ZFE : leur suppression pourrait coûter cher à l’Etat

Un document du ministère de l’Économie met en lumière les conséquences financières possibles d’une suppression des Zones à faibles émissions (ZFE). Les enjeux dépassent les seules considérations environnementales.

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Un document du ministère de l’Économie met en lumière les conséquences financières possibles d’une suppression des Zones à faibles émissions (ZFE). Les enjeux dépassent les seules considérations environnementales.

Depuis plusieurs mois, les Zones à faibles émissions (ZFE) sont au cœur d’un vif débat public. Dispositifs de plus en plus contestés sur le terrain, notamment par les conducteurs contraints de revoir leur mobilité, elles pourraient pourtant représenter, selon une note récente de l’administration, un élément déterminant dans le maintien des aides européennes à la France. Le 1er avril 2025, une analyse interne de la Direction générale du Trésor a estimé que leur suppression pourrait engendrer une perte de plus de trois milliards d’euros de financements communautaires.

Les ZFE : un dispositif sous pression parlementaire

Les ZFE, introduites en 2019 et consolidées par la loi Climat et Résilience en 2021, visent à interdire l’accès à certaines zones urbaines aux véhicules jugés les plus polluants. À Paris, Lyon, Montpellier ou Grenoble, les restrictions s’appliquent déjà aux véhicules Crit’Air 3, incluant de nombreux modèles diesel antérieurs à 2011 et essence immatriculés avant 2006.

Pour une grande partie des conducteurs, ces restrictions s’ajoutent à un ensemble de contraintes déjà lourdes : prix élevé des véhicules neufs ou électriques, disponibilité réduite des aides au remplacement, complexité des règles locales. Face à cette pression, plusieurs élus ont porté des amendements visant à abroger les ZFE. Le 26 mars 2025, une commission parlementaire a validé une proposition de suppression dans le cadre du projet de loi de simplification, avec le soutien de députés Les Républicains et Rassemblement national, entre autres.

Une alerte budgétaire de Bercy sur les aides européennes

C’est dans ce contexte que la Direction générale du Trésor a émis un signal d’alerte. Selon sa note, révélée par plusieurs médias, la suppression des ZFE pourrait entraîner une perte de financements européens supérieurs à trois milliards d’euros, en plus d’un éventuel remboursement d’un milliard d’euros déjà perçus.

Ces montants sont liés au Plan national de relance et de résilience (PNRR). Ce programme, soutenu par l’Union européenne dans le cadre de son mécanisme post-Covid, prévoit une enveloppe totale de 40,3 milliards d’euros pour la France, conditionnée à la réalisation de réformes précises. Parmi elles figure l’extension des ZFE à plusieurs grandes agglomérations, ainsi que la conduite d’études préparatoires pour leur mise en œuvre.

En d’autres termes, la suppression législative des ZFE remettrait en cause les engagements contractés par l’État français dans son plan de relance. Ce non-respect pourrait entraîner une suspension, voire une annulation, des versements prévus pour 2025, estimés à 3,3 milliards d’euros.

Une architecture de financement rigide côté Bruxelles

Depuis 2021, les subventions européennes du PNRR ne sont plus versées automatiquement. Chaque tranche est conditionnée à la validation par la Commission européenne de ce qu’elle appelle des « jalons » et « objectifs ». Pour la France, cela inclut des engagements dans les domaines de la transition énergétique, des mobilités durables, ou encore de l’amélioration de la qualité de l’air.

Le dossier des ZFE, bien qu’issu d’une décision nationale, est donc directement lié à cette logique contractuelle. Selon le règlement européen en vigueur, tout manquement substantiel peut conduire à un gel des paiements, voire à une demande de restitution des sommes versées. Le cas français serait alors examiné par la direction générale des affaires économiques et financières (DG ECFIN), qui peut formuler des recommandations ou exiger des ajustements.

Des arbitrages de fond pour les conducteurs et les collectivités

Sur le terrain, cette perspective de sanction budgétaire ne suffit pas à convaincre les opposants aux ZFE. Pour de nombreux usagers de la route, notamment dans les territoires périurbains ou ruraux, les zones à faibles émissions posent des difficultés réelles. Le renouvellement d’un véhicule, même d’occasion récente, représente un coût élevé. Les dispositifs d’aide à la conversion sont jugés insuffisants ou trop complexes.

Par ailleurs, certaines collectivités locales, y compris parmi les grandes métropoles concernées, expriment leur malaise face à la rigidité du calendrier imposé par l’État. Plusieurs maires ont demandé des moratoires, ou une adaptation des critères Crit’Air aux réalités locales.

Vers une clarification politique dans les prochaines semaines

La suppression votée en commission n’est pas encore définitive. Le texte devra être examiné en séance plénière à l’Assemblée nationale, puis au Sénat. Le gouvernement, de son côté, pourrait chercher un compromis pour maintenir une partie des objectifs environnementaux tout en limitant les effets sur les automobilistes.

Quoi qu’il en soit, l’enjeu n’est plus seulement écologique. Il est désormais financier, juridique et politique. Les prochaines décisions devront arbitrer entre le respect des engagements pris auprès de Bruxelles, et les attentes de millions de Français qui dépendent de leur véhicule pour travailler, se déplacer ou vivre normalement.

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