Sur une départementale limitée à 80 km/h, une voiture double, se retrouve un instant portière contre portière avec une autre, et là, un radar se déclenche. Sur la photo qui atterrira dans la boîte aux lettres, deux véhicules apparaissent côte à côte. Lequel des deux conducteurs va recevoir l’amende ?
La réponse est plus nuancée qu’il n’y paraît : oui, un radar peut techniquement flasher deux voitures en même temps, et les deux conducteurs peuvent parfois être sanctionnés simultanément. Tout dépend du modèle d’appareil et de ce que montre réellement le cliché.
Un doute qui profitait aux radars les plus anciens
Un radar automatique fonctionne grâce à un cinémomètre, le plus souvent basé sur l’effet Doppler : l’appareil envoie un faisceau vers la chaussée et mesure la vitesse de tout véhicule qui le traverse. Si la vitesse mesurée dépasse la limite autorisée, une marge technique est appliquée ; si le dépassement subsiste, le système enregistre l’infraction avec un ou plusieurs clichés.
Le problème surgit quand deux véhicules à des vitesses différentes entrent ensemble dans le faisceau : l’appareil ne devrait alors donner aucune vitesse exploitable. Des avocats spécialisés rappellent que si le radar ne sait pas quel véhicule il a mesuré, le doute profite au conducteur, un principe qui figure dans l’arrêté du 4 juin 2009 sur les cinémomètres de contrôle routier et que rapporte L’Auto Journal.
Ce cas de figure, photo globale sans distinction, était fréquent avec les premiers radars fixes non discriminants, qui ne distinguaient ni la voie ni le type de véhicule.
Les modèles récents changent la donne. Les radars discriminants identifient la voie de circulation et la catégorie de véhicule, voiture particulière ou poids lourd, puis rattachent la vitesse mesurée à une file précise. Sur le cliché, une mention VOIE1, VOIE2, VOIE3 ou VOIE4 permet d’identifier sans ambiguïté le véhicule visé, même si plusieurs autos apparaissent sur l’image.
Les radars double face, type Parifex Falco, fonctionnent eux aussi par voies et prennent un cliché de face, parfois complété d’une vue arrière. Le véhicule mesuré est généralement entouré d’un rectangle de couleur : si plusieurs voitures figurent sur la photo mais qu’une seule est encadrée, l’appareil a bien identifié sa cible, et le procès-verbal repose sur cette association entre le rectangle et la vitesse relevée.
Quant aux radars tourelles multivoies, ils peuvent suivre plusieurs véhicules en parallèle, produire des mesures séparées, et donc verbaliser deux conducteurs en même temps si chacun dépasse la limite autorisée.
Ce qu’il faut vérifier avant de contester
La simple présence d’une seconde voiture sur la photo ne suffit donc plus à faire annuler un PV avec les appareils récents. Payer l’amende trop vite reste la principale erreur à éviter : cela revient à reconnaître l’infraction et complique fortement toute contestation ultérieure.
Le cliché peut être demandé auprès de l’ANTAI, l’Agence nationale de traitement automatisé des infractions, qui centralise les images ; c’est le Centre de traitement qui vérifie ensuite les images avant l’envoi des avis.
Avant de rédiger un courrier de contestation, plusieurs éléments méritent d’être vérifiés sur le cliché reçu :
- le nombre de véhicules visibles dans le même sens de circulation,
- la présence ou non d’un rectangle de couleur autour de sa propre voiture sur un radar double face,
- la mention de la voie sur l’avis d’infraction (VOIE1, VOIE2, ou une mention plus floue),
- et le type de radar indiqué, qui permet de savoir s’il est discriminant ou non.
Si l’appareil n’est pas discriminant et que deux véhicules apparaissent dans le même sens sans qu’aucun ne puisse être rattaché précisément à la vitesse mesurée, cette dernière n’est pas censée être exploitée, et le doute joue en faveur de l’automobiliste. Encore faut-il détailler chacun de ces éléments dans le courrier de contestation.





