Dix ans après l’éclatement de l’affaire, le dieselgate continue de secouer l’industrie automobile. Au Royaume-Uni, 5 constructeurs se retrouvent devant le tribunal. Parmi eux : le Français Renault. Tous nient les accusations.
5 constructeurs devant le tribunal dans le cadre du Dieselgate
Un procès hors norme s’ouvre à la High Court de Londres. Cinq constructeurs sont poursuivis pour avoir, selon les plaignants, dissimulé la véritable quantité d’oxydes d’azote rejetée par leurs véhicules diesel. Le nom du scandale : le dieselgate. Plus d’un million et demi de conducteurs britanniques se sont regroupés dans une action collective qui pourrait devenir l’une des plus importantes de l’histoire du droit de la consommation au Royaume-Uni. L’affaire relance les débats sur la transparence environnementale et la responsabilité des constructeurs automobiles.
Près de 1,6 million d’automobilistes britanniques ont saisi la justice pour faire condamner cinq marques emblématiques : Mercedes-Benz, Ford, Renault, Nissan et Stellantis (maison mère de Peugeot et Citroën). Selon les plaignants, ces groupes auraient volontairement intégré dans leurs moteurs diesel des logiciels destinés à tromper les tests d’homologation. Ces « dispositifs de manipulation » détecteraient les conditions d’un test en laboratoire et ajusteraient temporairement les émissions pour respecter les normes européennes, avant de repasser en mode normal sur la route. Un constructeur a déjà été lourdement condamné pour cela : l’allemand Volkswagen.
Le montant global des indemnisations réclamées s’élèverait à environ six milliards de livres sterling. Les avocats du cabinet Leigh Day, à la tête de cette action de groupe, affirment que ces pratiques ont conduit à « un préjudice massif et prolongé pour des millions de consommateurs ». Le procès, prévu pour durer plusieurs mois, examinera un panel de modèles produits entre 2009 et 2019, période durant laquelle les dispositifs auraient été utilisés.
Le dieselgate, un scandale environnemental durable au Royaume-Uni
Derrière les aspects juridiques, le dieselgate a provoqué une onde de choc environnementale et sanitaire d’une ampleur rarement observée. Par exemple, une étude parue en mai 2025 estime que la pollution générée par les véhicules diesel truqués aurait causé environ 16 000 décès prématurés en France. Si aucune mesure corrective forte n’est adoptée, ces chiffres pourraient encore s’alourdir de 6 000 morts supplémentaires d’ici 2040.
Plusieurs associations écologistes britanniques réclament non seulement des compensations financières, mais aussi des réformes profondes : suspension des modèles diesel non conformes, réévaluation des normes d’homologation et incitations massives à l’achat de véhicules électriques.
Les cinq entreprises contestent fermement ces accusations. Mercedes-Benz a déclaré que « ses moteurs respectaient pleinement la législation européenne ». Renault, pour sa part, a affirmé n’avoir « jamais utilisé de logiciel truqueur ». Pourtant, la justice britannique semble décidée à aller au fond des choses : le tribunal doit d’abord déterminer si la fraude est avérée avant d’aborder la question des indemnisations, attendue pour 2026.
Au-delà de la justice britannique, cette nouvelle affaire ravive un débat européen sur la responsabilité environnementale des entreprises. Dix ans après les révélations sur Volkswagen, les promesses de transparence semblent encore loin d’être tenues. Le dieselgate, loin d’être refermé, continue de hanter les constructeurs et de questionner leur capacité à se réinventer dans un monde post-carbone.



