Selon les données publiées le 22 juillet 2025 par carVertical, 4,9 % des voitures d’occasion présentent un kilométrage falsifié, et 40 % montrent des traces de dommages non signalés. Ces manipulations gonflent artificiellement la valeur des véhicules, nuisent aux acheteurs particuliers, et faussent la concurrence entre professionnels. En France, le préjudice annuel est estimé à 1,15 milliard d’euros. À l’échelle européenne, la fourchette haute des pertes atteint 8,77 milliards d’euros, comme l’indiquait déjà une estimation du Parlement européen en 2018.
Des pratiques bien connues, toujours peu sanctionnées
La fraude au kilométrage des voitures d’occasion fonctionne avec une redoutable simplicité. Grâce à un outil OBD2 ou un logiciel de réinitialisation, un opérateur peu scrupuleux peut modifier l’odomètre en quelques minutes.
Dans l’Hexagone, les voitures d’occasion trafiquées perdent en moyenne 38 213 kilomètres sur leur compteur. Résultat : une surévaluation moyenne de 44,5 % de la valeur réelle, avec des pics à plus de 15 000 euros sur certains modèles haut de gamme. Les zones urbaines comme Metz, Lille, Lyon ou Paris figurent parmi les plus touchées. Les plateformes d’import-export sont également exposées à des fraudes massives, notamment dans les véhicules provenant d’Allemagne, d’Italie ou d’Europe centrale.
Des outils de contrôle encore trop inégaux selon les pays
Les écarts de régulation sont frappants. En Belgique, le système Car-Pass a permis de faire chuter la fraude sur les voitures d’occasion grâce à un historique de kilométrage obligatoire, intégré dans chaque dossier de revente. Aux Pays-Bas, le registre RDW offre une transparence équivalente.
À l’inverse, des pays comme l’Allemagne, pourtant dotés du système KBA, restreignent l’accès aux données sous couvert du RGPD. En Italie, la communication des historiques de dommages reste lacunaire. Résultat : les voitures d’occasion exportées depuis ces pays conservent un flou complet sur leur passif mécanique.
« Lorsqu’un véhicule change de main, les informations doivent pouvoir le suivre, sinon le système encourage les pratiques déloyales », souligne Rokas Medonis, PDG de carVertical.
Histovec : un outil français encore trop marginalisé
La plateforme publique Histovec, déployée par le ministère de l’Intérieur, permet à un vendeur de générer gratuitement un rapport d’historique. Mais encore faut-il que le propriétaire l’utilise, et que l’acheteur exige sa remise.
À ce jour, seules 9 % des ventes de véhicules d’occasion en France intègrent un historique complet. La vérification via numéro VIN reste donc le principal rempart. Des services comme carVertical ou AutoDNA permettent de retracer les relevés de compteur, les sinistres déclarés et les réparations majeures. Néanmoins, sans obligation légale d’intégration dans le processus de vente, ces outils restent facultatifs.
Une harmonisation européenne toujours attendue
Les professionnels du secteur s’accordent : tant que le partage de données entre États membres restera parcellaire, la fraude continuera à prospérer.
L’Union européenne est aujourd’hui appelée à articuler de façon cohérente le RGPD, la directive Open Data et le Data Act. L’objectif ? Permettre un accès sécurisé aux informations techniques d’un véhicule sans compromettre la confidentialité du propriétaire.
La Suède et la Finlande montrent la voie : leurs agences de transport fournissent des historiques complets, même après exportation.
Vers une traçabilité obligatoire pour les voitures d’occasion ?
La généralisation d’un passeport numérique automobile fait partie des pistes envisagées. Ce document unique, mis à jour à chaque contrôle technique, changement de propriétaire ou sinistre, permettrait de suivre l’évolution réelle de chaque voiture. Couplé à un registre européen interopérable, il pourrait rendre la fraude techniquement risquée et économiquement dissuasive. Pour l’heure, cette perspective reste au stade de projet, sans calendrier concret.
Tant que l’accès aux données restera bloqué par des logiques nationales ou juridiques mal harmonisées, la fraude sur les voitures d’occasion ne pourra être réellement endiguée. La solution passera par l’unification des systèmes, la transparence obligatoire, et l’implication active de tous les acteurs du secteur – constructeurs, vendeurs, plateformes, et pouvoirs publics.



