Le 29 août, Patrick Pouyanné a réitéré l’engagement de TotalEnergies à plafonner les prix des carburants dans ses stations-services en France. Cependant, le PDG a posé une condition stricte : aucune taxation sur les superprofits. Lors d’une intervention sur France Inter, France Télévisions et Le Monde, il a précisé que cette mesure resterait en place « tant que le conflit durera » au Moyen-Orient, tout en lançant un avertissement aux décideurs politiques.
« Je l’ai dit clairement : si une taxation est instaurée, nous en tirerons les conséquences et il n’y aura plus jamais de plafonnement chez TotalEnergies », a affirmé Pouyanné, adressant un ultimatum aux législateurs français et européens. Avec des débats budgétaires tendus prévus pour 2027, plusieurs partis politiques réclament une contribution exceptionnelle des groupes énergétiques.
Patrick Pouyanné prévient : pas de plafonnement sans garantie fiscale
Depuis mars, peu après le début de la guerre au Moyen-Orient, le plafonnement fixe le prix du gazole à 2,25 euros et de l’essence à 1,99 euro par litre dans toutes les stations TotalEnergies en France. Au 29 août, les prix moyens en France étaient de 2,035 euros pour le SP95-E10, 2,219 euros pour le gazole et 2,129 euros pour le SP98, selon les données gouvernementales.
Le coût de cette initiative pour TotalEnergies est désormais estimé entre « 250 et 300 millions » d’euros, selon Pouyanné. Fin juin, ce montant était de 200 millions d’euros, illustrant l’augmentation des dépenses pour maintenir ce plafonnement. « J’avais dit 200 millions fin juin, là on doit être à 250-300 millions », a-t-il précisé, reconnaissant l’absence de chiffres exacts.
Ce dispositif a néanmoins permis à TotalEnergies de gagner des parts de marché. « Les Français viennent chez nous, il y a des queues. Nous avons 25 % du marché, alors que nous en avons 22 normalement », a-t-il expliqué. Toutefois, il a relativisé ce gain : « Ce n’est pas un bénéfice pour nous, car nous vendons l’essence moins chère que le prix international, ce qui a un coût. » TotalEnergies avait déjà détaillé les modalités pratiques de ce plafonnement, précisant les conditions d’accès et les stations concernées.
Une initiative unique dans le secteur pétrolier mondial
Patrick Pouyanné souligne l’exceptionnalité de l’initiative de TotalEnergies. « Une seule entreprise pétrolière au monde » a mis en place un tel plafonnement, a-t-il déclaré, ajoutant que « mes collègues pétroliers me regardent d’un drôle d’œil ». Il assume cette stratégie, estimant qu’elle a renforcé « la sympathie des Français pour une entreprise » qui emploie 35 000 personnes en France.
Cette décision intervient alors que les automobilistes français ont vu leurs dépenses de carburant augmenter considérablement depuis le début du conflit au Moyen-Orient. Bien que les prix aient temporairement baissé durant l’été, l’instabilité géopolitique a rapidement fait remonter les cours du pétrole à la rentrée.
La taxation des superprofits au cœur des tensions
L’avertissement de Pouyanné intervient dans un climat politique tendu. Il critique les propositions économiques de Marine Le Pen et Jean-Luc Mélenchon, soulignant une approche étatiste qui exclut l’entreprise de leurs programmes. « Quand j’écoute leurs programmes économiques, c’est inquiétant », a-t-il déclaré.
La question de la taxation des superprofits reste centrale pour Pouyanné. Interrogé sur une éventuelle exemption pour TotalEnergies en raison du plafonnement, il a répondu prudemment : « J’en sais rien, on verra. » Il réitère cependant que la survie du plafonnement dépend de l’absence de nouvelles taxes exceptionnelles.
Le PDG estime que TotalEnergies devrait payer la contribution exceptionnelle sur les bénéfices des grandes entreprises prévue pour 2027. « On ne va pas y couper », a-t-il admis, ajoutant que « TotalEnergies en 2026 va payer l’impôt sur les sociétés ». La surtaxe représenterait probablement « plusieurs centaines de millions d’euros » pour le groupe.
Des bénéfices dopés par la crise géopolitique
Au deuxième trimestre 2026, les bénéfices de TotalEnergies ont atteint 5,4 milliards de dollars, doublant par rapport à l’année précédente. Pouyanné attribue cette performance à la situation exceptionnelle créée par le conflit au Moyen-Orient et ses effets sur le détroit d’Ormuz.
Il décrit une « déconnexion du marché du pétrole et des produits pétroliers ». Dans le détroit d’Ormuz, « des producteurs ont des stocks pleins, prêts à vendre à bas prix », mais les difficultés logistiques augmentent les coûts : « Quand on fait entrer et sortir un pétrolier dans le détroit d’Ormuz, ça coûte environ 10 dollars du baril. »
D’autres facteurs amplifient la situation : le manque de produits issus des raffineries du Moyen-Orient, l’impact persistant de la guerre en Ukraine sur la production russe, une tension sur les produits raffinés malgré une baisse des prix du pétrole brut, et des coûts d’assurance et de transport maritime en hausse. Le patron de TotalEnergies avait déjà alerté sur la hausse des coûts du fret à Ormuz, soulignant l’impact sur toute la chaîne logistique.
La menace de Pouyanné concernant l’arrêt du plafonnement met les responsables politiques face à un dilemme : doivent-ils privilégier une taxation exceptionnelle des bénéfices au risque de voir disparaître un dispositif bénéfique pour les automobilistes français ? Ou accepter que les profits record échappent partiellement à l’impôt ? Les réponses à ces questions définiront la politique énergétique française pour les années à venir.

