Câbles de recharge arrachés : le calvaire des conducteurs de voitures électriques

Depuis janvier 2026, plus de 400 plaintes pour vols de câbles de recharge ont été déposées en France.

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Câbles de recharge arrachés : le calvaire des conducteurs de voitures électriques © L'Automobiliste

Vous arrivez sur une aire d’autoroute, votre batterie affiche 15% d’autonomie. Vous branchez votre câble sur la borne de recharge, mais rien ne se passe. En vous approchant, vous découvrez le câble sectionné, arraché à la disqueuse. Depuis janvier 2026, cette scène se répète quotidiennement pour des milliers d’automobilistes électriques en France. Plus de 400 plaintes ont été déposées par les exploitants de bornes depuis le début de l’année, révèle l’association Charge France ce dimanche 10 août. Un fléau qui transforme chaque trajet en parcours du combattant.

Un réseau de recharge en crise : témoignages des conducteurs électriques

Bornes indisponibles : l’anxiété de l’autonomie

L’« anxiété de l’autonomie », cette peur permanente de tomber en panne sèche, prend une dimension nouvelle avec la multiplication des vols de câbles. Les propriétaires de véhicules électriques doivent désormais anticiper non seulement la distance entre deux bornes, mais aussi leur état de fonctionnement. Jacques Galvani, PDG d’Atlante, leader français des bornes de recharge avec 1 800 stations, confirme l’ampleur du phénomène. Les automobilistes découvrent des bornes mutilées, rendues inutilisables par des voleurs qui ciblent le cuivre contenu dans les câbles de connexion. Cette situation génère une double frustration : l’impossibilité de recharger et la perte de temps considérable pour trouver une borne fonctionnelle.

Plusieurs stations vandalisées la même nuit : un phénomène organisé

Jean-Pierre Cloez, représentant du syndicat Alliance Police, observe un mode opératoire précis. Les voleurs frappent méthodiquement plusieurs stations au cours d’une même nuit. Ils emportent environ 500 euros de cuivre par station, soit 50 euros pour 5 kilos de câble récupéré. Le cuivre, coté à 9 000 euros la tonne sur le marché mondial, attire des réseaux organisés qui déploient une logistique rodée. Les infrastructures télécoms subissent également ces attaques, comme à Vieil-Évreux où 35 foyers restent privés d’internet depuis juin. Pour les automobilistes électriques, ces raids nocturnes signifient des zones entières sans possibilité de recharge.

Comment les voleurs s’attaquent aux bornes en quelques minutes

Une disqueuse et des pinces : tout ce qu’il faut pour saboter une borne

Xavier Bourat, directeur régional Hauts-de-France chez TotalEnergies, décrit une réalité alarmante. « Il suffit d’une disqueuse de chantier ou de grosses pinces », explique-t-il à France Inter. Les bornes de recharge, conçues pour être accessibles 24h/24, ne disposent d’aucune protection physique contre ce type d’agression. Les voleurs sectionnent les câbles en quelques minutes, sans nécessiter de compétences techniques particulières. La facilité déconcertante de ces vols contraste avec l’impact dévastateur qu’ils provoquent. Chaque borne vandalisée nécessite l’intervention d’un technicien, le remplacement complet du câblage et plusieurs jours d’immobilisation. Les coûts se chiffrent en millions d’euros pour les exploitants, selon Jacques Galvani.

Pas de surveillance suffisante : pourquoi les vols se multiplient

Les bornes de recharge constituent une cible idéale pour les voleurs. Installées sur des aires de repos isolées, des parkings peu fréquentés ou en périphérie des villes, elles bénéficient rarement d’une surveillance active. Les caméras, lorsqu’elles existent, ne dissuadent pas des individus cagoulés opérant de nuit. Les forces de l’ordre, déjà mobilisées sur les vols de câbles ferroviaires et télécoms, peinent à endiguer cette nouvelle vague. Le RER A a subi une perturbation majeure le 10 août suite à un vol de câbles électriques, illustrant la diversité des infrastructures touchées. Les bornes de recharge rejoignent ainsi la longue liste des victimes : signalisation ferroviaire, câbles télécoms, alimentation électrique.

L’électrique freiné par des infrastructures fragiles

400 plaintes en huit mois : un obstacle à l’adoption des VE

Les chiffres communiqués par l’association Charge France témoignent d’une accélération inquiétante. 400 plaintes déposées entre janvier et août 2026 représentent en moyenne 50 plaintes mensuelles, soit près de deux vols quotidiens déclarés. Ces statistiques ne reflètent probablement qu’une partie de la réalité, certains exploitants renonçant à porter plainte face à l’inefficacité des poursuites. Pour les automobilistes électriques, chaque trajet devient une loterie. La planification d’un voyage longue distance nécessite désormais de vérifier en temps réel l’état des bornes, via des applications communautaires où les utilisateurs signalent les stations hors service. L’arrivée de nouveaux modèles électriques abordables contraste avec cette infrastructure défaillante.

Quand les vols de câbles découragent les acheteurs de voitures électriques

La transition énergétique, objectif prioritaire des politiques publiques, se heurte à une réalité prosaïque. Les futurs acheteurs de véhicules électriques hésitent face aux témoignages d’automobilistes bloqués faute de borne fonctionnelle. Les forums spécialisés regorgent de récits de pannes évitées de justesse, de détours interminables pour trouver une station opérationnelle, de voyages professionnels compromis. Cette insécurité infrastructurelle nourrit les arguments des détracteurs de l’électrique, qui pointent la fragilité d’un système dépendant d’un réseau vulnérable. Les constructeurs automobiles, qui investissent massivement dans l’électrification de leurs gammes, observent avec inquiétude cette dégradation du réseau de recharge.

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