Rouler trop vite pourrait bientôt ne plus dépendre entièrement du conducteur. Selon des informations rapportées par l’agence de presse britannique Yonhap et reprises par L’Auto Journal, la Commission européenne étudie la possibilité de tester un système capable de réduire automatiquement la puissance du moteur d’un véhicule, voire de le freiner à distance, dès qu’il dépasse la vitesse autorisée. Contrairement à une rumeur qui circulerait sans fondement, il s’agit bien d’une piste examinée par les autorités bruxelloises, même si rien n’a encore été voté.
Le principe, s’il aboutit, changerait la donne pour tous les nouveaux véhicules vendus dans les 27 États membres. D’ici 2030, échéance évoquée par les sources citées, chaque voiture neuve pourrait être équipée d’un système de contrôle de vitesse à distance par satellite. Les constructeurs seraient alors tenus d’équiper l’intégralité de leur gamme. Une soupape de sécurité est toutefois prévue : en cas d’urgence, le conducteur devrait pouvoir reprendre temporairement la main sur son véhicule.
Comment le système déterminerait la vitesse à ne pas dépasser
Le dispositif combinerait plusieurs sources d’information. Des satellites dédiés identifieraient la position exacte du véhicule et calculeraient sa vitesse en temps réel. Ces données seraient croisées avec des cartes numériques indiquant les limitations en vigueur, et complétées par des caméras embarquées capables de lire les panneaux de signalisation le long de la route.
L’ordinateur de bord comparerait ensuite ces informations à la vitesse réellement pratiquée. En cas d’écart, il obligerait à distance le conducteur à ralentir, en limitant la transmission de puissance jusqu’à la vitesse autorisée. L’intervention se ferait en douceur, précisément pour éviter qu’un conducteur surpris par ce freinage extérieur ne provoque lui-même un accident. Le système entrerait en action à l’approche des zones limitées en vitesse.
Un système ISA déjà en place, mais qui reste sous le contrôle du conducteur
Cette évolution s’appuierait sur un dispositif qui existe déjà : l’adaptation intelligente de la vitesse, ou ISA (Intelligent Speed Assistance), homologuée en 2022 et rendue obligatoire sur tous les véhicules neufs commercialisés depuis juillet 2024 dans l’Union européenne.
Aujourd’hui, ce système se contente d’avertir. Il repose sur le GPS ou le système Galileo, sur des cartes numériques et sur une caméra qui lit les panneaux, et prévient le conducteur par un bip, une vibration, un message ou une résistance dans la pédale d’accélérateur lorsqu’il dépasse la limite autorisée. Sur certains modèles, la pédale se durcit. Mais rien n’empêche l’automobiliste de passer outre : le conducteur garde toujours le contrôle. C’est précisément ce dernier point que la Commission européenne examine pour un éventuel changement.
Vingt pour cent de décès en moins, selon les estimations des partisans
Les arguments avancés en faveur du projet reposent sur des chiffres. Selon la fiche basée sur les informations de Yonhap, ce dispositif renforcé pourrait réduire jusqu’à 20 % le nombre de décès sur les routes. Les organisations de sécurité routière y voient un avantage certain, la vitesse restant un facteur déterminant dans la gravité des accidents.
Une estimation antérieure de la Commission européenne, portant plus largement sur les nouvelles aides à la conduite obligatoires dont fait partie l’ISA, allait dans le même sens : plus de 25 000 vies sauvées et au moins 140 000 blessures graves évitées d’ici 2038. Ces chiffres s’inscrivent dans les objectifs affichés par l’Union européenne en matière de sécurité routière : diviser par deux le nombre de morts et de blessés graves d’ici 2030, et atteindre zéro mort sur les routes d’ici 2050.
Fiabilité, vie privée, piratage : les critiques s’accumulent
La mesure fait déjà polémique. Elle est accusée d’être liberticide, et ses détracteurs mettent en cause la fiabilité même des outils censés la rendre possible. L’Auto Journal, qui a testé des véhicules parmi les plus avancés dans ce domaine, confirme avoir constaté des « errances » dans la reconnaissance des limitations de vitesse. Des panneaux manquent parfois, les cartes numériques peuvent être obsolètes, et le GPS n’est pas exact partout. Une voiture qui réduirait sa vitesse au mauvais moment pourrait ainsi créer elle-même un danger, plutôt que de l’éviter.
À ces réserves techniques s’ajoutent des inquiétudes sur la protection de la vie privée et sur la cybersécurité. Un système combinant en permanence localisation, vitesse et contexte routier soulève la question du piratage et de la confidentialité des données des conducteurs.
Brian Gregory, responsable des politiques de l’Alliance britannique des conducteurs britanniques, ne mâche pas ses mots dans une déclaration au Telegraph : le projet serait « ridicule et risque davantage de provoquer des accidents que d’en résoudre ».
Une proposition qualifiée d’exploratoire, le Royaume-Uni à part
Face à ces critiques, la Commission européenne temporise. Une porte-parole a qualifié le projet de purement exploratoire dans des propos rapportés par le média Cybernews. Aucun vote n’a eu lieu à ce jour, et il ne s’agit pour l’instant que d’une piste, pas d’une proposition législative aboutie.
Le dispositif n’est actuellement pas prévu pour le Royaume-Uni, qui ne fait plus partie de l’Union européenne. Une dérogation jugée « peu crédible », car il serait sans doute trop coûteux pour les constructeurs de produire des voitures dénuées de cette technologie uniquement pour le marché britannique.
D’autres nouveautés réglementaires sont, elles, déjà entrées en vigueur. Depuis le 7 juillet, tous les véhicules neufs doivent embarquer une caméra à l’intérieur de l’habitacle, chargée d’alerter au moindre signe de distraction du conducteur. Le même jour, de nouveaux feux de freinage adaptatifs ont fait leur apparition : ils clignotent rapidement quand le conducteur appuie brutalement sur la pédale de frein à plus de 50 km/h.


