Pont Morandi : 8 ans après, la justice condamne enfin

Huit ans après l’effondrement du pont Morandi qui a tué 43 automobilistes à Gênes, la justice italienne condamne Giovanni Castellucci, ex-PDG d’Autostrade per l’Italia, à 12 ans de prison. Le verdict établit qu’une maintenance sacrifiée pour maximiser les dividendes a transformé une infrastructure autoroutière en piège mortel.

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Pont Morandi : 8 ans après, la justice condamne enfin © L'Automobiliste

Le 14 août 2018, à 11h36, le viaduc Polcevera s’effondre en 11 secondes sous une pluie battante. 43 automobilistes périssent dans l’effondrement de 200 mètres de béton et d’acier. Huit ans plus tard, le 16 juillet 2026, le tribunal de Gênes rend son verdict : Giovanni Castellucci, ex-PDG d’Autostrade per l’Italia, écope de 12 ans de prison. La justice italienne conclut qu’une maintenance sacrifiée sur l’autel des dividendes a transformé une infrastructure critique en piège mortel.

Le 14 août 2018 : quand l’infrastructure cède sous le poids de la négligence

43 morts en 11 secondes : la reconstruction technique du désastre

Le pont Morandi, inauguré en 1967, reliait l’autoroute A10 à Gênes. Ce jour-là, un orage violent frappe la Ligurie. À 11h36 précises, la pile numéro 9 s’effondre brutalement, entraînant dans sa chute une section de 200 mètres. Trois camions, douze voitures : 43 vies pulvérisées. Le corps de Mirko Vicini, dernière victime identifiée, sera extrait des décombres cinq jours plus tard. La catastrophe provoque également l’évacuation forcée de 566 personnes réparties dans 266 familles, contraintes d’abandonner leurs habitations situées sous les piles 10 et 11 restées debout mais instables.

Un hauban rompu sur la pile 9 : le détail qui a tué une communauté

L’enquête technique révèle la cause immédiate : la rupture d’un hauban d’acier sur la pile 9. Ces câbles porteurs, élément clé du design de l’ingénieur Riccardo Morandi, nécessitaient une surveillance constante. Or, selon l’accusation, Autostrade per l’Italia connaissait les défauts constructifs du viaduc depuis des années. Les inspections révélaient une corrosion avancée, des fissures inquiétantes. Pourtant, aucune intervention majeure n’a été programmée. Le procureur a démontré que les maintenances ont été systématiquement réduites pour maximiser les profits distribués aux actionnaires.

Maintenance absente, défauts connus : le viaduc qu’Autostrade a laissé mourir

Le tribunal a établi que Giovanni Castellucci, PDG d’Autostrade de 2005 à 2019, portait la responsabilité principale de cette négligence organisée. Condamné à 12 ans de prison, alors que le parquet réclamait 18 ans et demi, Castellucci purge déjà une peine pour une autre tragédie routière, celle du viaduc d’Acqualonga près d’Avellino. Michele Donferri Mitelli, ex-responsable des maintenances, écope de 11 ans. Au total, 57 personnes ont été condamnées, dont Mauro Coletta, ancien directeur de la surveillance des concessions autoroutières au ministère des Transports, sanctionné par 5 ans de prison. La Procura avait requis collectivement 400 ans de réclusion.

Comment reconnaître un viaduc en danger : les signaux d’alerte que les automobilistes devraient connaître

Quels indices visuels doivent alerter un conducteur ? Les fissures longitudinales sur les piles, les traces de rouille apparentes sur les structures métalliques, les morceaux de béton détachés au sol, les déformations visibles des tabliers. Sur le Morandi, ces symptômes étaient présents depuis des années. Les automobilistes italiens empruntaient quotidiennement une infrastructure classée à risque sans le savoir. Aujourd’hui, plusieurs associations de victimes militent pour la transparence : exiger que les rapports d’inspection des ouvrages d’art soient rendus publics, accessibles aux usagers qui paient leur péage.

La sentence : des condamnations qui ne rendent la vie à personne, mais établissent les responsabilités

Egle Possetti, présidente du Comité de mémoire des victimes du pont Morandi, a perdu sa sœur, ses deux neveux, son beau-frère et même leur chien dans l’effondrement. À l’annonce du verdict, elle déclare : « Douze ans ? Je dirais que pour Castellucci, ça va. » Pourtant, l’amertume persiste. Quelques heures avant la sentence, Arrigo Giana, actuel PDG d’Autostrade, présente des excuses officielles au nom de l’entreprise. Egle Possetti réplique avec ironie : « Je crois que même Totò, dans un scénario, n’aurait pas pu imaginer un moment moins opportun. » L’avocat de Castellucci, Giovanni Paolo, conteste le jugement : « On a cherché un coupable, pas une faute. Castellucci a été condamné sans faute. Sa seule faute est d’être innocent. »

Après le Morandi : qu’a changé la tragédie sur le réseau autoroutier italien ?

Le nouveau viaduc San Giorgio : reconstruction rapide et standards de sécurité élevés

Le 28 juin 2019, à 9h37, une explosion contrôlée détruit les piles 10 et 11. Le chantier du nouveau pont, baptisé San Giorgio et conçu par l’architecte Renzo Piano, démarre immédiatement. Le 3 août 2020, soit deux ans après la catastrophe, l’ouvrage est inauguré. Ce « modèle Gênes » repose sur des procédures accélérées, une gouvernance simplifiée, des contrôles renforcés. Le viaduc San Giorgio incarne une réponse technique irréprochable : capteurs de surveillance en temps réel, acier haute résistance, inspection robotisée des structures. Mais cette réussite ne masque pas l’essentiel : combien d’autres ponts italiens présentent des failles similaires ?

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