Uber : 3 571 plaintes pour agressions sexuelles, la direction accusée d’inaction

Une plainte collective vise le conseil d’administration d’Uber pour avoir négligé la sécurité des passagers. Plus de 3 500 poursuites pour agressions sexuelles par des conducteurs révèlent des failles systémiques. Pendant ce temps, la plateforme se bat contre New York pour conserver son pouvoir de retrait des chauffeurs problématiques.

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Uber : 3 571 plaintes pour agressions sexuelles, la direction accusée d’inaction © L'Automobiliste

Plus de 3 500 passagers ont porté plainte pour agressions sexuelles et harcèlement par des conducteurs Uber. Lundi, les actionnaires demandent des comptes au conseil d’administration. Mais pour les victimes, la vraie question reste : comment une plateforme de covoiturage peut-elle laisser autant de prédateurs opérer impunément ?

Le fonds de pension de Detroit a déposé lundi une plainte collective contre le conseil d’administration d’Uber devant le tribunal fédéral de San Francisco. L’accusation : avoir systématiquement négligé la sécurité des passagers au profit de la croissance économique. Au cœur du dossier figurent des milliers de victimes d’agressions sexuelles, une discrimination envers les personnes handicapées et des pratiques commerciales trompeuses. Le PDG Dara Khosrowshahi, en poste depuis neuf ans, est directement visé par cette action en justice.

Le vrai scandale : 3 571 victimes d’inconduite de conducteurs

Au 1er juin 2026, exactement 3 571 poursuites judiciaires étaient en cours à San Francisco contre Uber pour inconduite sexuelle de la part de conducteurs. Ce chiffre vertigineux, révélé dans la plainte déposée par les actionnaires, illustre l’ampleur d’un système défaillant. Les victimes dénoncent des agressions sexuelles, du harcèlement et des comportements inappropriés qui se répètent depuis des années sans réponse efficace de la plateforme.

Uber a-t-elle vraiment les moyens de protéger ses passagers ?

La plainte qualifie Uber de « contrevenant sériel à la conformité » et affirme que l’entreprise a « sciemment coupé les coins ronds ». Selon les documents internes cités par les actionnaires, le conseil d’administration aurait reçu des avertissements répétés sur les failles du système de contrôle des conducteurs. Pourtant, aucune mesure structurelle n’aurait été mise en place. Moins de 40% des utilisateurs estiment aujourd’hui qu’Uber prend la sécurité au sérieux, un taux alarmant pour une plateforme transportant des millions de personnes quotidiennement.

Les actionnaires reprochent aux dirigeants d’avoir violé leur devoir fiduciaire en privilégiant la rentabilité immédiate. Le cours de l’action a d’ailleurs chuté de 25% depuis son pic de septembre dernier, signe que les investisseurs commencent à mesurer le coût réputationnel de ces négligences. La plainte demande que les dirigeants compensent personnellement l’entreprise pour les préjudices causés et qu’ils restituent une partie de leur rémunération.

Les victimes d’agressions sexuelles : des années d’inaction

« Les victimes de ce manque de culture de conformité incluent les victimes d’agressions sexuelles et de harcèlement, les clients handicapés et les consommateurs peu méfiants d’Uber One », indique la plainte. Ce passage résume la diversité des populations laissées pour compte par une politique de sécurité insuffisante. Pendant que Dara Khosrowshahi se montrait « moins effronté dans le dépassement des limites réglementaires » que son prédécesseur Travis Kalanick, il aurait continué à sous-investir dans les mesures de conformité et de prévention.

La réputation d’Uber a été « irrémédiablement endommagée » par la couverture médiatique négative, selon les actionnaires. Deux poursuites fédérales lancées l’année dernière accusent également la plateforme de refuser systématiquement de servir les passagers handicapés et d’appliquer des pratiques de facturation trompeuses liées à l’abonnement Uber One. L’accumulation de ces dossiers dessine le portrait d’une entreprise qui peine à respecter les normes élémentaires de protection des consommateurs.

New York vs Uber-Lyft : le droit de retirer les mauvais conducteurs

Début juin, Uber et Lyft ont poursuivi la ville de New York pour bloquer une nouvelle loi municipale. Paradoxe : les plateformes reprochent à la législation de les empêcher de retirer rapidement les conducteurs menaçant la sécurité des passagers. Pourtant, les milliers de plaintes en cours suggèrent que ce pouvoir de retrait n’a jamais été exercé avec la rigueur nécessaire.

Une nouvelle loi pour bloquer les conducteurs dangereux

La municipalité new-yorkaise a voté une réglementation imposant des procédures plus strictes avant qu’un conducteur puisse être retiré de la plateforme. L’objectif affiché : protéger les chauffeurs contre des décisions arbitraires et garantir un minimum de transparence dans les sanctions. Mais Uber et Lyft y voient une entrave à leur capacité de réagir rapidement face aux signalements. Les deux géants du covoiturage affirment que ces délais administratifs mettraient en danger les passagers en maintenant temporairement des conducteurs problématiques en activité.

Le conflit illustre une tension structurelle : les plateformes revendiquent une autonomie maximale dans la gestion de leurs conducteurs, tout en étant accusées de ne pas l’utiliser pour protéger les usagers. Alors qu’Uber investit massivement dans les robotaxis pour se passer de conducteurs humains, la question du contrôle des chauffeurs actuels reste entière.

Pourquoi les plateformes s’opposent à des mesures de sécurité ?

La réponse tient en partie à l’économie du modèle. Chaque conducteur retiré représente une perte de revenus immédiate. Les procédures d’enquête approfondies coûtent cher en ressources humaines et juridiques. Selon les documents cités par CBC News, le conseil d’administration aurait délibérément choisi de minimiser ces investissements pour préserver les marges bénéficiaires. Résultat : un système de contrôle lacunaire qui laisse passer des individus dangereux.

Uber a rejeté les accusations, affirmant dans un communiqué que la plainte « ignore des faits importants et repose sur des narratifs trompeurs et faux issus d’autres poursuites sans fondement ». Le porte-parole ajoute que l’entreprise a « déjà répondu publiquement et devant les tribunaux » à ces allégations. Pourtant, le nombre de dossiers en cours suggère un problème systémique plutôt qu’une série d’incidents isolés.

Que peuvent faire les passagers pour se protéger ?

Face aux défaillances des plateformes, les usagers doivent adopter des réflexes de sécurité. Vérifier systématiquement l’identité du conducteur et le numéro d’immatriculation avant de monter reste essentiel. Partager en temps réel sa localisation avec un proche via l’application constitue une précaution simple mais efficace. Signaler immédiatement tout comportement inapproprié permet d’alimenter les bases de données, même si le traitement des plaintes reste perfectible.

Les associations de victimes recommandent de privilégier les courses partagées lorsque c’est possible et d’éviter les trajets isolés tard le soir. Certains passagers choisissent désormais de photographier discrètement la plaque d’immatriculation avant d’entrer dans le véhicule. Avec la saturation croissante des axes routiers, les trajets s’allongent et multiplient les occasions de tensions entre conducteurs et passagers.

La plainte collective des actionnaires pourrait forcer Uber à revoir ses protocoles de sécurité. Mais pour les 3 571 victimes déjà recensées, la question demeure : combien de temps faudra-t-il encore pour que la protection des passagers devienne une priorité réelle plutôt qu’un argument marketing ? La réponse déterminera l’avenir d’un secteur du covoiturage aujourd’hui confronté à ses propres contradictions.

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