembre 2023, ses 2 200 à 3 000 travailleurs percevant une allocation de sécurité du revenu remplaçant 70 % de leur salaire. Stellantis avait pourtant lancé en janvier 2024 un ambitieux programme de modernisation destiné à adapter les chaînes de production au Jeep Compass. Ce projet s’inscrivait dans une stratégie globale financée par une subvention fédérale de 529 millions de dollars canadiens obtenue en 2022, conditionnée au maintien de la production à Brampton et Windsor. Les investissements techniques ont démarré, les équipements ont été partiellement installés, mais en février 2025, Stellantis a brutalement suspendu l’ensemble des travaux.
Cette interruption s’explique par une analyse de rentabilité défavorable. La production ontarienne a chuté de 48 % en une décennie, passant de 2,3 millions de véhicules en 2015 à seulement 1,2 million en 2025. Le site de Brampton, malgré son histoire prestigieuse, ne bénéficie plus des économies d’échelle nécessaires pour justifier des investissements lourds. La porte-parole de Stellantis Canada, LouAnn Gosselin, a confirmé que l’entreprise cherche désormais « une solution de production durable pour Brampton Assembly », formule diplomatique qui traduit une remise en cause profonde du modèle actuel.
Tarifs Trump et délocalisation : la logique industrielle de Stellantis
L’administration Trump a imposé en 2025 une série de tarifs douaniers sur les véhicules assemblés au Canada, modifiant radicalement l’équation économique pour les constructeurs. Face à cette pression fiscale, Stellantis a annoncé en octobre 2025 le déplacement de la production du Jeep Compass vers son site de l’Illinois, aux États-Unis. Cette décision permet au groupe d’éviter les surcoûts tarifaires tout en conservant l’accès au marché nord-américain, qui représente une part majeure de ses ventes.
Le gouvernement fédéral canadien a réagi en décembre 2025 en servant un avis de défaut à Stellantis pour violation des conditions de la subvention. Cependant, le constructeur n’a fourni aucun avis écrit formel de fermeture au syndicat Unifor, bien que l’accord collectif exige un préavis d’au moins un an. Le groupe a enregistré un bénéfice net de 293 millions d’euros au deuxième trimestre 2026, contre une perte de 1,87 milliard d’euros un an auparavant, démontrant sa capacité à réorganiser rapidement ses opérations pour retrouver la rentabilité.
L’avenir de Brampton se jouera dans les prochains mois, lors des négociations collectives entre Unifor et Stellantis prévues pour septembre 2026. La présidente nationale d’Unifor, Lana Payne, a qualifié la situation de « coup de poing dans le ventre », soulignant l’importance symbolique et économique de ce site. Entre fermeture définitive et renaissance technologique, Brampton incarne les défis de toute une industrie confrontée à la transition électrique, aux tensions commerciales et à la nécessité de réinventer ses modèles de production pour rester compétitive.

