Interrogé pendant trois heures à l’Assemblée nationale le 17 juin 2026, Patrick Pouyanné affichait un double visage : celui d’un PDG de TotalEnergies confiant dans la résolution prochaine de la crise pétrolière, et celui d’un dirigeant justifiant pourquoi les automobilistes français ne verront pas leur facture à la pompe fondre avant plusieurs mois. Alors que le brut chute vers 80 dollars le baril après l’accord entre Washington et Téhéran, le diesel reste coincé à 1,94 euro chez TotalEnergies. Un écart qui n’a rien d’accidentel.
Les vrais chiffres : pourquoi votre facture n’a pas suivi
Les automobilistes scrutent leurs tickets de caisse depuis début juin. Le prix du diesel est passé de 2,09 euros à 1,94 euro dans les stations du groupe français. Une baisse de 15 centimes qui peut sembler généreuse. Sauf que le coût d’approvisionnement raconte une autre histoire. « Au début de la crise, le coût d’approvisionnement était de 1,65 euro, aujourd’hui il est à 1,85, il y a une différence de 20 centimes », a reconnu Pouyanné face aux députés de la commission des finances.
La marge théorique du distributeur s’établit donc à 9 centimes par litre actuellement, contre 44 centimes début juin. L’écart se réduit, certes, mais le plafonnement volontaire appliqué par TotalEnergies explique ce rétrécissement. Le groupe affirme avoir perdu 200 millions d’euros avec cette mesure au premier trimestre 2026, unique au monde parmi les majors pétrolières. Reste que cette largesse affichée contraste avec les 5,8 milliards d’euros de bénéfices nets engrangés sur la même période.
De 1,65 à 1,85 euro : TotalEnergies explique le rattrapage
L’envolée du coût d’approvisionnement trouve son origine dans une équation simple : moins de capacités de raffinage, production bloquée, marges qui explosent. Patrick Pouyanné martèle que les marges de raffinage ont presque triplé, grimpant de 5 à 6 dollars par baril habituellement à 13 dollars actuellement. Une anomalie que le dirigeant attribue aux bombardements iraniens sur les installations pétrolières régionales et aux tensions dans le détroit d’Ormuz.
« Oui, le prix du pétrole a réagi aux annonces de l’accord USA/Iran, aujourd’hui le brut est vers 80 dollars, mais les marges de raffinage restent élevées », a-t-il précisé. Contrairement à la logique classique où les marges s’érodent lorsque le brut s’envole, la situation actuelle inverse le paradigme. La rareté des produits raffinés prime sur l’abondance du pétrole brut. Les raffineurs fixent donc leurs prix indépendamment des cotations du Brent ou du WTI.
Le délai du retour à 1,70 euro : combien de temps encore à la pompe ?
Le PDG promet un horizon à 1,70 euro le litre de diesel, mais refuse d’en fixer la date. « On ne peut pas dire qu’on va être à 1,70 euro tout de suite. On le sera au fur et à mesure que la crise va se résorber », a-t-il tempéré. Son calendrier prévisionnel table sur six mois pour restaurer un fonctionnement normal du marché, à condition que le détroit d’Ormuz retrouve sa fluidité. Les travaux de réparation des infrastructures, eux, s’étaleront sur un an.
Concrètement, l’automobiliste français devrait patienter jusqu’à la fin 2026, voire début 2027, avant de retrouver des prix alignés sur les coûts réels. Entre-temps, chaque plein reste grevé d’une vingtaine de centimes excédentaires par rapport au niveau d’avant-crise. Pour un réservoir de 50 litres rempli deux fois par mois, le surcoût mensuel avoisine 20 euros, soit 240 euros sur l’année.
